dl. 12 / 08 / 1976

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dl. 12 / 08 / 1976

Message  Sandrine le Mar 28 Juil 2009 - 18:18

Lettre de Mgr Carter, Président de la Conférence épiscopale du canada, à Paul VI, au sujet de Mgr Lefebvre (1)



Ottawa, le 12 août 1976,

Sa Sainteté le Pape Paul VI
Cité du Vatican.

Très Saint Père,

Je vous écris aujourd'hui à titre de Président de la Conférence des évêques du Canada. Comme tous les évêques du monde entier, nous avons observé avec étonnement et inquiétude l'éloignement de plus en plus marqué de Mgr Marcel Lefebvre face à l'Eglise et à son unité. Nous avons reçu récemment du nonce apostolique au Canada l'avis officiel de sa suspension « a divinis » et nous sommes alarmés à la pensée de voir se durcir une attitude qui mène à la rupture.
Plusieurs évêques du Canada ont le grand honneur de vous connaître personnellement. Nous sommes donc particulièrement conscients de la souffrance que cette défection vous cause. Nous reconnaissons et admirons tous la très grande attention et l'intérêt fraternel que vous manifestez à vos frères dans l'épiscopat. Ceux d'entre nous qui, de cela, ont fait l'expérience savent le sens de votre comportement et saisissent la profondeur de votre inquiétude.
Mettant cependant de côté tout sentiment personnel, je puis vous dire sans hésitation et sans crainte d'être contredit que tous les membres de notre Conférence vous assurent de leur appui total et unanime.
Puis-je vous offrir respectueusement en mon nom et, je le présume, au nom de mes collègues, mes félicitations pour la manière avec laquelle vous avez traité ce problème extrêmement délicat. Depuis Vatican II, plusieurs d'entre nous ont insisté pour dire que la situation présente n'est pas aussi aiguë et épineuse que certains voudraient nous le faire croire. Il n'y a pas eu de ces schismes qui ont marqué les lendemains de tant de Conciles précédents. Nous attribuons ceci au fait qu'aucun évêque n'a fait défaut ou n'a désobéi. L'attitude récalcitrante de Mgr Lefebvre peut en apparence infirmer cette conclusion, mais non pas, je pense, d'une façon sérieuse. C'est assurément ici une question de sémantique et j'attribue ce résultat à l'habileté avec laquelle vous avez tenu en main toute la situation.
En premier lieu, vous avez manifesté la plus grande patience et une charité toute fraternelle. A plusieurs reprises, vous avez invité Mgr Lefebvre à manifester simplement la loyauté fondamentale que l'on doit attendre de la part de tout évêque à l'endroit du successeur de Pierre. Comme j'ai eu l'occasion de le dire au grand Congrès eucharistique de Philadelphie, pareille désobéissance ne peut s'expliquer que par une défaillance de la foi originelle de l'Eglise. Vous avez poursuivi Mgr Lefebvre, à la façon de la grâce même de Dieu, en multipliant les occasions facilement saisissables de repentir et de réconciliation. Vous êtes allé jusqu'à poser envers lui un geste inhabituel en lui écrivant une lettre de votre propre main. Tout fut ignoré et il devient évident que le problème est celui d'une attitude irréductible face à l'Eglise elle-même, attitude relevant de je ne sais quelle mentalité. Il n'appartient ni à moi, ni à vous, Très Saint Père, de juger. Le Seigneur reste le seul juge et nous pouvons seulement espérer que sa bonté serve ici de mesure. Pour nous, le jugement s'exprime en termes de conditions humaines et de situations humaines et vous avez pris la seule voie qui s'offrait à vous.
Ceci m'amène au second point dont je veux parler. Il ne s'agit aucunement de juger vos prédécesseurs, mais je ne puis m'empêcher de penser que, s'ils avaient réagi aussi rapidement face au schisme naissant du XVIe siècle, nous n'aurions pas connu une division de la chrétienté. Je le répète, je ne juge personne; les conditions étaient alors si différentes. Les moyens modernes de communication n'existaient pas et comment pouvait-on savoir que la séparation encouragée par un moine allemand pourrait être le début d'un schisme et postérieurement d'une hérésie?
Mais vous avez très bien perçu la situation. Vous avez agi non seulement avec charité et longanimité, mais aussi avec force. C'est simplement mon avis que vous avez pu, par votre diligence à intervenir, éviter une fissure sérieuse dans l'Eglise. J'aime à croire que, connaissant si clairement la position du successeur de Pierre, les évêques du monde entier se grouperont autour de vous, et c'est cela qui importe. Il y aura sans doute dans tous les pays quelques groupes, animés par une forme de traditionalisme faux et malsain, qui soutiendront l'attitude de Mgr Lefebvre et de ses ternes imitateurs dans nos milieux. Nous avons déjà observé des signes de cette désobéissance et de cet entêtement. Mais je suis convaincu que votre action ferme mais mesurée permettra de contrôler la situation et que les évêques du monde entier, les prêtres et les chrétiens fidèles vous appuieront fermement.
Pour ce qui est du Canada, soyez assuré que nous sommes avec vous de tout coeur, vous assurant de notre affection et de notre loyauté.
Puisse l'Esprit-Saint vous guider dans les décisions difficiles que vous devez prendre et continuer de vous donner cette sagesse tellement requise pour le gouvernement de l'Eglise universelle. Quelle prière peut être, dans la situation présente, plus belle que celle de Salomon: « Da mihi Domine, sedium tuarum assistricem sapientiam ut mecum sit et mecum laboret... » Nous nous unissons dans cette prière pour vous et pour nous tous, demandant que cette sagesse nous soit accordée en l'actuelle occurrence et pour toutes autres choses.
Veuillez accepter nos voeux les plus chaleureux.
Avec l'expression de mon respect, de mon obéissance et de mon dévouement dans le Seigneur.

G. Emmett CARTER,
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.


(1) L'Eglise canadienne, octobre 1976.
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Sandrine

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