Les Aventuriers de DIEU

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Jeu 27 Oct 2016 - 15:49

Les noirs de Molokai se rapprochaient. Sur le rivage et tout au long du ponton des formes humaines gesticulaient. Le petit navire accosta: on jeta la passerelle. Toujours muets, beaucoup en larmes, les lépreux débarquèrent, foulant pour la première fois ce qu'ils ne quitteraient jamais. Certains étaient accueillis par des amis, des parents, qui se jetaient vers eux avec de grands cris; puis des sanglots éclataient, lamentables. Le P. Damien regardait tout cela, comme frappé de stupeur. Ces faces horribles, ces museaux de bêtes, ces stropiats, ces boiteux, ces pustuleux, ces répugnants débris, c'était cela désormais ses compagnons de chaque jour, c'était le troupeau dont il serait le pasteur !

« Seigneur, donnez-moi Votre force, murmurait-il en lui-même, soutenez-moi de Votre amour! Seigneur, faite-moi reconnaître Votre face sur le visage de chacun d'entre eux... »

« Descendons! » dit doucement près de lui, la voix de Mgr Maigret. Les malades avaient reconnu l'Évêque: ils se précipitaient vers lui, les mains tendus, les regards illuminés de joie. « Ka Ekopo! Ka Ekopo! Notre Évêque! » criaient-ils dans leur langue. Il y en avait qui s'agenouillaient, mendiant la bénédiction, d'autres qui se traînaient vers les deux prêtres en boitant, d'autres encore qui se précipitaient vers les cases pour annoncer à tous la nouvelles.

Et puis brusquement, des cris sauvages, éclataient: une bande de lépreux se ruait, fous ou ivres, ou les deux ensemble, criant des injures, des malédictions, des menaces. Les autres les faisait taire.

« Oui, disait l'Évêque, je suis revenu vous voir, et maintenant, voyez, je ne suis pas venu seul. Voici celui que vous attendiez. Il vivra maintenant parmi vous. Il sera votre père. Il vous soignera, il vous consolera. »

Et les malades, soudain silencieux, considéraient avec énormément ce bel blond, robuste, à la peau blanche, qui venait vivre de leur vie, au milieu d'eux. Le vieillard s'approcha, considéra de près le P. Damien, d'un œil connaisseur.
« Tu peux l'examiner, s'écria l'Évêque avec un bon rire. Il n'est pas malade. Et tu vois, cependant, il vient parmi vous. »



A suivre...

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Dim 6 Nov 2016 - 22:02

Comme il désignait d'un geste le jeune missionnaire, son regard see posa sur lui. Le P. Damien était blanc comme un linge. Ces visages, cette humanité de déchets, les cris féroces des ivrognes fous, et surtout... surtout cette odeur nauséabonde qui dégageaient toutes ces chairs en décomposition; cette odeur que la brise de mer n'arrivait même pas à écarter. L'Évêque lui posa la main sur le bras.

« Père Damien, dit-il à voix basse, il est tant encore : le bateau repart dans une demi-heure. Si vous le voulez, je vous ramène. Je comprendrai. Il y a des sacrifices qu'un chef n'a pas le droit de demander. »

Le P. Damien planta ses regards dans ceux du prélats: « Je reste Monseigneur. Je reste volontairement. Ma vie n'aura désormais d'autre but que de refaire, de tous ceux-là des hommes. Et, faisant face à ces nouveaux fidèles : Mes enfants s'écria-t-il, je serai parmi vous jusqu'à ma mort. Votre vie sera ma vie. Votre pain sera mon pain. Et, si le Bon Dieu le veut, votre maladie, un jour, sera la mienne. Je suis prêt à devenir lépreux comme vous.  »

Le navire leva l'ancre. Longuement, le P. Damien le regarda s'éloigner. A l'arrière, le vieil Évêque lui adressa une ultime bénédiction. Puis il se dirigea vers sa case, une misérable hutte de feuillages à côté de l'église. Comme il y arrivai, une voix faible l'appela. Un homme gisait dans le boisé, le visage tout purulent, les yeux fixe. D'un bond, le prêtre fut auprès de lui. « Qu'as-tu? - J'ai faim. » Le P. Damien fouilla dans sa gibecière : grâce à Dieu, il lui restait un peu de pain que le lépreux dévora.  « Pourquoi es-tu là? - Les autres m'ont chassé de ma case, je ne pouvait plus me défendre. Ils m'ont dit que je n'ai pas besoin d'une case pour mourir... »  Une horreur sans nom serrait le cœur du prêtre. Molokai, c'était bien le dernier cercle de l'enfer. Il releva le malheureux, le fit lentement marcher jusqu'à sa case près de l'église; il l'installa sur la paillasse qui aurait dû être la sienne. Quand l'homme fut endormi, le P. Damien sortit.

Au loin, dans la nuit si merveilleuse, si douce, les tam-tams retentissaient : les lépreux fous dansaient autour d'un feu en hurlant. « Seigneur, je remets mon âme entre Vos mains...» murmura le missionnaire. Épuisé, tombant de sommeil, il avisa un grand arbre, un pandanus, à l'écart du village; il se laissa glisser à terre et s'endormit, pour sa première nuit parmi les Morts Vivants.


A suivre...

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Dim 13 Nov 2016 - 20:18

Seize ans... Il devait rester seize ans dans cet enfer. Les premiers temps furent atroces. Le dénuement, la misère du district où étaient parqués les lépreux pourraient à peine s'imaginer. De temps en temps, le petit navire du service venait bien décharger le minimum de nourritures qui permettait aux lépreux de ne pas mourir de faim. Mais, par incurie, par paresse, les captifs ne faisaient rien eux-mêmes pour s'aider; les cultures étaient médiocres; l'eau manquait, les abondantes sources de la montagne n'étant pas captées. Le pire lieu de tout l'enclos était l'hôpital: le comble de l'abomination. Tout y manquait: pas de médecins, pas d'infirmiers, pas de médicaments, pas même d'eau. Entassés dans la jolie de pierre, recouverte de fleurs éclatantes, les lépreux de l'hôpital n'étaient que des cadavres vivants, déjà rongés par les vers.

Ce qu'il y avait encore de pis, c'étaient que ces misérables, condamnés à une mort affreuse, au lieu de s'entraider, de se montrer les uns envers les autres fraternels, se conduisaient comme des bêtes féroces. Un jour que le P. Damien passait près d'une longue fosse, où s'accumulaient les ordures, un homme apparaît, poussant une brouette, dont il fit basculer la charge dans le fossé: le missionnaire crut qu'il s'agissait d'une masse de haillons, mais, en tombant, la masse infecte fit entendre un cri. Un homme, un moribond. On n'avait même pas entendu son dernier soupir pour le jeter aux ordures. Une autre fois le Père arrivait à la case d'un mourant: à sa vue, sept ou huit lépreux se sauvèrent, tous chargés de lourds ballots: le pillage non plus n'attendait pas le dernier soupir.

Devant de tels abîmes de souffrances et d'iniquités, d'autres hommes se fussent découragés. Damien était prêtre, prêtre catholique: il avait offert sa vie à l'amour du Christ. Pas un instant, il n'.hésita. Son devoir était là: comme il l'avait dit à son Évêque, il avait à refaire des hommes avec ces débris. Courageusement il se mit au travail.



A suivre...

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Lun 14 Nov 2016 - 21:53

Le fils des solides cultivateurs flamands n'ignorait rien du métier de la terre et ses bras étaient à toute épreuve. Un vaste programme de culture fut entrepris : partout où le sol le permit, des plantations furent faites. L'eau fut amenée de la montagne, d'abords par des corvées de porteurs qui, chaque matin, s'en allaient en caravanes, le P. Damien en tête, deux seaux à bout de bras. En même temps, une tâche d'assainissement fut menée vite à bien : les vieilles cases dégoutantes, pleines de vermine, furent brûlées et des cases neuves les remplacèrent, le missionnaire se faisant charpentier et maçon. on nettoya les abords des villages : on créa des cimetières pour que les morts ne fussent plus jetés aux détritus.

Un grand jour fut celui où la conduite amena des sources une eau pure, intarissable. Mais un bien plus grand jour encore, celui où l'église neuve se dressa et fut ouverte au culte dans une cérémonie où tout ce qui ce tenait debout dans la léproserie assista.

Cat tout ce labeur matériel n'était que le moyen, l'instrument d'un autre travail, celui de l'évangélisation. Ou plutôt, rien qu'en se montrant, comme il était, merveilleusement bon, charitable à tous, sans cesse dévoué à ses frères lépreux le P. Damien faisait plus pour le Christ que par mille discours. Sa figure souriantes, ses conversations joyeuses, réconfortantes, la générosité de son coeur lui gagnaient les âmes mieux qu'un sermon.

Ces canaques, simples et naïfs, reconnaissaient en lui un homme de Dieu. Très vite, les conversations se multiplièrent : le nombre des baptêmes augmentaient. Des lépreux encore païens apprenaient l'Évangile, d'autres qui avaient jadis été baptisés protestants par quelques missionnaires puritains qui travaillaient dans les îles, mais ne venaient jamais à la léproserie, voyant le prêtre vivre parmi eux, les assistant jusqu'à leur dernière heure, se faisaient catholiques. Un climat d'amitié, de bonté, tout nouveau, s'établit dans le district des Morts Vivants.

D'ailleurs le P. Damien n'hésitait pas à user de tous les moyens pour illuminer les causes de haine et de mésentente. Les ivrognes furent mis à la raison et il fut interdit de distiller l'alcool, comme cela se faisait en grand avant l'arrivée du Père. Lui-même assurait la police. Les mauvais, les violents tremblaient devant lui. Quand il arrivait sur le lieu des batailles et des orgies, un gros bâton au poing, c'était merveille de voir avec quelle promptitude tout rentrait dans l'ordre. Les mauvais garnements, comme disait le missionnaire, détalaient, poursuivis par le gourdin vengeur.



A suivre...

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Lun 21 Nov 2016 - 22:03

Les années ainsi passèrent. A force de supplier, de protester, le P. Damien avait fini par attirer l'attention sur ses chers lépreux. On commençait à parler, dans les îles, et même dans des articles de la presse d'Honolulu de l'ordinaire missionnaire qui, le marteau, la scie ou la bêche à la main, travaillait si bien à faire aimer le Christ et l'Évangile. Des lits, de couvertures, des médicaments, des vivres, arrivèrent en masse, apportés par le Kilauea.

Les religieuses d'Honolulu, qui auraient tant voulu, ells aussi, aller chez les lépreux, collectaient sans relâche et expédiaient à la léproserie tout le produit de leurs quêtes, jusqu'à une petite cloche qu'elles réussirent à se procurer pour l'église.

Mais, si cette notoriété, qu'il n'avait pas cherchée et qui, même, l'ennuyait fort, servait le P. Damien en lui apportant l'aide indispensable, elle avait son mauvais côté: elle provoquait des jalousies. Les autorités des îles, mécontentes de voir qu'un homme, à lui seul, avait, en quelques années, fait beaucoup plus et beaucoup mieux qu'elles en cinquante ans, lui mirent des bâtons dans les roues.

Les missionnaires protestants, qui se gardaient bien d'aller imiter l'exemple du P. Damien, n'en étaient pas moins furieux de toutes les conversions qu'il opérait. On chercha à le faire partir; il refusa. On essaya de le tenter par de belles promesses, de l'impressionner par des menaces: il écarta les unes et méprisa les autres. Alors on prit contre lui une mesure abominable: sous prétexte qu'il aurait pu apporter la contagion dans les autres îles, on lui interdit de quitter, de toute sa vie, la léproserie.



A suivre...

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Re: Les Aventuriers de DIEU

Message  Monique le Mar 29 Nov 2016 - 22:15

Un jour, le Kilauea aborda, selon l'accoutumée, avec son chargements de vivres et de nouveaux lépreux. Un Père piepucien était à bord, l'ami, le supérieur du P. Damien. Celui-ci s'élança en barque, et, arrivé près du bateau fit mine de grimper à l'échelle de coupée.

» Au large ! Au large ! cria le capitaine. J'ai reçue défense absolue de vous laisser monter à bord. -Je ne puis pas parler au P. Modeste ? - J'ai défense aussi de vous laisser communiquer avec qui que ce soit ! Effondré, au bord des larmes, le P. Damien s'agenouilla dans la barque. » Mon Père, dit-il, entendez ma confession, je vous prie. « Et en latin, à haute voix, le missionnaire se confessa, tandis que, penché sur le bastingage, son vieux supérieur lui donnait en pleurant l'absolution .

Quand le petit navire eut disparu derrière les falaises noires. Le P. Damien retourna vers son église. Il se sentait l'âme toute sanglante, déchirée. Mais en approchant, il entendit de jeunes voix fraîches qui chantaient un cantique : c'était ses préférées, ses enfants, les petits de l'orphelinat, qu'il avait recueillis, qu'il avait élevés, à qui il avait appris à servir la messe.

Non, la méchanceté des hommes n'aurait pas raison de lui ! Non, il n'abandonnerait pas ses lépreux ! Non, il resterait « Makua, Kamiano, », comme disaient ses Canaques. Et mêlant sa voix aux petits malades, il entonna un cantique à la Sainte Vierge, Notre-Dame de Consolation.



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Re: Les Aventuriers de DIEU

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