Du Pape et de ses droits religieux à l'occasion du Concordat. (complet)

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Message  Louis le Jeu 7 Juil 2011 - 2:35

Réfutation de cette doctrine. (suite)
Il en est donc ici, comme il en est dans l'empire du monde. Les ministres, les gouverneurs des provinces, les généraux, les/ premiers magistrats, voilà les hommes le plus immédiatement sous la main du chef suprême de l'état, parce que ce sont ceux qu'il lui importe le plus spécialement de surveiller, de réprimer, de corriger ou d'animer, de diriger, parce que de l'usage de leur autorité dépend plus spécialement le salut de la chose publique.

Dans le gouvernement de l'église, les évêques, pasteurs des provinces, voilà ceux dont dépend le salut des diocèses et des ouailles. Pierre est chargé de toutes, et sa sollicitude est générale;, mais son attention ne peut pas s'étendre également sur tous. Il sera suppléé auprès de nous, par ceux que Jésus-Christ lui a donnés pour frères. Il faut qu'ils lui répondent de nous; mais à condition qu'il répondra lui-même d'eux à Jésus-Christ, c'est-à-dire, à condition qu'il veillera sur eux plus spécialement, qu'il les réprimera et les dirigera plus efficacement. C'est donc sur eux que tombera plus directement l'exercice de son autorité; c'est à leur égard que ses devoirs seront, et plus rigoureux et plus habituels. Par la même raison, les évêques auront à son égard des devoirs plus sévères et plus habituels. Il faudra qu'ils soient dans sa main, ce que sont dans la main de César les ministres et les grands officiers de l'empire. Ils seront bien plus strictement obligés de respecter ses ordres, de les exécuter et faire exécuter, non-seulement à raison de l'exemple, mais parce qu'il est dans la nature même du gouvernement , que l'autorité ne contrarie pas l'autorité ; que dans la hiérarchie des pouvoirs , l'inférieur n'arrête pas le supérieur, et que plus nous rendons à nos pasteurs, plus nos pasteurs rendent au princes des pasteurs représentant Jésus-Christ.
A suivre :
Obéissance des évêques plus spécialement
due dans les objets importans.

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Message  Louis le Ven 8 Juil 2011 - 20:51

Obéissance des évêques plus spécialement due
dans les objets importans.
Je dis plus : c'est sur-tout quand Pierre a statué sur des objets importans, que l'obéissance des pasteurs devient un devoir plus sévère; car c'est alors aussi qu'il est censé agir plus spécialement au nom de cette église qui est chargé de suppléer, et en vertu de cette plénitude d'autorité à laquelle tous sont soumis, tous, peuples et rois, brebis et pasteurs C'est lorsqu'après avoir pesé, d'un côté, les besoins, les dangers des peuples, et de l'autre, la loi ; c'est même lorsque, malgré toutes les représentations des pasteurs, il croit devoir suspendre la loi ; ou plutôt, c'est lorsqu'entrant dans l'esprit de ces lois, qui toutes ont été portées, non pour le mal, mais pour le bien; quoniam leges eâ intentione latæ sunt ut proficiant, non ut noceant ; c'est lorsqu'il seroit cruel d'insister sur la loi pour des objets qu'elle n'a point prévus, et auxquels elle auroit remédié si elle avoit pu les prévoir ; quod et ipsa lex cavisset, si prævidisset, et sœpè crudele esset insistere legi, cùm observantia ejus esse præjudiciabilis ecclesiæ videtur, ( BOSSUET , def. decl. part. 1, 1. 11, c. 19 ), c'est alors que le devoir d'obéir au pape pèse plus spécialement sur les évêques.

Je le dis, parce que le pouvoir de donner ces sortes de dispenses est tellement reconnu dans le pape, que jamais catholique, jamais homme tant soit peu versé dans la nature d'un vrai gouvernement, et des choses de l'église, ne refusa ce droit au pontife romain. Has enim dispensationes nemo catholicus, nemo veri regiminis sciens aut rerum ecclesiasticarum gnarus, abstulerit. ( BOSSUET, cap. 16. )

Je le dis, parce que si, après avoir rempli vos devoirs par de justes représentations, vous résistez encore au décret du pontife, c'est sur vous que retombe tout le mal qu'il vouloit empêcher; c'est sur vous, que retombe sur-tout le reproche de dénaturer le gouvernement de l'église, et d'empêcher, autant qu'il est en vous, qu'elle ne trouve toujours, dans son chef cette plénitude de puissance donnée pour la suppléer elle-même dans les grands besoins des fidel¬les.

Prenez, si vous l'osez, sur vous-même, le sang de tous ces hommes auxquels Pierre vouloit ouvrir les voies du salut, et qu'il faudrait laisser périr sans prêtres, sans sacremens, si l'on prêtoit l'oreille à vos réclamations. Prenez, si vous l'osez, sur vous, le scandale d'un appel qui ne saurait ici que compromettre la sincérité de votre foi, sur une plénitude de juridiction que toute l'église vous montre dans Pierre, et qu'elle ne vous montre jamais plus puissante que lorsque l'importance de son objet sembleroit requérir un concile devenu impossible, et auquel Pierre seul peut suppléer.

Opposez de nouveau l'importance de l'objet…
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Message  Louis le Sam 9 Juil 2011 - 2:30

Obéissance des évêques plus spécialement due
dans les objets importans.
(suite)
Opposez de nouveau l'importance de l'objet ; la désobéissance en sera plus marquante, elle ne sera pas plus légitime. Opposez à la fois, et l'importance de l'objet, et les formes et les anciennes lois, le prétexte n'en est pas plus heureux, quand c'est précisément l'importance de l'objet, le salut d'un grand peuple que le pape vous montre comme l'emportant sur les formes et sur les lois anciennes ; quand ceux qui obéissent à ses décrets ne vous parlent eux-mêmes que de la première et de la plus indispensable de toutes les lois, de la nécessité de pour¬voir au salut des âmes, et de tant de millions d'âmes.

Vous parlez de vos droits, et le pape vous parle de ses devoirs.

Pour remplir le plus important de tous, il recourt à la plénitude de sa puissance. Au lieu de nous dire qu'il ne peut rien d'important sans vous dans nos églises, il falloit donc nous dire que : c'est précisément dans les objets importans qu'il peut tout sans vous dans nos églises, quand les événemens ne permettent pas que vous agissiez avec lui : car c'est là , suivant Bossuet, le moment de montrer qu'il peut tout dans les cas d'une grande nécessité ; papam nihil non posse cùm necessitas id postularit. Et c'est là en effet tout ce que l'on vous dit.

On ne vous parle pas d'un exercice ordinaire de la puissance, quand vous lui donnez vous-même un objet important et extraordinaire. On ne craint pas sur-tout que de cet exercice de la toute-puissance, résulte le mépris des canons, quand on ne croit à la juste dispense des canons que pour des raisons canoniques. Il n'est contre cette doctrine que des terreurs affectées; et la votre contriste l'âme du catholique. Il ne sait plus comment concilier le dogme d'une vraie plénitude de puissance, avec vos prétendues lois essentielles, qui jamais ne permettent à Pierre de rien entreprendre d'important dans une église , sans la connaissance et le consentement de l'évêque qui la gouverne.

Afin de justifier tout ce qu'a fait le pape pour le rétablissement des églises de France, il suffiroit peut-être d'avoir montré combien sont étranges ces prétendues lois auxquelles, les évêques opposans se sont vus forcés de recourir pour maintenir leur opposition. Cependant ne nous refusons pas à l'examen spécial des raisons, ou prétextes de cette opposition. En donnant à la France de nouveaux pasteurs, le pape frappe de nullité toute l'autorité, toute la juridiction que les anciens avoient sur nous. C'est là le droit qu'ils lui contestent ; c'est celui que nous avons plus spécialement à constater.

A suivre : CHAPITRE III. – De l'autorité spéciale du Pape sur la juridiction des Evêques.
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Message  Louis le Sam 9 Juil 2011 - 16:12

CHAPITRE III

De l'autorité spéciale du Pape sur la juridiction des Evêques.

Décret du pape.
« Nous leur interdisons à jamais tout usage de toute juridiction ecclésiastique; nous déclarons nul, et de nulle force, tout ce que désormais ils pourraient attenter en ce genre dans leurs anciens diocèses. »

A suivre :
Vraie question à faire sur ce décret;
dans le cas d’une grande utilité ou nécessité
quelle est l’autorité du pape sur la juridiction des évêques ?

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Message  Louis le Sam 9 Juil 2011 - 20:18

Vraie question à faire sur ce décret;
dans le cas d’une grande utilité ou nécessité quelle est
l’autorité du pape sur la juridiction des évêques ?

La puissance qu'annonce ce décret émané de la bouche du pape, sur tous les archevêques et évêques de ces nombreux diocèses dont se composoit naguère l'église des anciennes et nouvelles provinces de la France, peut-elle être comprise dans les droits que les pontifes romains ont à exercer comme successeurs de saint Pierre ?

Telle est la question qu'il est enfin temps d'aborder, comme celle qui doit décider notre conduite à l'égard de nos anciens pasteurs et de ceux que nous a donné le nouveau concordat. Avant de la résoudre, je suppose que mes lecteurs la réduisent eux-mêmes à ses vrais termes. Qu'ils ne s'attendent pas à me voir examiner si le pape auroit pu arbitrairement, et hors le cas d'une véritable nécessité, faire un semblable usage de sa puissance.

Je l'ai dit trop souvent et trop clairement: la puissance été donnée à Pierre, pour l'édification, non pour la destruction ; le pape, dans l'usage ordinaire de cette puissance, est obligé de prendre pour règle les lois de l'église, et celles des pontifes ses prédécesseurs; le pape enfin ne peut légitimement s'écarter de ces lois , que dans les circonstances où, suppléant l'église, et pouvant seul la suppléer, il fait tout ce qu'elle feroit elle-même en s'élevant au-dessus de ces lois, soit pour écarter de grands dangers, soit pour réparer de grandes pertes auxquelles les lois n'ont pas pourvu.

Si vous faites abstraction de ces circonstances, nous n'avons pas besoin de voir tant d'archevêques et tant d'évêques déposés par un seul coup d'autorité; nous dirons hardiment : Ce que fait ici le pape contre tant de pasteurs, il ne peut pas le faire légitimement contre un seul. Il ne lui est pas donné de priver ses frères de leur autorité, pour le seul plaisir de montrer la prééminence de la sienne. Car, encore une fois, Pierre, chef de l'église, n'a reçu le pouvoir de suppléer l’église, que pour user saintement, et comme elle, de son autorité.


A suivre :
Réponse à cette question, par l’évangile, et la nature même
de la juridiction donnée à Pierre et aux évêques.
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Message  Louis le Dim 10 Juil 2011 - 1:56

Réponse à cette question,
par l’évangile, et la nature même de la juridiction
donnée à Pierre et aux évêques.


Maintenant donc, que tous les vains prétextes de puissance arbitraire et d'autorité despotique, ou d'abus de puissance , sont écartés, tout ce que vous pouvez nous demander, se réduit à savoir si le pape ayant de grands désastres à réparer, ou bien de grands dangers à éviter, pourra, dans cet objet, éteindre toute l'autorité, toute la juridiction des pasteurs évêques d'une église , pour la transporter à d'autres pasteurs, à d'autres évêques , pour le salut de cette église; maintenant nous n'hésiterons pas à vous répondre : Oui, le pape le peut. Si vous pouviez encore vous étonner de nous entendre ajouter : Il le doit; reprenez avec nous nos livres saints.

Là, il est pour Pierre un premier titre : Paissez mes agneaux, paissez mes brebis ; et par ce premier titre, tout chrétien est soumis à Pierre, comme les ouailles le sont à leur pasteur.

Là, il est pour Pierre un second titre : Tout ce que tu auras lié ou délié sur la terre, le sera dans les deux ; et par ce second titre , il n'est point de lien que Pierre ne puisse ou former ou dissoudre sur la terre, si son Dieu peut lui-même les former ou dissoudre dans les cieux.

Il n'est plus temps de revenir sur ces deux grandes vérités…

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Message  Louis le Dim 10 Juil 2011 - 14:19

Réponse à cette question,
par l’évangile, et la nature même
de la juridiction donnée à Pierre et aux évêques.
(suite)


Il n'est plus temps de revenir sur ces deux grandes vérités. La doctrine de tous les temps et de toutes les églises, l'a rendue trop incontestable; je l'applique à ce lien que forme entre nos pasteurs et nous, cette autorité juridictionnelle qu'ils exercent sur cous ; et, à la voix de Pierre, je vois ce lien se dissoudre.

Qu'est-ce en effet que cette puissance de juridiction qu'exercent nos pasteurs dans un ordre quelconque ? C'est cette autorité purement religieuse, en vertu de laquelle ils nous dirigent dans les voies du salut, avec un véritable droit de statuer en tout ou en partie sur ce qui a rapport à ce grand objet, mais de statuer avec cette autorité qui lie les consciences (I), avec toute celle que Jésus-Christ donnoit aux ministres de son église, en leur disant : Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous méprise, me méprise . Dans les détails de cette autorité, il leur est dit, à eux , de nous instruire, de nous administrer les sacremens, le pain de la parole; de nous donner la règle à suivre dans le culte du Seigneur, de nous conduire enfin comme leurs ouailles dans l'église de Jésus-Christ. Voilà leurs droits sur nous. Il nous est dit, à nous, de les écouter et de leur obéir comme aux ministres, aux envoyés de notre Dieu. Voilà nos devoirs auprès d'eux. C'est dans ce rapport de leurs droits et de nos devoirs que consiste leur juridiction; c'est là le véritable lien qui nous unit à eux, comme les ouailles aux pasteurs.

Mais au-dessus de tous ces pasteurs…

________________________________________________

(I) Je dis de statuer avec cette autorité qui lie les consciences ; et en ce sens, on voit qu'elle se trouve dans chaque pasteur, sans qu'il ait besoin pour cela de recourir à un tribunal contentieux ; car l'autorité que Jésus-Christ donne ici à ses ministres leur est personnelle. Ils n'ont pas besoin d'être assis sur un tribunal, et entourés d'autres juges , pour nous parler des choses de Dieu, et en son nom. Cette observation paraîtra superflue à bien des lecteurs ; mais elle est nécessaire à ceux qui vivraient dans des contrées où, comme en Angleterre, le mot juridiction se joint habituellement à l'idée d'un tribunal, où l'on dit, par exemple, la juridiction de l'archevêque de Cantorbery, pour exprimer ce tribunal que nous appelons, nous, l'officialité. J'ai vu, à Londres, des restes d'une grande dispute occasionnée par cette différence de langage. Le gouvernement, devenu plus tolérant pour les catholiques, avoit néanmoins voulu exiger d'eux qu'ils reconnussent que le pape n'avoit point de juridiction en Angleterre. Il l'avoit voulu, parce que le pape n'a point, en Angleterre, de tribunal reconnu par les lois, et sur-tout parce que la juridiction , le tribunal de l'archevêque, prononçant sur bien des objets par simple concession de la puissance temporelle, on craignoit que la juridiction du pape n'annonçât quelque prétention aux objets civils.

La plupart des catholiques se refusèrent au serment, rédigé par le gouvernement. Distinguant la juridiction par son objet, c'est-à-dire, en spirituelle, et en civile ou temporelle, ils étoient disposés à signer que cette dernière n'appartenoit nullement au pape ; mais ils ne vouloient pas signer simplement qu'il n'a point de juridiction en Angleterre, parce qu'eu effet, dans le langage de l'église catholique, ils ne le pouvoient pas sans démentir la foi sur son pouvoir spirituel.

D’autres, en moindre nombre, croyoient pouvoir se prêter au langage des protestans, sans méconnoître l'autorité religieuse du pape ; et de là, ces disputes parmi des catholiques, qui pourtant n'avoient tous qu'une même foi.

Heureusement le ministère anglais se prêta enfin à la juste répugnance du grand nombre : il proposa une nouvelle formule de serment, où le mot de juridiction étoit omis ; et tous les catholiques s'empressèrent de la signer, comme s'accordant avec ce qu'ils dévoient à l'état, sans manquer à ce qu'ils devoient à la religion.
Mais au-dessus de tous ces pasteurs…
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Re: Du Pape et de ses droits religieux à l'occasion du Concordat. (complet)

Message  Louis le Dim 10 Juil 2011 - 21:17

Réponse à cette question, par l’évangile,
et la nature même de la juridiction donnée
à Pierre et aux évêques.
(suite)


Mais au-dessus de tous ces pasteurs, il est, par la constitution de l'église, un prince des pasteurs, à qui Jésus-Christ dit lui-même : Tout ce que tu auras lié ou délié sur la terre, le sera dans les cieux ; et ce pasteur , c'est Pierre.

Quel est donc ici le catholique qui osera me dire : Tu es encore lié, quand Pierre te délie ?

Qui osera me dire : Ce prêtre, cet évêque est encore ton pasteur, quand Pierre a prononcé qu'il ne l'est plus? et tu n'es pas lié à ces nouveaux pasteurs, quand Pierre a prononcé qu'il te lioit à eux ? Malgré tous les décrets de Pierre, le premier nœud n'est point dissous, le nouveau lien n'est point formé ?

Je l’avoue, ce démenti donné à l'évangile m'épouvante; il me semble trop formel et trop près du blasphème.

Il faut donc bien ici, quoi qu'il en soit des circonstances, et de l'application, de l'usage que Pierre pourra faire de sou droit, il faut bien au moins que je commence par convenir du droit. S'il n'est pas démontré, je ne sais plus ce qui pourra l'être dans l'évangile.

Ce pouvoir vous semble immense, et sans doute qu'il l'est : mais le devoir de Pierre l'est aussi; car sa juridiction n'est pas simplement un grand droit, elle est aussi un grand devoir. Souvenez-vous qu'il est pasteur de tous, et qu'en cette qualité il répondra de tous ; souvenez-vous qu'il est ce général des légions de Jésus-Christ, que le grand Chrysostôme vous représentoit parcourant les diverses parties de son armée , dùm pertransiret universos ; et les parcourant avec tous les devoirs, comme avec toute l'autorité d'un chef qui va reconnoitre ses postes, qui se montre partout avec ce zèle , avec cette puissance chargée de pourvoir à la sûreté , à la conservation et au salut de l'empire. (Sup. part. I, c. 7.)

S'il est quelques-unes de ces légions qui aient perdu leurs chefs, s'il ne peut les leur rendre, s'ils ne veulent, ou s'ils ne peuvent plus les conduire au champ de la victoire, serez-vous étonné que chef de tous les chefs, il puisse suppléer les anciens, en créer de nouveaux? Comment répondra-t-il de nos défaites, s'il n'est pas maître d'assigner à chaque légion son poste et son chef; s'il ne peut pas même suppléer à ceux que leurs blessures ont mis hors de combat, ou que des malheureuses circonstances tiennent trop éloignés de son armée pour y maintenir l'ordre ?

Je ne conclurai pas de ces rapprochemens…
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Message  Louis le Lun 11 Juil 2011 - 16:35

Réponse à cette question, par l’évangile,
et la nature même de la juridiction
donnée à Pierre et aux évêques.
(suite)

Je ne conclurai pas de ces rapprochemens , que tout pasteur doit être essentiellement livré au choix de Pierre; je sais que sur ce choix l'église a ses règles, qui peuvent varier ; mais sous quelque forme qu'il ait lieu ,

je dirai : Ce choix doit tellement rester soumis à Pierre, qu'il puisse en tout temps rejeter celui qui deviendroit nuisible au salut des fidelles.

Je dirai : Pierre, pasteur de tous, doit répondre du salut de tous, et le devoir, ici comme par-tout ailleurs, emporte essentiellement le droit. Pierre a un compte à rendre, et des ouailles et des pasteurs, de l'usage même qu'ils auront fait sous lut de son autorité.

Pour qu'ici la responsabilité soit d'accord avec les premières notions de la justice, il faudra que cette autorité des pasteurs soit soumise à la sienne; qu'il puisse la reprendre, la resserrer, ou bien l'étendre, suivant qu'il la verra utile ou bien nuisible entre leurs mains. Il faudra même qu'il puisse la supprimer, l'anéantir absolument dans eux, quand il sera constant qu'au lieu d'être utile entre leurs mains, elle met obstacle au salut des fidelles.

Oui, dans ces circonstances, il faudra qu'il puisse non-seulement la resserrer dans des limites plus étroites, mais la transporter toute entière en d'autres mains pour le salut des ouailles ; car c'est pour ces ouailles qu'une grande puissance est donnée aux évêques sur les leurs; c'est parce que Pierre doit répondre de toutes, sans exception, qu'une plus grande puissance lui est donnée à lui, et que cette puissance, comme sa responsabilité, s'étend sur les pasteurs même.

Comment répondra-t-il des uns et des autres, s'il ne peut pas même nous ôter un pasteur devenu inutile ou nuisible, un pasteur qui ne veut ou ne peut nous conduire dans les voies du salut ; s'il ne peut y suppléer par d'autres qui remplissent des devoirs si essentiels ?

Je ne demande pas si la faute est ici du côté du pasteur, ou de toute autre part ; si l'absence est de choix, ou l'exil volontaire. Vous êtes innocent de toute faute, mais le salut des âmes est de toute nécessité; le peuple ne peut pas recevoir les secours du salut, sans le retour de ses anciens pasteurs, ou sans la création de nouveaux pasteurs. Dans cette alternative cruelle pour son cœur, soyez juste envers Pierre, comme vous désirez que nous le soyons à votre égard.

Vos malheurs ne l'ont pas déchargé de sa responsabilité ; l'église l'avertit qu'elle est terrible. Nos conciles écuméniques ne lui disent pas simplement qu'en vertu de la sollicitude qui lui est imposée, c'est pour lui un devoir rigoureux de donner au peuple des pasteurs, ils lui disent qu'il doit nous donner les meilleurs ; et remarquez-le bien , les plus propres, tes plus convenables à chaque église , s'il ne veut pas voir retomber sur lui le sang des ouailles qui périroient par la négligence des pasteurs , ou par l'oubli de leurs devoirs dans le gouvernement de l'église.

Beatissimus romanus pontifex , quam sollicitudinem universæ ecclesiæ ex muneris sut officio debet, eam poitssimùm impendat ut bonos maximè at que idoneos pastores singulis ecclesiis prœficiat, quod ovium Christi sanguinem, qua ex malo negligentium et sui officii immemorum pastorum regimine peribunt, Dominas noster Jesus-Christus de manibus ejus sit requisiturus. ( Trid. §. 24, C. I, reform. )

Soyez juste envers Pierre…
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Message  Louis le Lun 11 Juil 2011 - 20:19

Réponse à cette question, par l’évangile,
et la nature même de la juridiction
donnée à Pierre et aux évêques.
(suite et fin)

Soyez juste envers Pierre : cette obligation de donner à chaque église les pasteurs les plus convenables au bien des fidelles , ne s'étend pas simplement à un premier choix; elle dit à Pierre que si, par des circonstances quelconques, ce premier choix, quoique d'abord heureux , vient à ne plus offrir au peuple des pasteurs convenables pour le salut des âmes, fallût-il ne s'en prendre qu'au malheur des temps, sa responsabilité ne cesse pas.

Il faut donc bien qu'alors, et peut-être alors plus que jamais, à raison de ce malheur des temps, il se souvienne de son obligation de donner au peuple des pasteurs plus propres et plus convenables.

Il faut bien qu’il puisse, en laissant aux premiers, et leurs vertus et leur mérite, suppléer au sacrifice que le malheur des temps leur prescrivoit ; il faut qu'il puisse, ou du consentement, ou bien sans le consentement des anciens pasteurs, et même malgré eux, en donner de nouveaux à ce peuple, et de plus convenables à son salut. Quand il aura dit aux anciens :

Souvenez-vous qu'un bon pasteur donne son âme pour le salut de ses ouailles ; quelles que soient leurs dispositions, il faudra bien qu'il se dise à lui-même :

« Mais ces ouailles sont à mot, et les malheurs des temps, et l'exil, et le refus même des pasteurs que je leur avois donnés, ne les empêchent pas d'être à moi. Ils ne m'ont pas ôté, à moi, ma responsabilité. Quand ils ne peuvent plus les conduire eux-mêmes dans les voies du salut, je suis encore là pour les sauver. Moins ils peuvent pour ces ouailles, et plus je dois me souvenir de tout ce que je peux pour elles. Le tuteur que j'avois donné à ces enfans ne peut plus rien pour eux, il est temps que le père se montre; tout leur sang retomberoit sur moi. Que le devoir et la tendresse réveillent toute ma puissance. Je viendrai, et je visiterai ce peuple. Il saura que je peux tout lier, tout délier pour son salut ; je le délierai de ses anciens pasteurs ; je le lierai à de nouveaux pasteurs, et je le guérirai. »

Quand Pierre aura tenu ce langage, dût-il trouver quelqu'un de ces pasteurs, à qui on peut dire : Malheur à vous, qui fermez aux hommes les portes du ciel, car vous ne voulez ni entrer, ni laisser entrer les autres ( MATH. 23. ), qu'il ne s'arrête pas à des considérations qui lui laisseraient toute sa responsabilité ; qu'il lie, et qu'il délie tout, comme le Dieu qu'il représente, dans le seul objet de sauver ces millions d'âmes dont il est responsable. Ce sera bien le cas d'admirer le Dieu qui donne à l'homme une telle puissance ; mais ce sera aussi le cas de dire ; Il étoit juste; il étoit naturel qu'une si grande puissance fût unie à une si grande responsabilité.
A suivre :
Faussetés des prétextes
opposés à cette autorité du pape.


Dernière édition par Louis le Mar 12 Juil 2011 - 1:51, édité 1 fois (Raison : orthographe)
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Re: Du Pape et de ses droits religieux à l'occasion du Concordat. (complet)

Message  Louis le Mar 12 Juil 2011 - 1:58

Faussetés des prétextes
opposés à cette autorité du pape.
Si cette autorité juridictionnelle est soumise au pontife romain, on semble redouter que la dignité épiscopale ne soit avilie; et cependant, c'est précisément pour ne pas la laisser s'oublier et s'éteindre absolument dans de vastes régions, c'est pour en dé montrer l'asolue nécessité dans le culte religieux, c'est pour en ressusciter l'exercice dans les églises d'un grand empire, que le pape se résout à frapper un coup d'autorité, qui ne porte sur des évêques réduits è une triste inactivité, que pour en créer de nouveaux dont la présence et les secours rendent à un grand peuple ses moyens de salut.

On affecte de craindre pour nos libertés, pour les droits des pasteurs, et on ne veut pas voir que si les évêques ont leurs droits, les peuples ont aussi les leurs dans le royaume de Jésus-Christ; qu'il entre aussi dans leurs libertés d'avoir dans leurs églises des ministres de Jésus-Christ, de s'adresser au plénipotentiaire de Jésus-Christ, pour en obtenir de nouveaux, quand les circonstances ne permettent pas que les anciens leur soient rendus. On ne veut pas voir qu'il est du devoir de ce plénipotentiaire de Jésus-Christ, de satisfaire et de prévenir même ce vœu des peuples, ou de leurs représentans, quand il est devenu impossible de pourvoir autrement au salut de ces peuples.

Eh ! quand faudra-t-il donc que Pierre se souvienne de cette immense responsabilité, de cette puissance sans bornes, de cette puissance sur la loi elle-même, si ce n'est dans ces jours où la loi ne peut plus nous sauver, dans ces jours où la loi nous laisse sans pasteurs, et sans aucun moyen de rentrer avec eux dans nos temples, de redresser nos autels abattus, d'assister de nouveau aux saints mystères, de voir le sacerdoce renaître parmi nous, et nous offrir de nouveau les secours du salut ?

Ce n'est pas dans le calme de la prospérité, et lorsque le vaisseau de l'église vogue tranquillement au gré de tous les vœux, que nous avons besoin de cette voix qui commande à la mer, et à qui la mer obéit; c'est au fort de l'orage et des tempêtes que les disciples éveillent Jésus-Christ, et s'écrient : Sauvez-nous, Seigneur, nous pésissons.

C'est donc alors aussi que ce peuple aura droit de s'adresser à Pierre, et de lui dire : C'est pour nous que toute la puissance des cieux est réunie dans vous. Sauvez nos églises ; et s'il faut pour cela rompre jusqu’à ces liens qui nous attachent à nos anciens pasteurs, souvenez-vous de cette autorité qui peut nous en donner de nouveaux, puisqu'elle seule lie et délie tout. Nous étions à vous sous les anciens, nous serons encore à vous sous les nouveaux, pour ne pas cesser d'être dans l'église de Jésus-Christ.

Lorsque le pape accourt…

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Message  Louis le Mar 12 Juil 2011 - 14:36

Faussetés des prétextes
opposés à cette autorité du pape.
(suite et fin)
Lorsque le pape accourt exaucer ces vœux que lui porte le chef du gouvernement, on accuse de précipitation l'autorité qui saisit un instant propice à la restauration de nos églises. On se flatte d'un avenir qui pourroit nous rendre un autre ordre de choses, et on ne veut pas voir qu'en attendant les ouailles périssent. On ne veut pas voit que la plaie est profonde (I), que chaque jour ajoute aux dangers de la mort ; que Pierre, en attendant, est responsable de tout ce qui périt; que des millions d'âmes peuvent encore périr; que l'occasion de les sauver peut échapper, pour ne plus revenir. On ne voit pas même que cet empressement du peuple à recevoir ses nouveaux évêques, et celui du pape à les lui donner, annoncent bien mieux l'importance de l'épiscopat dans l'église, que les délais d'une tranquille longanimité, qui attendra la mort des anciens évêques pour suppléer leurs fonctions.

On se récrie sur le prétendu outrage fait à des pasteurs qui auront noblement supporté le poids des persécutions. Quoi ! c'est les outrager, que de les croire prêts à sacrifier leur autorité même au salut de ces ouailles pour qui elle fut donnée ? Ce n'est pas là l'idée que nous avons de nos anciens pasteurs; mais, si le sacrifice leur coûtoit, si c'étoit là l'objet ou la cause de la résistance qu'ils opposent à Pierre, cessez de nous parler de leurs vertus et de leur noble désintéressement !

Vous ajoutez en vain qu'il n'étoit pas donné à Pierre de les juger sans les entendre ; vous nous forcez-à vous le répéter : qui vous dit donc ici que Pierre les juge ou les condamne ? C’est le besoin du peuple qu'il juge; c'est le salut des âmes qu'il sait apprécier. Il n'a pas eu besoin pour cela de vous entendre. Le sang de ces âmes crioit trop hautement.

De quoi vous plaignez-vous, quand il accourt à elles, pour les sauver sans vous, quand, il ne peut plus les sauver avec vous? sur-tout quand c'est de vous que vient désormais le grand obstacle qu'il trouve à leur salut ? Il ne vous a pas dit : Vous ne méritez plus de diriger ce peuple ; il vous a dit : Ce peuple ne peut plus être dirigé par vous dans les voies du salut. Est-ce vous offenser, que lui donner des hommes qui puissent le sauver ?

Ce qu'on objecte ici de plus spécieux, c'est que les évêques sont établis de droit divin; c'est qu'ils tiennent à la constitution essentielle de l'église. Mais ne con fondons pas l'épiscopat avec toute personne revêtue de cette dignité. Il faut essentiellement que l'épiscopat existe dans l'église; et c'est précisément parce qu'il le faut, que le pape nous donne de nouveaux évêques , quand il ne peut plus nous rendre les anciens. Il faut dans l'église un épiscopat ; mais il n'est pas dit pour cela que Timothée sera essentiellement évêque d'Ephèse, et Tite de Crète, et Denis de Corinthe; ou que Pierre parcourant les églises, ne pourra pas ôter de sa place le flambeau qui ne donne plus de lumière.

___________________________________________________

(I) Plût à Dieu qu'à notre retour dans ces contrées, nous eussions trouvé la religion dans tous les cœurs, telle que les anti-démissionnaires aiment à se le persuader ! Vraiment on diroit, à les entendre, qu'il ne nous manquoit que la liberté du culte public ; que la ferveur y suppléoit abondamment. On aurait dit presque qu'il falloit laisser continuer la persécution, pour ajouter au nombre des chrétiens , tant on abusoit de ce mot de Tertulien : Sanguis martyrum semen christianorum. Et cependant tout cela se disoit en Angleterre, où la persécution a laissé si peu de catholiques. On ne vouloir pas réfléchir que la marche d'un Dieu, établissant le christianisme, n'est pas celle d'un Dieu qui punit l'abus des lumières du christianisme. Au reste, les faits parlent malheureusement trop haut. Sans doute encore la grande multitude est catholique; mais la défection alloit toujours croissant. Et qui peut nous dire à quel point quelques années encore l'auroient portée, sans le secours que la Providence est venue nous offrir ?

A suivre :
Preuves tirées de tous les docteurs catholiques,
et sur-tout de l’église de France.
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Message  Louis le Mer 13 Juil 2011 - 20:08

Preuves tirées de tous les docteurs catholiques,
et sur-tout de l’église de France.

L'épiscopat est nécessaire; mais il est aussi nécessaire que l'évêque soit soumis à Pierre. Il faut à l'évêque sa juridiction de droit divin ; mais il faut aussi, de droit divin, que sa juridiction soit subordonnée à celle de Pierre. Dites, je le veux bien, que Jésus-Christ même donne immédiatement à l'évêque cette autorité juridictionnelle. Ce sont là les systèmes de l'opinion; mais à tous vos systèmes, nous opposons ce qu'il y a de constant dans toutes les écoles; ce que jamais théologien ne s'est encore permis de nier dans l'église.

Or, ce qu’il y a ici de certain, c est ce pape Benoît XIV, dont l'autorité étoit si révérée dans les assemblées du clergé français; c'est ce pontife qui vous en prévient :

« Quoi qu'il en soit de cette origine de la juridiction épiscopale, soit qu'elle vienne immédiatement de Jésus-Christ, soit qu'elle soit donnée immédiatement par le pape, au moins est-elle toujours et tellement soumise au pape, que tous les catholiques s'accordent dans l'aveu que le pape, lorsqu'il s'en trouve de» raisons légitimes, petit en limiter, et même en annuler absolument l'exercice (I). » Episcoporum jurisdictio sive sit immediatè à Christo , sive à summo pontifice, ita semper huic subest, ut consentientibus omnibus catholicis , ejus auctoritate et imperio limitari , at que ex legitimâ causâ omninò auferri possit. ( BENEDICT. XIV , de synod, diœces. lib. 7 , cap. 8 , n-° 7. )


_________________________________________________

(I) (I) Dans ce qui appartient à l’opinion, parmi les théologiens, il en est qui prétendent que la juridiction est donnée à l'évêque dans sa consécration.

Paul de Castro enseigna le premier cette opinion; il fut suivi par Vasquez et quelques autres, avouant tous pourtant que cette juridiction reste sans activité, et que tout exercice en reste nul, jusqu'à ce que l'institution Canonique ait donné à l'évêque un diocèse, c'est-à-dire , des ouailles, des sujets sur qui il puisse l'exercer ; et il faut bien en convenir , pour ne pas se trouver en opposition avec le concile de Trente (§. 14 et 23 ) » et une foule d'autres décisions semblables, pour ne pas introduire dans le gouverne ment de l'église la plus affreuse confusion, en voulant que chaque évêque ait par-tout la même juridiction que dans son diocèse ; ce qui en feroit l'évêque universel, et feroit bientôt de chaque prêtre un curé universel.

— D'autres croient que l'évêque ne reçoit sa juridiction qu'au moment où il reçoit son institution canonique; mais que la juridiction lui vient immédiatement de Dieu , quoique l'institution canonique vienne du pape. D'autres enfin, avec Suarez, et le plus grand nombre des théologiens étrangers, soutiennent que la juridiction épiscopale vient immédiatement du pape. J'avoue ne mettre à aucune de ces opinions autant d'importance que bien des personnes ; j'avoue même ne pas trop concevoir ce que c'est qu'une juridiction dont tous les actes sont essentiellement nuls ; et telle serait celle de l'évêque sans l'institution canonique, sans la mission spéciale qui lui est donnée pour le gouvernement de l'église qui lui est assignée ; jusqu'alors elle irait se confondre avec la simple aptitude à recevoir l'autorité épiscopale. Ce seroit la juridiction d'un homme qui a tout ce qu'il faut pour être établi juge, mais qui ne peut juger personne avant d'avoir reçu son tribunal.

— D'un autre côté, si l'évêque ne reçoit immédiatement de (l'évêque la ?) juridiction qu'en recevant son institution Canonique (... ?), ou bien d'un concile, d'un primât, suivant la discipline, quel argument peut-on tirer de ce système, quand il est (enseigné ?) que, dans son exercice, cette juridiction reste soumise au pape, qui a donné l'institution ?

A suivre :
Preuves par la doctrine de l’ancienne église gallicane.
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Message  Louis le Ven 15 Juil 2011 - 19:35

Preuves par la doctrine
de l’ancienne église gallicane.
Vous chercherez en vain dans notre ancienne église, un seul docteur qui se rapproche davantage de vos systèmes, ou même qui semble les avoir connus. La vraie source de toute juridiction ecclésiastique est constamment pour eux dans le siège apostolique, dans Pierre et dans ses successeurs ; c'est là que Jésus-Christ l'a mise pour la faire passer jusqu'à vous.

Mais, dans cette doctrine, si la source se forme sur vous, que devient le ruisseau ? Que Pierre ou le pontife son successeur rétracte le don qu'il vous a fait, que devient la puissance juridictionnelle attachée à ce don ? Mais, dans tous les systèmes, que le don vienne de Jésus-Christ immédiatement, ou bien que Jésus-Christ le transmette par Pierre, c'est-à-dire, que Pierre ou le pape ne soit ici que l'instrument dont Jésus-Christ se sert pour la donner lui-même, lorsque vous recevez de Pierre l'institution canonique, au moins Pierre ou le pape n'est-il pas ici un instrument passif, et qui ne puisse vous refuser son ministère. Cette institution canonique est libre de sa part. Il vous l'a donnée parce qu'il la croyoit utile à l'église; il pourra donc la retirer quand il la croira nuisible ou moins utile. Je veux que Jésus-Christ lui-même vous ait lié à nous, nous ait liés à vous, quand le pape vous donnoit l'institution canonique, c'est Jésus-Christ aussi qui s'engage à délier ceux que Pierre délie. C'est Jésus- Christ qui vous soumet encore, et vous et nous, à Pierre, comme les ouailles au pasteur; la puissance qu'il vous a donnée sur nous, quoique venant de Dieu, reste donc toujours soumise à cette plus grande puissance qui vient aussi de Dieu.

Cette doctrine est vraie pour tous les temps et dans tous les systèmes ; elle est vraie pour ceux même qui, dans la discipline de leur église, n'ont point à recourir au pape pour leur institution canonique, parce que, soit métropolitain, soit patriarche , donnant l'institution , tout est soumis à Pierre ; parce qu'il peut lier celui que le patriarche aura délié, parce qu'il peut également délier celui que le patriarche aura lié, parce qu'il peut lier ou délier le patriarche même. Ne vous étonnez pas qu'elle soit vraie pour nos pères, comme elle l'est pour nous.

Mais parmi les anciens docteurs de notre église…
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Message  Louis le Sam 16 Juil 2011 - 2:42

Preuves par la doctrine
de l’ancienne église gallicane.
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Mais parmi les anciens docteurs de notre église, je vous vous ai entendu alléguer saint Bernard; et il faut bien le dire, ce n'est pas sans un juste étonnement, ce n'est pas sans quelque sentiment d'indignation; que j'ai vu vos apologistes mutiler sa doctrine, pour en faire l'apologiste de la résistance qu'opposent au pape les évêques anti-démissionnaires. Quel étrange avocat de leur cause, que celui qui écrivoit au pape Eugène : « N'est il pas vrai que lorsque des raisons s'en présentent, vous pouvez fermer le ciel à un évêque, et le déposer de son évêché, l'excommunier même ? » Nonnè, si causa existerit, tu episcopo cælum claudere, tu ipsum ab episcopatu deponere, etiam et tradere Satanæ potes ? ( De consider. 1.2, c. 8. ) Qu'est-ce donc que déposer un évêque, si ce n'est frapper de nullité toute sa juridiction dans son diocèse? Mais on cite ce saint docteur, et on supplée par des points à toute cette partie de sa doctrine (I).

Nous n'avons pas besoin, nous autres, de cacher ses leçons…

______________________________________________________

(I) Que gagne-t-on à ces petites ressources ? Le triomphe d'un moment, que suit une vraie confusion quand l'artifice est découvert. Les cinq évêques retirés en Allemagne, et les treize réfugiés en Angleterre, qui ont signé de confiance la même lettre adressée au pape Pie VII, pour justifier le refus de leur démission, doivent être bien indignés contre l'homme qui les a si lâchement trompés, en leur fournissant deux textes de saint Bernard. Je dis contre l'homme qui les a trompés, parce que je suis loin de les regarder eux-mêmes comme vrais auteurs d'un pareil artifice. Dans l'exil, on n'a pas les ressources nécessaires pour tout vérifier par soi-même ; on ne soupçonne pas la mauvaise foi de certains personnages qui s'offrent à faire des recherches, et on travaille sur leurs extraits, parce qu'on les croit fidelles. Voilà ce qui a produit les deux citations dont je vais parler. La première est ce beau texte de saint Bernard, que j'ai cité moi-même sur l'autorité du pape, et dans lequel ce saint docteur dit au pape : N'est-il pas vrai que, pour de justes raisons, vous pouvez fermer le ciel à un évêque, le déposer même, etc.?

Le chapitre où se trouvent ces paroles, et qui ne fait que la moitié d'une page, est cité dans le mémoire des évêques de Londres, et dans la lettre de ceux d'Allemagne; mais vous ne trouvez ces paroles, ni dans l'un, ni dans l'autre. Ceux de Londres s'arrêtent avant d'y arriver. Ceux d'Allemagne arrivent précisément à cette phrase, y suppléent par des points pour reprendre plus bas. ( Mémoire des évêques de Londres, page 21 ; lettre des évêques d'Allemagne, page 12, pour la traduction du passage en français, et page 64, pour le texte latin. )

Je sais bien qu'on n'est pas obligé de citer tout le chapitre; je ne l'ai pas moi-même cité en entier. Mais je ne crois pas que le droit d'abréger s'étende à omettre la partie d'un texte ou d'un chapitre qui fait précisément le mieux connoître le sentiment d'un saint docteur sur le principal objet dont on traite.

Dans la lettre des cinq évêques d'Allemagne, on trouve, page 13, une nouvelle citation de saint Bernard. Celle-ci est tirée du même ouvrage, liv. 3 , ch. 4. Le saint docteur y parle de la hiérarchie ecclésiastique, de la dignité épiscopale ; et voici comment il est cité : « Vous vous trompez, si vous pensez que comme votre puissance apostolique est la puissance suprême, elle est aussi la seule établie de Dieu. Si tel est votre sentiment, vous n'êtes point d'accord avec celui qui a dit : Il n'y a point de puissance qui ne soit de Dieu. Aussi, ce qui suit dans ce passage de l'apôtre : Celui qui résiste à la puissance, résiste à l'ordre de Dieu , est bien, à la vérité , principalement, mais non pas uniquement pour vous. Enfin, le même écrivain sacré dit : Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; il ne dit pas à la puissance supérieure, comme s'il n'y en avoit qu'une , mais aux puissances supérieures , parce qu'il y en a beaucoup. Votre puissance n'est donc pas la seule qui vienne du Seigneur...... Sous un seul souverain pontife, il y a des primats ou patriarches, des archevêques, des évêques... Il ne faut point faire peu de cas de ce qui a Dieu pour auteur, de ce qui tire son origine du ciel.»

De pieux catholiques anglais, frappés de ce passage, l'opposoient à mon sentiment sur l'autorité exercée par le pape dans les circonstances présentes. Je leur fis observer des points dans l'une et l'autre citation. Je suppléai aux points, par le vrai texte. Je voudrois que ceux qui ont signé la lettre eussent été témoins de l'indignation qui succéda au premier sentiment qu'elle avoit inspiré.

Il y avoit en effet bien des réflexions à faire sur ces points. Quant au dernier texte, voici la principale. L'auteur de la lettre met des points après ces paroles : Votre puissance n'est donc pas la seule qui vienne du Seigneur ; et saint Bernard continue : « Il y en a de moyennes, il y en a d'inférieures ; et comme il ne faut pas séparer ceux qu'il a unis , de même il ne faut pas égaler ceux qu'il a subordonnés. Vous n'avez plus qu'un monstre, si, ôtant le doigt de la main, vous le faites pendre de la tête au-dessus de la main, et à côté du bras. »

L'idée de saint Bernard n'est donc nullement ici de nous montrer la juridiction d'un évêque indépendante de celle du pape, mais simplement de dire au pape qu'il ne peut pas renverser la hiérarchie, en soumettant, par exemple, le prêtre au simple diacre, ou l'évêque au simple prêtre ; ce que personne ne conteste, parce que le pape, en détruisant l'ordre établi par Jésus-Christ, la vraie constitution de l'église , détruirait le titre de sa propre autorité.

Encore des points avant et après ces paroles : « Sous un seul souverain pontife, il y a des primats ou patriarches, des archevêques, des évêques. »

Voici à présent la phrase entière de saint Bernard :

« C'est là ce qu'avoit vu celui qui disoit : J'ai vu la cité sainte, la nouvelle Jérusalem descendre des cieux, ornée par le Seigneur; car je pense que c'est là une similitude ( une allégorie ), dont le sens est celui-ci : De même que là-haut il est des séraphins, des chérubins et autres esprits, jusqu'aux anges et aux archanges, tous subordonnés à un même chef qui est Dieu, de même il est ici, sous un seul souverain pontife, des primats ou patriarches, des archevêques, des évêques, des prêtres ou abbés, et les autres de la même manière. » Vident hoc qui dicebat: Vidi civitatem sanctam, Jerusalem novam, descendentem de cælo , à Deo paratm. Ego enim propter similitudinem dictu(..) reor, quod sicut illic seraphim et cherubim, ac cœteri usque ad angelos et archangelos, ordinantur sub uno capite Deo ; ita hic quoque sub uno summo pontifice , primates , vel patriarchæ, archiepiscopi , episcopi, presbyteri, vel abbates et reliqui in hunc modum. ( De. Consider. 1. 3, cap. 4 , n.° 18. )

Essayez à présent de rien conclure de ces paroles de saint Bernard, contre l'autorité que le pape exerce sur les évêques. Il me semble à moi, que les pasteurs subordonnés au pape, comme les anges sont subordonnés à Dieu, ne sont pas des pasteurs qui puissent dire au pape : Quand vous nous avez une fois envoyés présider aux autels de ce peuple, vous n'avez plus droit de nous rappeler, et de nous ôter le pouvoir de gouverner ce peuple. Je ne crois pas que l'archange saint Michel fît jamais cette réponse à Dieu ; et je doute qu'aucun de nos évêques l'eût jamais faite au pape, s'il avoit eu sous les yeux le vrai texte de saint Bernard.

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Message  Louis le Sam 16 Juil 2011 - 17:05

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Nous n'avons pas besoin, nous autres, de cacher ses leçons ; lisez celles qu'il donne aux Milanais, et méditez-les ; car ici les faits se joignent à la doctrine, et tout vous dit ce que peut le pape pour le salut d'un peuple.

Les Milanais, en punition de leur rébellion contre le saint siège apostolique, ont vu non-seulement leur archevêque déposé, mais leur archevêché même changé en simple évêché ; le repentir les a ramenés au devoir, et le pape approuvant le choix de leur nouvel évêque, a bien voulu ériger de nouveau leur église en métropole, et lui tendre ses anciens suffragans. ( Horstius in epist. St. Bernardi. 131)

C'est en félicitant les Milanais d'un succès qu'ils lui doivent presqu'entièrement à lui-même, que saint Bernard leur rappelle tous les bienfaits qu'ils ont reçus du pape; c'est pour les maintenir dans l'obéissance à laquelle ils sont revenus, qu'il ajoute:

« L'église romaine est pleine de clémence, mais elle n'en est pas moins puissante; c'est un conseil fidelle et digne d'être suivi en tout; n'abusez pas de sa clémence, crainte d'être opprimés par sa puissance. Quelqu'un va-t-il me dire : Je lui rends toute la vénération que je lui dois, mais pas davantage ? Fort bien, faites ce que vous dites. En ce cas, il n'est pas de respect que vous n'ayez pour elle ; car c'est par une prérogative unique que la plénitude de puissance a été donnée au siège apostolique sur toutes les églises. Celui qui résiste à cette puissance, résiste à l'ordre établi par Dieu. »

Voilà ce qu'il falloit citer de saint Bernard, si vous vouliez nous dire ce qu'il auroit pensé de votre cause. Pour ajouter ce qu'il pensoit aussi de notre église sut le même objet, vous pouviez observer que personne en France n'avoit été surpris, ni de cette doctrine, ni de voir un évêque français, Geoffroi de Chartres, avec saint Bernard, envoyé à Milan pour y exercer toute cette autorité au nom du pape Innocent II.

Vainement direz-vous que tous les droits dont parle ce grand et saint docteur, le pape les avoit exercés pour punir une ville rebelle au siège apostolique ; car il s'agit ici de la même puissance qui punit les rebelles et qui réconcilie les pénitens. Il seroit d'ailleurs assez contraire à l'esprit de l'évangile; que l'autorité donnée à Pierre s'exerçât dans toute sa plénitude lorsqu'il faut punir, et ne pût ensuite se développer avec la même plénitude quand il est question de sauver le peuple.

Que fait d'ailleurs ici l'occasion ? Saint Bernard n'en parlera pas moins généralement de ce que peut le pape, toutes les fois qu'il est utile d'ériger un évêché ou un archevêché, de changer en métropole le siège d'un simple évêque, d'élever un pasteur, ou bien de l'abaisser. Et que signifie ce langage, si ce n'est que le pape , lorsqu'il s'en présente de justes raisons, dispose en chef suprême de la juridiction de chaque pasteur ?

Des leçons de saint Bernard , passez à celles que saint Thomas…
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Message  Louis le Dim 17 Juil 2011 - 2:33

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Des leçons de saint Bernard, passez à celles que saint Thomas donnoit dans la plus célèbre de nos écoles ; voyez comme il en vient toujours à la doctrine de nos pères. « Jésus-Christ, vous dit-il » « adresse à Pierre seul cette promesse : Je te donnerai les clefs du ciel; et il la lui adresse pour nous montrer que la puissance désignée par ces clefs dérive de Pierre aux autres. » Christus soli Petro promisit : tibi dabo claves regni cælorum, ut ostenderetur potestas clavium ad alios per illum. derivanda. ( Contra Gent. )

S'il faut vous dire plus spécialement ce que nous devons au prince des apôtres, nous qui sommes déjà soumis à l'évêque pasteur que le prince des apôtres nous a donné, le docteur angélique vous fera observer avec quelle autorité saint Paul écrit aux Corinthiens ; il vous dira : « Ces fidelles soumis à l'évêque que Paul leur a donné, n'en restent pas moins soumis à Paul lui-même; au contraire, ils lui doivent plus de soumission qu'ils n'en doivent à l'évêque auquel il les a soumis. » Per hoc quod subjicebantur episcopo civitatis, non eximebantur à potestate apostoli. Quin imò magis erant ipsi apostolo subjecti, quàm his quibus ipse eos subjecerat. ( In epist. I ad Corinth. )

Nous concluons de ce principe : Puisque c'est Pierre qui nous soumit à vous, vous nous permettrez bien d'appliquer à Pierre et à ses successeurs, ce que saint Thomas appliquoit à saint Paul, de ne pas oublier que cette obéissance qui vous étoit due, nous la devons encore plus au prince des apôtres.

Nous savons qu'on vous dit : Les évêques eux- mêmes sont successeurs des apôtres. Nous le disons aussi ; nous ne connoissons hautement les évêques chargés de gouverner l'église comme les apôtres, comme héritiers de leur mission et de leur juridiction; mais nous aurons toujours au moins à répondre avec nos assemblées du clergé de France : Quelque divine que fût la mission des apôtres, ils n'en étoient pas moins soumis à Pierre.

A quoi vous servent donc ces nouvelles observations sur les évêques, héritiers des apôtres ? Elles nous forcent, nous, à observer que si les évêques héritent des apôtres dans la mission qui leur fut donnée pour gouverner l'église, il est pour les apôtres une mission qui n'entre point, qui ne peut pas entrer dans l'héritage des évêques constitués sur nous.

Avant de gouverner l'empire et les provinces, il est une mission pour conquérir cet empire et ces provinces. Il fut dit aux apôtres : Allez, et prêchez l'évangile dans tout l'univers. Cette mission est celle de l'apôtre conquérant; il portera le nom de Jésus-Christ d'une nation à l'autre, suivant que l'Esprit-Saint le pressera, l'inspirera et le transportera dans d'autres régions.

C'est peu de conquérir, il faudra établir et maintenir le gouvernement de l'église dans les provinces acquises par l'apôtre. C'est pour cela que Timothée est constitué évêque d'Ephèse, c'est pour cela que Tite est évêque dans Crète. L'apôtre conquérant distribue ses conquêtes, et son autorité reste à l'évêque pour le gouvernement de la province qui lui est confiée; il régnera sur les fidelles dans les limites qui lui sont prescrites; il les gouvernera au nom et avec l'autorité qu'il a reçue ou de Paul ou de Jean, dans toute l'étendue de la province qui lui est assignée; et c'est dans ce sens, c'est dans ces limites qu'il sera successeur de l'apôtre, et l'héritier de sa puissance.

L'apôtre conquérant…
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Message  Louis le Dim 17 Juil 2011 - 23:56

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L'apôtre conquérant ne perdra, ni son autorité sur lui , ni son autorité sur la province qu'il a conquise ; il partira encore, il fera à l'église de nouvelles conquêtes; il y établira de nouveaux gouverneurs, de nouveaux évêques, dont la mission aura le même objet, et dont les successeurs hériteront de la même puissance aussi long- temps que leurs provinces resteront soumises à l'église. Puisqu'il est écrit que l'empire de l'église restera jjusqu’à la fin , il faudra aussi jusqu'à la fin des temps qu'il y ait des évêques ou gouverneurs perpétuant dans les diverses provinces de l'église cette partie de la mission apostolique dont l'objet a rapport à son gouvernement. Mais la mission du conquérant est morte avec le conquérant lui-même ; elle est morte en ce sens, qu'il ne laisse personne héritier de cette autorité générale qu'il avoit conservée sur toute l'étendue de ses conquêtes. Nous ne pouvons donc pas reconnoitre dans vous tous les droits que donnoit à l'apôtre cette première mission ; vous lui succéderez comme évêque de la province qu'il vous a confiée, et non pas comme apôtre conquérant des empires qu'il a soumis, à Jesus-Christ; votre mission sera celle de tous les jours; la sienne eut essentiellement des droits et des moyens qu'il ne lui fut pas donné de vous transmettre.

D'ailleurs, ces conquêtes que l'apôtre a faites, il les a toutes faites pour Jésus-Christ, et Jésus-Christ les a d'avance toutes données à Pierre pour le gouvernement universel de son église. Il faut que le gouvernement universel se perpétue, comme il faut que l'église soit une ; si le temps offre encore de nouvelles conquêtes à faire, elles entreront encore essentiellement toutes sous l'empire de Pierre : le successeur de Pierre héritera donc seul de cette autorité universelle établie pour le gouvernement général de l'église, de toutes les provinces; il régnera sur les évêques, comme chaque apôtre régnoit sur sa conquête, lui qui régnoit sur les apôtres même.

Or, qui peut disputer à l'apôtre le droit de maintenir à Jésus-Christ la province qu'il a conquise à Jésus- Christ, le droit de retirer la puissance des mains du gouverneur ou de 1'évêque qui ne peut plus conserver sa province au Dieu de ses conquêtes ? Ce que pouvoit saint Paul dans Crète et dans Ephèse, ce que pouvoit chacun des apôtres sur chacun des évêques établis dans ses provinces, Pierre et ses successeurs le pourront dans toutes les provinces de l'église, et sur chacun de leurs évêques.

Voilà ce qu'enseignoit dans nos écoles saint Thomas, nous montrant, d'un côté, les apôtres régnant chacun sur leurs conquêtes avec plus de puissance que les évêques même à qui ils en avoient confié les diverses parties ; de l'autre, nous montrant les papes seuls revêtus par Jésus-Christ d'une vraie plénitude de puissance sur tout ce qui appartient à Jesus-Christ. Sic et Petro et ejus successoribus plenissimam potestatem plenissimè commisit , ut etiam nulli alii quàm Petro quod suum est; plenum ipsi dedit. ( Contra Gent. )

Pour voir cette doctrine se maintenir dans notre église…
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Message  Louis le Mar 19 Juil 2011 - 0:03

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Pour voir cette doctrine se maintenir dans notre église, revenez aux leçons de ce cardinal Bertrand, si justement célèbre parmi les défenseurs de nos libertés. Il ne nous a pas dit simplement que la juridiction avoit été mise immédiatement dans Pierre, pour lui et pour ses successeurs, comme dans la source où il faudra que tous aillent puiser la portion de leur autorité, à quibus in alios derivatur ; il vous a dit de plus que Jésus-Christ, avec le gouvernement de l'église, avoit donné à Pierre toute la puissance nécessaire et convenable pour ce gouvernement. Christus commisit Petro regimen ecclesiæ tantùm quantùm necessarium erat, et expediebat, cum regimine ecclesiæ ( ubi suprà ). Il lui a donc aussi donné celle de retirer l'autorité des mains qu'il ne voit plus en faire l'usage convenable au bien de l'église.

Avec le docteur Durand, prédécesseur de Bossuet, vous serez plus positif encore. En reconnoissant dans le pape une vraie plénitude de juridiction, vous apprendrez à dire que non-seulement cette autorité n'est dans tous les autres qu'un écoulement de celle du pape, mais qu'elle doit toujours se renfermer dans les limites que le pape juge à propos de lui prescrire. In aliis autem non est nisi derivata (jurisdictio) et limitata, prout papæ placet.

A l'appui de cette doctrine, vous direz avec le même prélat : « Il faut dans toute l'église un gouverneur universel, dont l'autorité descende aux puissances moyennes et aux dernières ; et ce gouverneur, c'est le pape; car ce qui maintient l'église, c'est que tous les membres sont sous un même chef. Ceux qui con testent cette puissance, sont appelés schismatiques, comme divisant l'unité de l'église. » In tota ecclesiâ debet esse universalis rector, à quo descendat actoritas regendi in medios usque ad rectores infimos, et hic est papa , et propter hoc stat unitas ecclesiæ, quod omnia membra sunt sub uno capite ; quâ de causâ illi qui hanc potestatem negant, schismatici dicuntur, quasi unitatis ecclesiæ divisores. ( Ubi sup. )

Avec Pierre d'Ailly, cet archevêque de Cambrai, plus célèbre encore parmi nos docteurs, il faudra ajouter : Jésus-Christ a donné à Pierre et à ses successeurs le droit de placer les ministres et de déterminer la juridiction , quand il a dit : Paissez mes brebis, c'est-à-dire, soyez ce pasteur, ce supérieur général auquel appartient la disposition et le gouvernement général des brebis et du troupeau. Dominus contulit Petro , pro se et suis successoribus, auctoritatem disponendi ministros ecclesiæ et determinandi jurisdictionem, discens pasce oves, etc. ( Quæst. utrum Petri ecclesia lege regatur. )

Ce n'était point encore un docteur ignoble en Sorbonne, que cet Almain , choisi de préférence pour soutenir l'autorité du concile de Constance ; cependant c'est lui qui nous dit expressément que Pierre , constitué pasteur des agneaux et des, brebis, avoit par cela seul « reçu le pouvoir d'établir des ministres même pour instituer et distribuer les autres dignités ecclésiastiques, les évêchés et les cures. » Fuit Petro data potestas, etiam instituendi ministros ad pascendum , et instituendum, et distribuendum cœteras dignitatis ecclesiasticas , episcopatus, curias , etc. ( In hæc verba. : Pasce oves, ap. Thomas, part. I, l. 1, c. 6. )

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Message  Louis le Mar 19 Juil 2011 - 20:02

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de l’ancienne église gallicane.
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Faut-il enfin montrer cette doctrine enseignée par Gerson même ? A ce que nous avons d'abord extrait de ses ouvrages, suppléez à présent par ses propres expressions (1) : « L'état de la dignité épiscopale a eu dans les apôtres et dans leurs successeurs l'usage et l'exercice de sa puissance, sous le pape saint Pierre et ses successeurs, comme sous celui et sous ceux en qui résidoit la source de la plénitude de l'autorité épiscopale. Ainsi, quant à ces objets (c’est-à-dire, quant à l'usage et à l'exercice de cette puissance), les prélats mineurs, les curés, sont soumis aux évêques, qui par fois limitent, ou leur ôtent même l'usage de leur puissance. Que le pape ne puisse pour des causes certaines et raisonnables en agir de même à l'égard des prélats majeurs, c'est ce que l'on ne peut révoquer en doute (2).

« L’épiscopat, continue Gerson, n'est pas telle ment soumis à la papauté, que le pape puisse l'annuller, comme la papauté même ne peut être détruite par aucune force humaine. Néanmoins, quant à son acquisition , c'est-à-dire, tant qu'il peut être donné à telle ou telle autre personne , et quant à l'exercice de ses fonctions, il est sou mis à la volonté raisonnable du pape , pour l’utilité de l'église (3). »

Si vous craignez de voir cette doctrine flétrir l'épiscopat, Gerson vous préviendra, ainsi que nous avons eu soin de le faire, que vous vous tromperiez en concluant que cette puissance immédiate est donnée au pape, pour être exercée arbitrairement, [i]pro libitu, et passìm
, sur tous les chrétiens, sur les évêques et sur leurs ouailles. Exercée en ce sens, elle préjudicieroit certainement à ces pasteurs ordinaires, qui ont aussi un droit immédiat et très-immédiat sur les fidelles de leurs diocèses. Ce n'est, donc là ni sa doctrine, ni la nôtre. C'est dans les cas d'une vraie nécessité , c'est lorsqu'il faut suppléer la puissance des ordinaires, c'est enfin dans les cas où l'utilité de l'église exige évidemment que le pape se souvienne de toute sa puissance, c'est alors seulement que Gerson en reconnoît l'usage légitime. Solùm dùm subest necessitas, ex defectu ordinario rum, vel dum apparet evidens utilitas ecclesiæ. ( Ibid. Corelus. )

Mais, quand cette puissance du pape sur les prélats majeurs s'étendra-t-elle jusqu'à l'extinction absolue de toute leur autorité dans leurs diocèses ? Gerson semble encore avoir prévu ce cas, lorsqu'il nous dit : « Il est des circonstances exprimées par les canonistes, dans lesquelles il est permis aux prélats de renoncer à leur place, dans lesquelles même cette renonciation devient pour eux un de voir; par exemple, s'il existe pour leurs ouailles un grand scandale, auquel l'on ne voit d'autre moyen de mettre fin; par exemple encore, lors que le prélat ne pourroit conserver sa place, sans empêcher un plus grand bien pour ses ouailles ou pour lui-même (1). »

Gerson porte plus loin encore…

______________________________________________________

(1) C'est par erreur que la citation de la page 66 a été guillemetée ; c'est plutôt un extrait qu'une citation.

(2) Status praelationis episcopalis habuit in apostolis et in successoribus usum vel exercitium suæ potestatis sub papâ Petro et successoribus ejus, tanquàm sub habente, vel habentibus plenitudinem fontalem episcopalis auctoritatis. Unde quoad talia, minores prelatl, scilicet curati, subsunt episcopis, à quibus usus suæ potestatis quandoque limitatur, vel arcetur; et sic à papâ posse fieri circa prælatos majores ex certis et rationabilibus causis, non est ambigendum. ( De stati(b). Eccle. consid. 3. )

(3) Status episcopalis non ita subest statui papali quod illum possit papa annullare , sicut nec status papalis posset humanitùs destitui. Nihilominùs idem status episcopalis quoad acquisitionem isti personæ, et quoad sui exercitium subest rationabili papæ; voluntati, ad utilitatem ecclesis.( Id. consid. 4.)

(1) Sunt casus aliqui etiam per juristas expressi, quandò licitum est prælato, imò quandoque debitum cedere statui suo. Unus est grande scandalum subditorum quod non expectatur alio modo probabiliter terminandum, nisi per cessionem. — Alius casus est ubi manifestè talis retentio impediret majus bonum , vel in prælato , vel in subditis. ( De auferibilit. pap, consid. 9. )

Auferibilis est vicarius sponsus ecclesiæ per ecclesiam, etiam sine culpâ suâ, quamvis non sine causâ. — Alter casus propter comunem errorem aut æstimationem subditorum , aut ipsorum malitiam generalem, de quibus non est præsumendum quod unquàm debeant obedientiam prætare tali qui fuit in papam ritè electus ; tamen alteri noviter eligendo parati sunt obedire, ut fortè si Græci vellent ad unitatem ecclesiæ redire, dummodò nolleretur papa jam existens; et novus ritè, canonicè crearetur. ( Id. consid. 19. )
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Message  Louis le Mer 20 Juil 2011 - 3:14

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de l’ancienne église gallicane.
(suite)

Gerson porte plus loin encore ses suppositions, et il faut bien les pardonner toutes à ce temps d'un schisme désastreux pendant lequel il écrivoit, comme il faut bien nous pardonner à nous l'application que des révolutions bien plus extraordinaires nous forcent d'en faire.

Gerson vient jusqu'à examiner s'il n'est point de cas où le vicaire de Jésus-Christ pourrait être déposé , non pas sans cause , mais sans aucune faute de sa part; etiam sine culpâ suâ, quamvis non sine causâ. Il donne pour exemple ce cas où , malgré l'élection la plus légitime du pape, une erreur commune et des préjugés, ou même la malice générale des peuples, les irriteroient contre lui, au point qu'il n'y eût point d'espoir de les voir se soumettre à l'obéissance qui lui est due, quoiqu'ils fussent prêts à obéir à un autre pape.

Pour exemple plus spécial, il suppose les Grecs prêts à rentrer dans l'unité de l'église, demandant seulement pour cela qu'il fût procédé à l'élection canonique d'un autre pape que celui qui existe actuellement sur le trône de Pierre.

En ce cas-là, Gerson, qui cependant ne voit au-dessus du pape que toute l'église assemblée en concile écuménique ; Gerson, qui ne croit pas plus que nous à un concile écuménique sans pape, si ce n'est dans ces circonstances équivalentes à un grand schisme ; en ce cas-là, Gerson n'hésite pas à décider que l'église pourroit se donner un autre pape. Croyez-vous bien qu'il aurait aujourd'hui hésité à décider que le pape, dans les circonstances où se trouvoit notre église de France, a pu sur nos évêques, ce que l'église pourrait sur lui, s'il falloit , au prix de sa démission ou déposition, racheter le retour d'un grand people à la religion ?

Croyez-vous bien sur-tout que ce qui pour le pape est un vrai devoir dans ces circonstances, ne le soit pas pour nos évêques ? Mais si c'est un devoir, le pape a pu les avertir de le remplir; il auroit pu leur en faire un précepte : ils ne l'ont pas rempli ce devoir ; le pape seul pouvoit y suppléer, en nous donnant d'autres pasteurs; il a donc pu, il a donc dû le faire. Ainsi évidemment eût raisonné Gerson , pour être conséquent à ses principes sur l'autorité du pape. Ainsi, l'école ancienne et moderne, tout s'accorde chez nous à reconnoître dans le pape cette autorité qui s'étend sur la juridiction même des évêques, qui peut la limiter dans les uns, l'annuller dans les autres, et la régler dans tous, suivant les besoins de l'église.

S'il faut encore citer jusqu'aux assemblées du clergé français, souvenez-vous de cette exposition qu'il avoit faite de sa doctrine en 1655, qui fut renouvelée et publiée même dans la fameuse assemblée de 1682. Là, vous avez lu expressément qu'il appartient au pape, dans les cas et les formes prescrites par le droit, de pourvoir au gouvernement de toutes les églises , et à toutes les fonctions pastorales. Qu'est-ce que tout ces cas mentionnés dans le droit ? Précisément tous ceux dont nous parlons, tous ceux où se montrent, tantôt la grande utilité de l'église, tantôt la nécessité de pourvoir au salut des âmes.

Si le clergé ajoute : dans les formes prescrites par le droit , il ne l'ignore pas, les formes sont de droit humain, d'institution purement ecclésiastique. L'autorité de Pierre en elle-même est de droit divin, et par-tout la nécessité, le salut des âmes l'emportent sur les formes établies par l'homme. Ce que vous dit ici le clergé français, revient donc encore à ce que vous disent nos pères et nos docteurs, qu'il appartient au pape de pourvoir aux fonctions pastorales : mais qu'est-ce que pourvoir aux fonctions pastorales, si ce n'est distribuer, donner, modérer, ou retirer l'autorité des pasteurs, suivant que l'exigent les besoins de l'église ?

Cette puissance, je le sais , bien des lecteurs...
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Message  Louis le Jeu 21 Juil 2011 - 2:15

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de l’ancienne église gallicane.
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Cette puissance, je le sais , bien des lecteurs croiront la reconnoitre dans 1e pape , lorsqu'il sera question d'un très-petit nombre d'évêques à sacrifier à l'importante cause du salut des âmes ; mais les évêques d'une église nombreuse, et d'un empire aussi vaste que la France, sera-t-il donc aussi donné au pape de les envelopper tous sous le même décret de nullité?

Puisque vous nous pressez de répondre à cette question, dites-nous vous-même :

Que faites-vous, lecteur, lorsque vous nous parlez de cet en pire immense ? Ajoutez, je le veux, au nombre des évêques, à la multitude de leurs diocèses, à l'importance de l'empire français.

Que faites-vous par là , si ce n'est ajouter à la multitude des âmes à sauver, à la nécessité du sacrifice, au devoir de le faire, s'il faut absolument que Pierre le demande, le prescrive, ou bien qu'il y supplée, pour rétablir dans cet empire, avec un nouvel ordre de choses, la religion antique, l'exercice même de l'épiscopat, et tous les moyens habituels de salut ?

Que faites-vous encore, si ce n'est montrer à Pierre des motifs plus puissans d'arriver avec toute la plénitude de sa puissance au secours de l’église, pour empêcher qu'elle ne se voie arracher pour toujours une si grande partie de son empire ?

Quelqu'étendue enfin que soit cette partie de l'église, quelque nombreux que soient les évêques français, où avez-vous appris que leur nombre suffise pour les soustraire à l'autorité, à la juridiction immédiate de Pierre ? Jadis les ennemis de nos libertés se mettoient en devoir de prouver que cette autorité du pape s'étendoit sur toute notre église gallicane. Dans une juste indignation, Bossuet répondit : Qui de nous a jamais révoqué en doute cette vérité ? Et pourquoi perdez-vous votre temps à prouver ce que nous confessons hautement (I) ?

Ainsi, disoit Bossuet, nous en concluons, nous : Puisque toute notre église est soumise au pape , malgré la multitude de ses diocèses, pourquoi ne peut-il pas sur tous nos évêques, lorsqu'il est question de la sauver toute entière, ce qu'il peut sur un seul évêque, pour sauver un seul diocèse ? Est-ce que la puissance sera moindre, ou devra craindre davantage de se montrer quand il faudra remédier à un plus grand désastre ?

Sur quoi, je vous prie, fondez-vous ici cette distinction d'un évêque français et des évêques français ? Nous voyons, nous, les évêques français promettre constamment tous en corps, comme individuellement, soumission à l'évêque de Rome ; c'est de nos assemblées du clergé que partent ces promesses les plus solennelles ; c'est là que se font presque toutes ces proclamations de la puissance juridictionnelle du pape ; et vous voulez que nos évêques les oublient, précisément lorsque cette puissance s'exercera sur tous, pour l'intérêt de toutes leurs églises ?

Mais ce que vous nous dites pour l'église gallicane, l'église grecque, l'église espagnole et l'église anglicane, et toutes les églises nationales, le diront chacune pour elles.

Que deviendra donc alors cette unité de toutes les églises sous un seul et même chef? Bientôt vous verrez qu'il suffira du nombre pour autoriser la résistance; c'est-à-dire, bientôt, plus le scandale sera grand, moins il sera coupable; plus les besoins des fidelles exigeront l'usage d'une grande autorité, moins il sera donné à Pierre de se souvenir de toute la sienne. Jamais nos pères ne connurent ces distinctions étranges ; ils faisoient tous serment d'obéir à Pierre ; tous lui obéissoient quand ses décrets tombaient sur tous.

Ce n'est pas d'ailleurs pour un de nous…

______________________________________________________

(1) Quærit anonymus de auctoritate summi pontificis in ecclesiam gallicanam. Quis enim hanc negar ? Aut quid necesse erat operam in his perdere auctorem declarationis gallicanae amplam discussionem pollicitum, an non satis clarè gallicani antistites eam auctoritatem agnoverant ? ( Defens. declar. part. a, l. II,c.20.)

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Message  Louis le Ven 22 Juil 2011 - 2:24

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Ce n'est pas d'ailleurs pour un de nous, c'est pour nous taus qu'il est écrit : Ce que Pierre aura lié ou délié sur la terre, le sera dans les cieux. Nous croyons r tous à ces paroles; nous y croyons, soit que Pierre exerce sa puissance sur un de nos évêques, soit qu'il la développe sur plusieurs. Nous tenons cette foi de vous-mêmes, nous la tenons de l'évangile, et vous ne voulez pas sans doute que nous la changions aujourd’hui pour vous. Un ou plusieurs, il faut donc bien nous croire déliés, quand Pierre nous délie. Fai tes valoir auprès de Pierre votre nombre; chacun de nous n'a qu'une âme à sauver; chacun de nous, pour la sauver, s'attache et doit s'attacher à Pierre, et au pasteur qu'il a reçu de Pierre. Quelles sont donc les ouailles qui vous restent ?

Mais, quoi ! s'il plaît jamais au pape de frapper l'épiscopat entier de nullité ! -- Je m'attendois à vos suppositions, à vous voir renouveler ici vos systèmes sur Pierre d'un côté, et ses frères de l'autre. Eh bien ! à vos systèmes, voici ce que je répondrai : Jésus-Christ a prévu toutes vos suppositions, et il s'est contenté de les rendre chimériques. Il a laissé nos révolutions prouver qu'il peut devenir utile ou nécessaire de changer tous les évêques d'un grand empire. Dans cet empire même, vous n'avez pour vous que la minorité de vos frères; à quoi bon toutes ces suppositions de la majorité universelle, ou de tous les évêques du monde contre Pierre, ou déposés par Pierre ?

Il peut être utile que tous les évêques d'une église nationale soient changés à la fois; les trois cents évêques d'Afrique le crurent sans doute, lorsqu'ils offrirent tous leur démission pour la paix de l'église. Pour nous donner ce grand exemple, ils n'attendirent pas que l'on eût répondu à vos systèmes. Ils ne commencèrent pas par demander ce que deviendroit l'église, s'il falloit à la fois changer tous les évêques de l'univers; ils offrirent ce qu'ils croyoîent utile, et vous abandonnèrent ce qui est chimérique. Ce qui est utile à l'église, Pierre peut l'ordonner; il ne peut rien contre l'église, mais il peut tout pour le bien de l'église.

Quelque nombreux que vous soyez, nous pouvons donc bien croire que Pierre nous délie et nous soustrait à votre autorité, sans croire pour cela qu'il puisse en un instant changer tous les évêques de l'univers. Nous savons qu'il a pu être utile et nécessaire de statuer ce changement pour une grande église; lorsque vous nous parlez d'un changement universel, l'utilité et la nécessité ne sont qu'une chimère. Nous ne croyons pas à une puissance donnée pour des chi mères.

Nous croyons que Pierre, recevant la même puissance que l'église universelle, pour la suppléer elle-même dans le gouvernement et dans les grands dangers des fidelles, doit user de cette puissance, ainsi que le feroit l'église elle-même ; nous croyons que l'église réunie en concile écuménique, dans les circonstances où se trouvoit le pape, auroit pu faire tout ce qu'a fait le pape en nous ôtant nos anciens pasteurs pour nous en donner d'autres. Cela ne veut pas dire que, pour remédier aux maux de l’église, Pierre eût pu commencer par détruire, et tous ses pasteurs, et son concile écuménique, et tous les membres du corps apostolique; cela ne veut pas dire que le salut de l'église universelle, ou d'une église nationale, pût jamais se trouver dans un semblable usage de la puissance donnée à Pierre et à ses successeurs pour l'édification, et non pour la destruction.

Vous coupez une branche qui cesse d'ombrager les fidelles, qui ne leur offre plus de fruits à recueillir; vous en entez une autre qui les ombragera, et qui les nourrira du pain de la doctrine sainte, cela ne veut pas dire qu'il faille commencer par saper l'arbre même.

Vous suppléez à ces colonnes transportées hors du temple; cela ne veut pas dire qu'il soit utile de renverser toutes celles qui restent à leur place, fermes appuis du temple; et s'il faut que ce temple subsiste dans son ensemble jusqu'à la fin des temps, cela ne veut pas dire aussi qu'il ne faudra jamais en réparer les diverses parties, ou bien y suppléer.

Nous pouvons donc bien croire que l'autorité de nos évêques a pu être frappée de nullité, sans croire pour cela que tous les évêques du monde pourront tous à à la fois être frappés du même coup.

Vous qui nous opposez à présent ces alarmes affectées…
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Message  Louis le Sam 23 Juil 2011 - 3:07

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Vous qui nous opposez à présent ces alarmes affectées, pourquoi, jusqu'à ce jour, vous étiez-vous, donc montrés si tranquilles sur cette puissance que tout cependant vous montrait concentrée dans le pape, tenant seul dans sa main le sceptre de toute autorité, de toute juridiction épiscopale, et seul en disposant ainsi que le feroit l'église entière dans ces conciles écuméniques ?

Vous le saviez, et nos conciles, et les faits depuis long-temps vous le disoient notoirement, que le pape , en vertu de sa suprématie, avoit droit de restreindre et de limiter la juridiction que les évêques exercent sur leurs ouailles.

Vous le saviez; car c'est un premier fait notoire dans le gouvernement de l'église, qu'il appartient au pape de dire aux évêques, ce qu'il appartient aux évêques de dire à nos pasteurs du second ordre: il est des fautes dont vous pourrez absoudre, mais il est des crimes dont l'absolution me sera réservée. Il le disoit; et vous nous préveniez vous-mêmes de ces sentences qu'il ne vous étoit pas donné de prononcer, parce que le pape s'en réservoit le droit. Vous ne vous étiez pas avisés d'objecter que de ces réserves spéciales, il pourroit en venir à des réserves générales, et anéantir dans l'église toute juridiction épiscopale.

Ce que vous concluiez de ce premier fait , et ce qu'il faut bien en conclure avec toute l'église, c'est que le pape a le droit de limiter la juridiction des évêques même, lorsqu'il le juge utile au salut de leurs ouailles.

Mais c'est un second fait également notoire, qu'il existe dans l'église des prêtres revêtus de la juridiction épiscopale, et soustraits par le pape à celle de l'évêque diocésain. Je ne parle point de l'abus, je parle de la chose même , de ces immunités dont vous trouvez des exemples jusque dans les lettres de saint Grégoire, données uniquement pour la sanctification et l'édification des âmes; d'un autre côté, c'est un fait qu'il existe des hommes revêtus du caractère épiscopal, et vivant au milieu de nous, sans aucune espèce de juridiction , jusqu'à ce que te pape leur donne une partie de l'église à gouverner.

C'est même un fait plus spécialement connu dans nos églises et dans nos tribunaux français, que chez nous « l'évêque , avant d'être sacré, ( c'est-à-dire, avant d'avoir reçu le caractère épiscopal, mais après avoir reçu ses bulles du pape ), peut ce qui appartient à la juridiction ( dans le diocèse auquel il est nommé), ea quæ sunt jurisdictionis, comme corriger, reprendre les vices, et y procéder par voie d'excommunication , conférer les bénéfices, bailler les visa, et faire les visitations. » ( Mémoire du clergé, t. 2 , n.° 24 , des articles sur lesquels notre discipline est différente de celle du concile de Trente. )

La conséquence naturelle de ces faits est évidemment que la juridiction, avec tous ces degrés d'autorité qu'elle a dans les évêques, est tellement entre les mains du pape, qu'il peut la donner à ceux même qui n'ont pas le caractère épiscopal , et laisser sans aucune juridiction ceux qui ont ce caractère.

C'est un troisième fait que nos évêques…
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Message  Louis le Sam 23 Juil 2011 - 23:51

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C'est un troisième fait que nos évêques, alors même qu'ils prétendent donner leur démission, et renoncer à la juridiction qu'ils ont sur leur diocèse, conservent malgré eux, et tous les devoirs et tous les droits dans lesquels consiste cette juridiction, jusqu'à ce que le pape la leur ait ôtée en acceptant leur démission. Il est même de fait que si le pape refuse leur démission, et leur ordonne de conserver leur évêché, ils sont tenus en cela même d'obéir au pape, et qu'ils restent chargés du salut de leurs ouailles. Rien encore n'est plus notoire que ce fait.

J'en conclus, que ce lien qui nous attache à notre évêque, ce n'est pas à l'évêque même, c'est au pape qu'il appartient de le rompre. Il seroit inutile d'observer que dans l'ancienne discipline, les conciles provinciaux, les métropolitains eux-mêmes, admettaient ces démissions. Cette autorité peut varier dans les Conciles et les métropolitains, parce qu'elle est de droit ecclésiastique. Elle est invariable dans le pape, parce qu'elle tient au droit divin, comme sa plénitude de juridiction; et si ce droit n'est plus ni dans les conciles provinciaux, ni dans les métropolitains, c'est que les papes ont usé de leur plénitude d'autorité pour se le réserver. ( V. de Marca Concord. sacerd. I. 6 , c. 8 ) ( I ).

Enfin, il est encore…

___________________________________________________

(I) En 1626 , Louis de Salignac , évêque de Sarlat, avait donné sa résignation en faveur de son neveu l'abbé de Verteuil. L'évêque ayant fait un voyage à Rome, y exposa les raisons de sa démission; le pape les désapprouva, lui commanda de garder son évêché. L'abbé de Verteuil prétendit avoir droit à l'évêché auquel le roi l'avoit nommé: Par un premier arrêt du grand conseil, il lui fut permis de demander ses bulles. Le Pape les ayant refusées, le procès fut repris. — L'évêque de Sarlat se pourvut au conseil privé, représenta qu'on ne résignoit pas entre les mains du roi, mains entre les mains du pape, sous le bon plaisir de Sa Majesté ; que le roi n'admettoit pas la résignation, ains l'avoit pour agréable ; — que c'étoit le pape qui donnoit le droit au bénéfice, et non pas le roi; — que le nommé par le roi ne pouvoit faire aucun acte de titulaire avant les provisions du pape. Sur ces raisons , M. l'évêque de Sarlat fut maintenu, et le droit du pape reconnu par un arrêt du 9 Janvier 1627. On peut voir dans le second volume des Mémoires du Clergé, divers autres arrêts de cette espèce.
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