LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

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LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Lun 7 Mar 2011 - 17:37



– Le Pape Vigile et les premières phases de la controverse des Trois Chapitres. L’impératrice Théodora protège l’hérésie. Le Pape est mandé à Constantinople. Le Judicatum. Célébration du cinquième concile de Constantinople. Vigile refuse d’y assister. Le Constitutum. Lettre de confirmation du concile. L’orthodoxie du Pape. Il n’y a pas de contradiction entre le quatrième et le cinquième concile. Prudence et modération de Vigile en cette affaire. – Les mensonges historiques. – Influence de l’Église sur les individus et sur la société.

Maintenant, Messieurs, une autre question très importante s’offre à nos études : c’est celle qui est connue dans l’histoire sous le nom des Trois Chapitres. Elle a fourni aux adversaires de l’infaillibilité de l’Église et des Papes une objection qui peut se formuler en ces termes :

Le concile de Chalcédoine a approuvé les Trois Chapitres; le cinquième concile, le deuxième de Constantinople, les a condamnés. De même, le Pape Vigile (537-555) a oscillé entre l’approbation et la condamnation. Or, les Trois Chapitres constituent, un fait dogmatique, pour le jugement desquels l’Église et les Papes revendiquent l’infaillibilité. Donc les conciles œcuméniques et les souverains Pontifes peuvent errer et ont de fait erré en cette matière.

Pour comprendre la réponse qu’il y a à donner à cette objection, il faut d’abord exposer les faits, tels qu’ils se trouvent consignés dans les historiens contemporains de cette controverse, qui eut lieu vers le milieu du sixième siècle.


LA PRIMAUTE ET L'INFAILLIBILITE DES SOUVERAINS PONTIFES.
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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Mar 8 Mar 2011 - 21:37

Qu’entend-on par les Trois Chapitres ?

Les Trois-Chapitres ne sont autre chose que les écrits de Théodore de Mopsueste (360-427), de Théodoret, évêque de Cyr (390-458), contre saint Cyrille, et d’Ibas, évêque d’Édesse (400-457), dans sa lettre au Persan Maris. Ces trois évêques, partisans dévoués de Nestorius, vivaient dans la première moitié du cinquième siècle; cependant c’est surtout au siècle suivant, à l’époque du Pape Vigile et du cinquième concile œcuménique (553), que leurs écrits suscitèrent les plus terribles disputes, à cause de l’hérésie nestorienne qu’ils renfermaient.

La première phase de cette controverse peut se placer déjà au concile d’Éphèse (431), qui frappa d’anathème Nestorius, parce qu’il admettait deux personnes en Jésus-Christ. Naturellement il s’ensuivait que tous ceux qui professaient la même doctrine, se trouvaient indirectement atteints par cette condamnation. De ce nombre était Théodore, évêque de Mopsueste, le maître de Nestorius; il était mort peu d’années auparavant, mais ses écrits subsistaient encore.


À suivre...




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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Mer 9 Mar 2011 - 18:27


La seconde phase eut lieu au concile suivant, tenu à Chalcédoine, en 451, pour condamner les erreurs d’Eutychès, qui ne voulait admettre qu’une nature en Jésus-Christ. Théodoret et Ibas y assistèrent; et comme ils étaient, à cause de leurs écrits, suspects aux Pères de Chalcédoine, ils furent obligés de dire anathème à Nestorius pour être reçus à la communion de l’Église. On n’examina pas leurs ouvrages. La lettre d’Ibas fut bien lue devant le concile, mais comme il avait émis, ainsi que Théodoret, une profession de foi orthodoxe, on ne porta aucun jugement sur la lette, ni sur aucun document.

Les nestoriens, voyant que Théodoret et Ibas avaient été réconciliés avec l’Église, et rétablis dans leurs sièges par les Pères de Chalcédoine, en profitèrent pour faire croire que leurs écrits avaient été par là même approuvés, et se mirent à les répandre partout. C’était une effronterie effroyable; mais à quels excès ne peuvent pas se livrer des hommes une fois lancés sur le chemin de l’hérésie ? Il est bien évident que l’Église avait manifesté hautement sa croyance, en s’assurant, par leur profession de foi, que ces évêques ne partageaient pas les idées de Nestorius; elle avait censuré leurs écrits d’une manière indirecte, bien que non explicite. Toutefois la lutte devint de plus en plus ardente; les têtes s’échauffèrent à un tel point, qu’un jugement définitif était devenu absolument nécessaire.

Troisième phase. – Après le concile de Chalcédoine, qui avait répudié l’eutychianisme, les moines eutychiens s’étaient en partie soumis aux décisions de l’auguste assemblée; d’autres cependant, emportés par une fureur aveugle, s’unirent aux moines origénistes, et se livrèrent à des excès inouïs. Ils n’avaient aucun chef : de là, leur nom d’acéphales. Ils se divisaient en bandes assez considérables, parcouraient les provinces de l’Orient, semant partout le carnage, la désolation et la ruine. Ces fanatiques furieux n’avaient, pour faire admettre leur doctrine erronée et pour opérer des conversions, d’autre argument que la force brutale; une grêle de pierres, des coups de bâton, l’incendie étaient leurs moyens de propagande. Les monastères catholiques étaient surtout exposés aux incursions dévastatrices de ces Vandales; les retraites les plus solitaires étaient troublées; leur passage était aussi redoutable que celui d’une armée ennemi. On se demande comment de pareils actes de brigandage et d’une tyrannie sans nom, ne trouvaient pas une répression immédiate et énergique de la part de l’autorité civile; on a peine à croire que la cour ait pu pactiser avec de semblables malfaiteurs; c’est pourtant ce qui arriva. L’impératrice Théodora, épouse de Justinien, la plus méchante femme de son siècle, véritable monstre d’iniquité, qui était le scandale du peuple, l’opprobre du trône et la frayeur des gens honnêtes, prêtait main forte aux auteurs de tant de désordres, les encourageait dans leur crime et cherchait en eux un appui pour propager et faire triompher définitivement l’hérésie eutychienne.




À suivre...


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Message  Diane le Jeu 10 Mar 2011 - 17:55

Aussitôt après la mort du souverain Pontife, saint Agapit, elle fit appeler Vigile, diacre de l’Église Romaine, et lui promit de le faire nommer Pape, s’il s’engageait à rejeter le concile de Chalcédoine et à approuver les doctrines eutychiennes. L’ambitieux Vigile promit tout ce qu’elle lui demanda. Mais pendant ces coupables négociations, le clergé romain procédait à l’élection du Pape saint Sylvère. Grand désappointement pour le général de Justinien, Bélisaire, qui arrivait avec l’ordre de faire élire Vigile. Pour réussir dans ce honteux projet, il fallait inventer quelque calomnie; on n’hésita pas un instant. On accusa Sylvère d’entretenir des intelligences secrètes avec les Goths, et l’on eut l’inqualifiable audace de fabriquer des lettres pour appuyer cette accusation. Le saint et auguste Pontife fut enlevé de force, et Bélisaire attacha une éternelle flétrissure à son propre nom, en exécutant les ordres impies de Théodora, et en faisant ordonner Vigile évêque de Rome (22 Nov. 537).

L’empereur Justinien, indigné de la conduite de son général, ordonna que Sylvère fût renvoyé à Rome. Mais à peine y était-il arrivé, qu’il fut de nouveau arraché de son siège et conduit en exil à l’île de Palmeria, où il mourut bientôt après, par suite des mauvais traitements qu’on lui fit endurer. Il fait peine de voir Bélisaire, ce grand guerrier, partout victorieux, se prêter à de semblables manœuvres. Aussi, à partir de ce moment, le malheur semble s’attacher à ses pas; par une juste punition de Dieu, son épée qui n’avait connu jusque là que le succès, ne vit plus que les revers et la ruine.



À suivre...


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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 11 Mar 2011 - 15:19


Il y avait déjà plus d’une année que le schisme désolait l’Église. La mort du saint Pape Sylvère nécessita une nouvelle élection. Afin de mettre un terme aux divisions qui affligeaient la chrétienté, le clergé et le peuple de Rome réunirent leurs suffrages sur Vigile, et celui-ci qui jusque-là, avait été antipape, devint, par cette élection régulière, Pontife légitime.

Chose vraiment prodigieuse ! À dater de ce moment, Vigile n’est plus le loup ravisseur, mais un véritable apôtre de Jésus-Christ; il n’est plus homme à sacrifier la foi et les droits de l’Église; il en est au contraire le plus ardent défenseur. Il écrit aussitôt à l’impératrice, pour l’informer qu’il se repent d’avoir engagé sa parole, contrairement aux cris de sa conscience, et qu’il se gardera bien de tenir une promesse qu’il n’aurait jamais dû faire.

Il déclare également dans sa réponse à Justinien, qu’il n’a pas d’autre foi que celle de ses prédécesseurs, qu’il reçoit les quatre grands conciles généraux et la lettre de saint Léon à l’égard des évangiles.

Il condamne les hérétiques Nestorius, Eutychès et leurs partisans, et écrit à Mennas, évêque de Constantinople, pour le féliciter de son zèle à défendre la doctrine des conciles et à anathématiser les schismatiques : témoignage frappant de l’opération de la grâce en Vigile, de l’assistance de l’Esprit de vérité et de la sollicitude que met le divin Fondateur de l’Église à conserver pure et intacte la foi de son Vicaire ici-bas, afin qu’il puisse toujours enseigner la vraie doctrine à l’univers entier et le prémunir contre l’erreur.




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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Sam 12 Mar 2011 - 23:32

Ces premiers actes de son pontificat sont, de l’aveu de tous, dignes des plus grands éloges. Mais plusieurs écrivains gallicans et protestants, tel que Fleury, (1 ) le comte de Beaufort, (2 ) Bost, (3 ) et d’autres, n’ont pas craint d’affirmer qu’il ne s’était pas toujours montré d’une foi si pure, ni d’un zèle si éclairé.


On lui reproche ses lettres à Théodora et à trois évêques eutychiens. A cela je réponds :

1º qu’il est fort douteux qu’il les ait écrites, puisque la plupart des écrivains contemporains n’en font aucune mention, et que ceux qui en parlent, tel que Libérat, diacre de Carthage, et Victor, évêque de Tumiane, en donnent des textes différents;

2º que, quand même elles seraient de Vigile, elles ne prouveraient rien contre l’infaillibilité pontificale, puisqu’il n’y définit absolument rien;

3º ce qui ôte tout doute et tout scrupule à ce sujet, c’est qu’elles datent d’un époque antérieure à son pontificat.




1 Hist. eccl., 1. 32, n. 57.
2 Hist. des Papes, t. 1, p. 290.
3 Appel à la conscience des catholiques romains.


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Message  Diane le Dim 13 Mar 2011 - 16:49


Mais continuons notre récit afin de pouvoir bien juger la conduite si souvent incriminée de ce Pontife dans l’affaire des Trois Chapitres.

En 538, l’empereur Justinien, s’érigeant en juge des questions théologiques, avait, à l’instigation de moines turbulents de Palestine, condamné les origénistes, qui soutenaient, entr’autres erreurs, l’inégalité des personnes dans la Sainte Trinité, l’éternité du monde, la préexistence des âmes, etc. Cette mesure contraria vivement Théodore de Cappadoce, admirateur enthousiaste d’Origène. L’âme toute remplie du désir de la vengeance, il se présente chez l’empereur, et, sous prétexte de favoriser la conversion des acéphales, il le presse fortement de condamner les Trois Chapitres. Le rusé diplomate n’avait qu’un but, c’était de porter atteinte au concile de Chalcédoine, qui semblait avoir approuvé ces Trois Chapitres, en admettant leurs auteurs à la communion de l’Église.

L’empereur, qui était plus versé dans les questions de droit et d’administration politique que dans les questions religieuses, fut heureux, comme toujours, de trouver une nouvelle occasion de s’immiscer dans les affaires de l’Église. C’est le propre de l’ignorance de juger tout sans hésiter, sans avoir le moindre doute de son incompétence, et de vouloir imposer aux autres ses opinions. Il avait le tort de se croire grand théologien. Persuadé qu’on avait confiance dans son profond savoir, il n’eût même aucun soupçon du piège qu’on lui tendait. Les désordres qu’avaient commis les acéphales, furent de suite oubliés, et, en 546, il publia un édit qui accomplissait les vues haineuses de l’évêque de Cappadoce et jetait le trouble dans l’Église. Il l’envoya à tous les prélats de l’empire pour le faire signer.

Vigile refusa son approbation à cet édit et excommunia même les évêques qui y avaient adhéré, et dont plusieurs n’avaient été déterminés à cet acte que par l’intimidation. Le Pape redoutait l’immixtion exagérée de Justinien dans les choses spirituelles, immixtion qui allait toujours croissant et menaçait d’annuler l’autorité religieuse. La confusion devint plus grande que jamais; la lutte était surtout entre les Orientaux et les Occidentaux. Ce fut une véritable guerre de religion; les églises furent inondées de sang, et beaucoup d’évêques, exilés. Justinien vit bien que sa seule autorité ne suffirait pas à rétablir l’harmonie; il voulut avoir la confirmation du Siège Apostolique, et en conséquence il manda le Pape Vigile à Constantinople.





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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Lun 14 Mar 2011 - 17:48

Le Pontife se mit en route, s’arrêta quelque temps en Sicile, d’où il envoya des approvisionnements à Rome, qui était assiégée par Totila, et fit son entrée à Constantinople, le 25 janvier, 547. Justinien l’accueillit avec toute espèce d’égards, et mit à son service toutes les ressources de sa courtoisie et de sa gracieuseté diplomatique. Vigile fut circonvenu de toute manière, et étourdi de promesses et de menaces tendant à lui arracher une condamnation des Trois Chapitres.

Un jour qu’on faisait de nouvelles instances auprès de lui, il répondit avec vivacité : « Vous pouvez faire violence à ma personne, mais vous ne violenterez pas Simon Pierre », donnant à entendre par là, que les mauvais traitements ne sauraient lui faire trahir ses devoirs de Pontife.

Vigile voulut, avant de rendre un jugement, prendre une connaissance exacte de l’affaire. Il se fit traduire du grec en latin les ouvrages incriminés, et les examina attentivement avec soixante-dix évêques réunis à Constantinople. Le résultat de l’enquête fut consigné dans une lettre, connue dans l’histoire sous le nom de Judicatum, et adressée à Mennas, patriarche de Constantinople, et à Pélage, son vicaire à Rome. Dans cette lettre, il déclare que les Trois Chapitres sont condamnables, mais que par cette décision il n’entend porter aucun préjudice au concile de Chalcédoine, qui avait reconnu l’orthodoxie de Théodoret et d’Ibas ( Théodore de Mopsueste était mort), et que désormais il ne faudra plus parler ni écrire sur cette question. Ce Judicatum ne devait pas être publié; mais il se trouva, comme toujours, des gens malhonnêtes et indiscrets qui le répandirent partout.

Les évêques d’Occident furent peu satisfaits de ce jugement de Vigile, parce qu’ils pensaient qu’ils portaient atteinte aux décrets de Chalcédoine; en certaines provinces, ils se laissèrent emporter au-delà de toute limite contre le Pape et le frappèrent d’anathème. D’un autre côté, les origénistes et autres furent extrêmement mécontents de ce que Vigile n’avait pas condamnés purement et simplement les Trois Chapitres, mais avait fait des réserves en faveur du concile de Chalcédoine. On comprend que la position de Vigile, devenu à peu près le prisonnier de l’empereur, était excessivement délicate. Il usa de prudence, et au lieu d’exiger l’exécution de ses décrets, il résolut d’accepter la proposition, que lui faisait Justinien, de convoquer un concile général. Il y mit toutefois certaines conditions : c’était que le concile se tiendrait dans une ville indépendante d’Italie ou de Sicile, mais non à Constantinople; qu’il se composerait d’un nombre égal d’évêques latins et grecs; enfin, qu’il ne serait plus rien publié avant ce synode sur les questions de doctrine qui devaient lui être soumises.





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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Mar 15 Mar 2011 - 15:50

Justinien, irrité de ce que peu d’évêques Occidentaux se mettaient en route pour venir au concile, et de ce qu’ils retardaient trop à son gré, rendit un édit contre les Trois Chapitres, édit qu’il voulut imposer aux évêques et au Pape. Celui-ci refusa absolument d’y adhérer. Poursuivi par des soldats de l’empereur, il fut obligé de se réfugier dans l’Église de saint Pierre de Constantinople, sous l’autel, pour se protéger contre leur violence. Ils le tiraient par les cheveux, par la barbe, par les pieds, et ils ébranlèrent même une colonne à laquelle le Pape se tenait fortement attaché. L’irritation du peuple contre Justinien fut à son comble. Vigile fut relâché, mais, ne se trouvant plus en sûreté dans cette ville, il traversa le Bosphore par une nuit orageuse s’arrêta à Chalcédoine, et entra dans un couvent situé près de l’Église de sainte Euphémie. Il ne consentit à revenir à Constantinople qu’après une promesse formelle de l’empereur, qu’il n’aurait plus rien à craindre.

Aucune des conditions apposées par le Pape à la célébration du concile, ne fut observée. Ainsi on fit afficher partout les édits de Justinien contre les Trois Chapitres. De plus, le concile se réunit à Constantinople (4 mai, 553), et sur cent soixante-cinq évêques, l’Occident n’avait de représentants que cinq Africains et trois Illyriens; cent cinquante-sept étaient grecs. Vigile, affligé de voir les conventions si peu respectées, et craignant que les évêques ne fussent pas assez indépendants, ne voulut jamais se rendre à l’assemblée. Toutes les supplications pour lui faire présider le concile, échouèrent contre son indomptable énergie. Il demandait un délai de vingt jours, pour formuler par lui-même son jugement dans cette affaire, et il devait le remettre à l’empereur. Pendant ce temps-là, le concile s’ouvrit sous la présidence d’Eutychius, patriarche de Constantinople.

Vigile rendit cette sentence dans sa lettre connue sous le nom de Constitutum. Il y condamnait les erreurs contenues dans les Trois Chapitres, mais s’abstenait de frapper d’anathème les auteurs de ces écrits, parce qu’ils avaient démontré oralement (au moins Théodoret et Ibas) leur orthodoxie au concile de Chalcédoine, et étaient morts dans la communion de l’Église.





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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Mer 16 Mar 2011 - 16:57

L’empereur ne fit pas lire cette sentence dans l’assemblée des évêques, de peur qu’elle n’empêchât la répudiation des Trois Chapitres. Les Pères du concile prononcèrent cette condamnation avec les noms des auteurs; comme il n’y avait qu’une divergence accidentelle, et que tout ce qui y avait été statué, était orthodoxe, Vigile, après quelques hésitations, publia une lettre synodale, par laquelle il confirmait ce concile. Malgré tous les défauts qu’il y eut dans sa célébration, il a été, grâce à la sanction du Pape, mis au rang des assemblées œcuméniques. Il y eut encore pendant longtemps bon nombre de réfractaires, surtout en Occident; car quel est le concile (à part celui du Vatican) qui n’en ait vu surgir plusieurs ?

Le malheureux Pontife put alors reprendre le chemin de Rome, après une absence de près de huit années. Mais il n’eut pas le bonheur de revoir la Ville Éternelle; il mourut en chemin à Syracuse, l’an 555.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:40

Après les récits des faits, il est assez facile de résoudre l’objection que je me proposais tout à l’heure. Il n’y a aucune contradiction entre le concile de Chalcédoine et celui de Constantinople. Dans le premier, on ne s’occupa que des personnes de Théodoret et d’Ibas (le nom de Théodore de Mopsueste fut à peine prononcé une fois); ils dûrent anathématiser Nestorius et émettre une profession de foi orthodoxe; on ne traita pas de leurs écrits; à Constantinople, au contraire, ce sont leurs écrits qui sont jugés. A Chalcédoine, on a demandé à Théodoret et à Ibas, dans quel sens ils interprétaient leurs écrits et ce qu’ils croyaient; à Constantinople, on a cherché quel était le sens de ces écrits. A Chalcédoine, la question des Trois Chapitres n’a été traitée qu’accidentellement et par quelques évêques; à Constantinople, elle a été la fin principale du concile.

A Chalcédoine, les Trois Chapitres n’ont été condamnés qu’indirectement; à Constantinople, ils furent réprouvés formellement. Les Pères de ce dernier concile étaient tellement persuadés que leur manière d’agir ne contredisait pas celle de l’assemblée de Chalcédoine, qu’ils ne parlent toujours de celle-ci qu’avec le plus profond respect. On voit donc par ces quelques remarques combien est futile l’objection des Jansénistes et autres qui prétendent qu’il y a opposition entre les décrets des deux conciles.

Mais, dit-on, après qu’on eût donné lecture de la lettre d’Ibas au concile de Chalcédoine, on reconnut l’orthodoxie d’Ibas. Donc à Chalcédoine on jugea les écrits et non pas seulement les personnes. Donc il y a contradiction entre le concile de Chalcédoine et celui de Constantinople.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:42


Le simple exposé du fait suivant me servira de réponse. On lut la lettre d’Ibas; mais celui-ci nia en être l’auteur, et elle fut mise de côté. Toutefois, comme l’orthodoxie d’Ibas pouvait être suspecte aux Pères du concile, et qu’il ne convenait pas de laisser, à la tête de l’Église d’Édesse, un évêque, dont la doctrine n’eût pas été catholique, alors ils lui demandèrent d’anathématiser les erreurs nestoriennes et d’émettre une profession de foi catholique : ce qu’il fit sans hésiter. Alors on reconnut l’orthodoxie de l’évêque Ibas, mais non pas celle de la lettre qu’on lui avait attribuée et dont on ne s’occupait plus.

D’ailleurs, il est de toute évidence que le concile de Chalcédoine ne pouvait pas approuver la doctrine énoncée dans cette lettre. En effet, dans le concile, on parle en termes excessivement élogieux de saint Cyrille, et l’on répudie formellement Nestorius; dans la lettre d’Ibas, saint Cyrille est représenté comme favorisant les doctrines apollinaristes, tandis que Nestorius aurait été injustement condamné. Le concile définit un dogme qui contredit la doctrine de Théodore de Mopsueste et de Nestorius; la lettre d’Ibas proclame Théodore docteur de la vérité. On voit donc de suite que le concile n’eût pu approuver la lettre d’Ibas, sans se contredire manifestement lui-même.

Que Maxime d’Antioche ait jugé que cette lettre était orthodoxe, cette opinion particulière disparaît en face de l’enseignement des Pères du concile. Que Ferrand, diacre de Carthage, ait trouvé une contradiction entre le quatrième et le cinquième concile, cela ne prouve absolument rien, surtout si l’on fait attention qu’il était un défenseur acharné des Trois Chapitres.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:42

On fait une instance en disant que le Pape Vigile dans son Constitutum a déclaré la lettre d’Ibas irrépréhensible. Je réponds seulement que Vigile n’a jamais dit cela : il a dit seulement que la foi d’Ibas était irrépréhensible : ce qui est bien différent. L’objection suppose que le Pape examina l’écrit même et le déclara orthodoxe, tandis qu’en réalité il ne se prononça que sur la profession de foi d’Ibas, qu’il trouve irrépréhensible.

On objecte encore que les Églises d’Espagne refusèrent longtemps de reconnaître le cinquième concile, tout en demeurant dans la communion de l’Église Romaine, et que saint Grégoire lui-même paraît ne pas admettre l’autorité de ce concile, puisque dans sa lette à Théodelinde, reine des Lombards il n’énumère que les quatre premiers conciles généraux.

Il faut observer que le consentement de l’Église universelle, et en particulier de l’Église Romaine, doit l’emporter sur l’opinion de quelques Églises particulières.

Les souverains Pontifes n’approuvèrent jamais ce dissentiment des Églises d’Espagne, mais ils le tolérèrent pendant un certain temps par mesure de prudence, et aussi parce que ces Églises agissaient sous l’empire d’une erreur de fait, qui leur faisait croire à une contradiction entre ces deux conciles; parce qu’elles ne faisaient pas schisme avec l’autorité, ni ne favorisaient le nestorianisme; enfin parce qu’il y avait espoir de les ramener peu à peu à la vérité, tandis qu’une conduite un peu brusque eût pu les précipiter dans le schisme. Cette manière d’agir eut plein succès.



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Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:43

Quant à saint Grégoire, il est bien certain qu’il contribua plus que tout autre à faire reconnaître partout l’autorité doctrinale du cinquième concile.

Si, dans sa lettre à la reine des Lombards, il ne parle que des quatre premiers conciles, c’est uniquement par prudence, parce qu’il avait appris qu’elle était opposée à la condamnation des Trois Chapitres; il ne fait pas mention du cinquième, de peur de l’irriter et de nuire aux progrès de la religion chez les Lombards.

Il voulait triompher de ses résistances, plutôt par la raison que par un coup d’autorité, et il y réussit.

De tout ce que je viens de dire, je conclus que le cinquième concile ne définit absolument rien de contradictoire au concile de Chalcédoine.



LA PRIMAUTE ET L'INFAILLIBILITE DES SOUVERAINS PONTIFES.
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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:44

Maintenant, que penser de la conduite de Vigile dans toute cette controverse ? N’a-t-il pas erré dans la foi ?

Certainement non, puisque, dans tous ses écrits, il réprouva formellement le nestorianisme et l’eutychianisme, et ne donna jamais son adhésion aux Trois Chapitres.

Mais, disent nos adversaire, il a au moins erré dans un fait dogmatique, puisqu’il a d’abord répudié les Trois Chapitres dans son Judicatum, les a défendus ensuite dans son Constitutum, et les a enfin condamnés explicitement dans sa lettre de confirmation du cinquième concile.

Cette objection ne renferme qu’une pure calomnie. Pour l’appuyer solidement, il faudrait démontrer que Vigile a approuvé les écrits dont il est question, et en a proclamé l’orthodoxie. Or il est impossible de faire cette démonstration; car bien que Vigile se soit abstenu pendant un certain temps de condamner les Trois Chapitres, il ne les a cependant jamais approuvés, et son désir était de laisser les choses dans le même état qu’après le concile de Chalcédoine, qui n’avait pas rendu de jugement sur la doctrine.
Donc il n’y a aucune erreur concernant un fait dogmatique.

Le Pape Vigile a d’autres adversaires plus bienveillants, mais qui croiraient forfaire à un antique usage, s’ils ne l’accusaient au moins de légèreté et de faiblesse; ce n’est guère par esprit de modération qu’ils ne dépassent pas ces sages limites.
Examinons un instant, messieurs, cette accusation, sans parti pris, sans préjugés, mais seulement par amour pour la vérité historique, et nous verrons que la conduite de ce Pontife fut seulement empreinte de prudence et de modération, et ne mérite que des éloges.


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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:44

En effet, s’il différa pendant quelque temps de condamner les Trois Chapitres, ce délai lui était imposé et par l’abus de l’autorité impériale, qui s’arrogeait le droit de dirimer les questions religieuses, et par la crainte de paraître porter atteinte du concile de Chalcédoine et de produire une schisme chez les Occidentaux, et par l’importance des écrits grecs qu’il y avait à examiner, et par la qualité des personnes qui en étaient les auteurs.

Mais comme les Orientaux voulaient absolument la condamnation de ces écrits, et que rien ne pouvait le détourner de cette résolution, il se décida à les censurer, tout en déclarant qu’il n’entendait diminuer en rien le respect dû au concile de Chalcédoine. Par cette sage réserve, il enlevait aux acéphales tout moyen d’abuser de cette condamnation. Aux instances et aux menaces, Vigile opposa une constante fermeté, qui déjoua les projets des sectaires.

Comme son Judicatum avait soulevé de vives récriminations en Occident, et que l’Église était menacée d’un schisme, il consentit à en suspendre l’effet et à convoquer un concile général, aux conditions dont j’ai parlé tout à l’heure; c’était là un moyen suprême de rétablir la paix et l’union dans l’Église universelle.

Quand il s’aperçut ensuite qu’aucune des conditions n’étaient observée, quand il vit que l’empereur lui faisait endurer les plus indignes traitements, qu’il voulait dominer dans le concile et lui imposer ses caprices, alors il refusa d’y assister. Tout homme sage et ayant conscience de sa dignité en eût fait autant.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:45

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Constamment préoccupé des dangers que courait l’Église, si le concile rendait une décision trop absolue, il voulut prévenir le mal en publiant son Constitutum, décret rédigé avec tous les ménagements possibles et bien propre, ce semble, à maintenir l’autorité du concile de Chalcédoine, et à satisfaire ceux qui en voulaient aux Trois Chapitres.

En fin, quand il vit que le concile n’avait rien défini de contraire à l’orthodoxie, il jugea à propos de donner sa sanction à tout ce qui y avait été décrété, tout en se montrant plein de modération envers ceux qui hésitaient à adhérer aux décisions de l’auguste assemblée.

Le jugement favorable que je viens de porter sur le Pape Vigile me semble inattaquable, si l’on ne se contente pas de faire un examen superficiel des faits que j’ai établis. Pour être équitable, il faut se reporter à l’époque où il vécut, considérer attentivement les circonstances difficiles dans lesquelles il se trouvait, sa position délicate vis-à-vis d’un souverain, despote religieux, soutenu et encouragé par des troupes de fanatiques, et en face d’uns schisme qui menaçait d’éclater en Occident.

Peu de Pontifes se sont trouvés dans une situation aussi critique. Vigile sut, par sa fermeté mêlée de prudence, épargner bien des maux qui, sans cela, auraient affligé l’Église. Bossuet lui-même, considérant la série des faits historiques qui eurent lieu pendant ce pontificat, exprime sa persuasion que Vigile a très-bien agi dans les circonstances exceptionnelles où se trouvait alors l’Église.

De Marca, gallican reconnu, après avoir fait observer que, dans cette affaire, il s’agissait plus des personnes que de la foi, affirme également que ce qui paraît inconstance et légèreté dans la conduite de ce Pape, n’est en réalité que prudence et maturité de conseil. Telle est aussi l’opinion de Thomassin et du savant Cardinal Noris.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:46

Rien de plus difficile, Messieurs, que de rectifier une erreur historique, et surtout rien de plus ardu que de faire admettre cette rectification. Il est certains mensonges, volontaires ou involontaires, qui, en raison de l’importance de ceux qui les ont les premiers proférés ou endossés, semblent avoir droit de circulation dans l’histoire. Chacun marche sur les traces de ses devanciers, et le verdict, une fois rendu, a, pour ainsi dire, force de loi; on n’a plus le courage de revoir les pièces du procès; trop heureux de trouverune voie toute frayée, on ne s’occupe guère de rechercher si c’est la meilleure ou la plus directe. C’est ainsi que certains faits, certains jugements faux et hasardés, acquièrent, dans le domaine de l’histoire, une espèce de droit de cité qui est une véritable usurpation.

Tel a été le cas pour le Pape Vigile. Je n’ai pas rencontré d’accusations graves contre ce Pape avant l’ère du jansénisme, au dix-septième siècle. Là on voit des hommes de talent, mais préjugés par leurs erreurs, s’évertuer à trouver une contradiction entre le quatrième et le cinquième concile, ainsi qu’entre les différents actes de Vigile, afin de pouvoir établir leur thèse favorite, à savoir, que les faits dogmatiques ne constituent pas une partie de l’objet de l’infaillibilité. Quelques voix ont protesté de temps en temps, mais elles n’ont eu peu d’écho dans l’opinion publique, égarée par le premier jugement. Une réaction énergique s’opère de nos jours en sens contraire.

Maintenant, Messieurs, si nous jetons un coup d’œil rétrospectif sur les siècles que nous venons de parcourir, il est facile de voir l’action bienfaisante de l’Église dans la société et son triomphe continuel sur les innombrables ennemis qui l’ont battue en brèche.

Dans les trois premiers siècles, époque de persécutions sanglantes, l’Église régénère l’individu et la famille; l’intelligence humaine se pénètre de la vérité des dogmes chrétiens et abjure peu à peu ses vieilles erreurs; la volonté, sous l’influence de la grâce divine, acquiert de l’énergie pour le bien; le cœur, fatigué de courir inutilement après un bonheur chimérique, est purifié, transformé, et ne cherche plus le repos que dans l’infini, en Dieu lui-même. Les liens de la famille se resserrent; la paix, la piété, les joies pures et saintes viennent prendre place au foyer domestique; une tendre affection règne, là où régnaient auparavant la discorde, le crime et l’infamie.



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Re: LE PAPE VIGILE ET LES TROIS CHAPITRES

Message  Diane le Ven 18 Mar 2011 - 17:48

Au quatrième siècle, on voit le christianisme monter sur le trône des Césars. Le plus souvent persécuté et honni, il exerce cependant une influence considérable, non plus seulement sur l’individu, mais sur la société entière. Cette influence se manifeste surtout dans le culte chrétien qui ne craint plus les regards du public, dans la protection accordée à la nouvelle religion, à ses ministres et à ses adhérents, et surtout dans la législation, miroir parfait des croyances, des mœurs et des coutumes d’un peuple.

Il n’y a pas encore entre l’Église et l’État cette union intime, ces rapports de subordination complète que nous admirons au moyen-âge, mais enfin l’Église adoucit peu à peu les mœurs de l’époque, police les nations barbares, ramène les peuples à l’unité religieuse, et transforme la société païenne en société chrétienne, tout en laissant subsister ce que l’ancienne civilisation pouvait avoir de vrai, de bon et d’utile.

Un autre fait bien remarquable, et bien propre à frapper tout esprit droit et sincère, c’est que, malgré les plus violents assauts de l’erreur, malgré les persécutions, malgré tous les scandales que nous avons vu se produire dans l’élément humain de l’Église, rien n’a pu détruire l’identité de sa doctrine, rien n’a pu amoindrir sa force d’expansion, ni sa virilité perpétuelle. Chaque siècle a enfanté ses hérésies; elles sont mortes et l’Église vit.

Les sectes de toute espèce ont armé contre l’Église leurs nombreuses phalanges; mais cette nouvelle Jérusalem demeure toujours debout; elle est la même en tous lieux; pas une pierre n’a pu être détachée de son admirable unité, et, devant ses murs, gisent les cadavres de ses ennemis. Si l’Église nous eût toujours apparu exempte de luttes, entourée d’amis, protégée par l’égide des empereurs, par le bouclier de l’autorité civile, nous aurions peut-être été portés à la regarder comme une institution humaine; mais quand nous la voyons résister à l’action corrosive du temps, à des ennemis si multiples, si puissants, si variés, si acharnés à sa ruine et si constants dans leurs efforts, tout homme qui ne veut pas fermer les yeux à la lumière, est obligé de proclamer la divinité de cette institution et de reconnaître que la main de Dieu est là pour la protéger et la sauver.

Je résume en quelques mots ce que je viens de dire dans cette leçon :


1º Il n’y a aucune contradiction réelle entre le quatrième concile et le cinquième concile œcuménique au sujet de la controverse des Trois Chapitres, puisque l’un a jugé les personnes et l’autre les écrits.

2º Le Pape Vigile n’a jamais approuvé la doctrine contenue dans les Trois Chapitres, et ce qui paraît au premier abord irrésolution et inconstance, n’est en réalité que sagesse, prudence et modération.



FIN


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