LE PURGATOIRE

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LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mer 12 Mai 2010 - 4:23

LE PURGATOIRE

Ainsi la bonté de Dieu est grande. L'humanité en foule « rachetée par l'Agneau » (1), et « couronnée par la miséricorde » (2), ira chanter un jour, en pleine lumière de gloire, les obscures mais profondes conquêtes de la grâce. Un concert formidable, et sonore « comme la voix des grandes eaux » (3), dira, au ciel, le péché vaincu par l'amour, et la mort enchaînée au char triomphal de la vie.

Tandis que le petit nombre de ceux qui seront morts sans repentir descendra au feu éternel, de tous les côtés, des fleuves humains viendront à flots pressés grossir l'immense océan des élus.

Mais comment, si Dieu est rigoureusement juste, ce programme de miséricorde pourra-t-il s'accomplir ? Comment, si le « nombre des insensés est infini » (1), la masse des saints sera-t-elle immense ?

C'est plus qu'un problème à résoudre, c'est le plus grand des miracles à opérer. Il s'agit de changer les ténèbres en lumière, d'amener dans les bras de l'amour, des coupables dont aucune pensée n'a pu se dérober à la perspicacité du juge ; « d'ouvrir les portes éternelles » (2) à cette race dont « toute chair a corrompu sa voie » (3) ; d'introduire devant Celui qui ne tolère rien de souillé en sa présence (4) ce monde des pécheurs qui a bu au torrent de la vie (1) l'iniquité comme de l'eau (2) ; de nous faire une place à la cour du Très-Pur, à nous dont l'existence a fait le plus souvent, suivant le mot du prophète, « quelque chose d'immonde » (3).




(1) Apoc, XIV, 4.
(2) Ps. CII, 4.
(3) Apoc, XIV, 2.
(1) Ps. CIX, 7.
(2) Job, XV, 16.
(3) Is., LXIV, 6.



LE
LENDEMAIN
DE LA VIE
PAR
L'ABBÉ HENRY BOLO
PARIS
RENÉ HATON, LIBRAIRE-ÉDITEUR
35, rue Bonaparte, 35
Tous droits réservés 1892.


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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Jeu 13 Mai 2010 - 4:15

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Pour cela, Dieu a placé à la porte du Paradis le feu « merveilleux » (4) du Purgatoire, douleur singulière et toute mystérieuse dont rien ne peut nous donner le sens, si ce n'est l'intelligence des deux principes dont elle procède : la justice et la bonté.

Le Purgatoire est redoutable et consolant, atroce et doux. Châtiment et bienfait tout ensemble : les dettes s'y paient avec rigueur, mais y sont acquittées avec plénitude ; la sévérité divine y exerce ses revendications, mais pour y préparer le règne total et parfait de la miséricorde.

Ce mélange de sévérité et d'amour ressemble admirablement à la passion du Christ : la justice et l'amour s'y rencontrent pour se donner le baiser de paix, et dans la fournaise de la douleur l'humanité pécheresse s'épure pour la gloire.

C'est un lieu d'indicible torture que le Purgatoire.
Le feu dont on y est embrasé, dit saint Augustin, dépasse tout ce que l'homme peut souffrir en cette vie (1).

L'origine de ce feu est divine ; sa substance est surnaturelle ; aucune pensée humaine, aucune expérience terrestre ne peut donc en faire concevoir l'effroyable intensité.


(4) Job, X, 16.
(1) In Ps. 37.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Ven 14 Mai 2010 - 2:48

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La mesure dans laquelle il envahit les êtres que la justice divine lui abandonne est donnée par saint Paul, dans un texte bien connu des théologiens.

L'âcreté des souffrances dont il torture les âmes a été indiquée par l'Eglise, d'après la révélation même du Saint-Esprit.

Voici la parole de saint Paul : « Sur le fondement, qui est le Christ, chacun construit l'édifice de ses œuvres, qui sont d'or, d'argent, de marbre, de bois, de foin ou de paille. Le jour du Seigneur mettra à la lumière ces différents matériaux... , ils passeront par l'épreuve du feu... Ceux dont les œuvres brûleront endureront ce désastre, et s'ils sont sauvés, ils ne le seront que par le feu » (1).

Le feu du jugement « qui marche devant l'Eternel » (2) n'aura rien à prendre sur ceux dont le cœur aura thésaurisé l'or pur de l'amour parfait (3), ceux dont la foi, comme un argent sans alliage, sera demeurée à l'abri de la rouille (4), ceux dont la vertu incorruptible et blanche comme un marbre, sera sortie plus étincelante encore des orages de la vie et des tempêtes de l'épreuve.

Là, au contraire, où l'orgueil de l'esprit et les faiblesses de la chair auront amassé le bois, l'herbe séchée et la paille, le feu viendra et accomplira sa mission douloureuse et purificatrice.


(1) I Cor., III, 12, 13, 15.
(2) Ps. XCVI, 3.
(3) Matth., VI, 20,
(4) Jac., V, 3.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mer 19 Mai 2010 - 3:56

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Il est facile de découvrir le symbolisme de ces mystérieux éléments que l'apôtre appelle : bois, foin et paille. Une fois le symbolisme éclairci, la conclusion qui en découle est effrayante.
Le bois représente les biens terrestres. Le bois, en effet, est l'œuvre active et vivante de la terre ; il est la seule production consistante du sol. Il est l'emblème et la partie la plus considérable de toutes les productions végétales.

Au commencement du monde, Dieu conduit Adam au milieu de l'Eden, et lui dit : « Jouis de tout le bois, c'est-à-dire de tous les biens du Paradis, excepté du bois de la science du bien et du mal » (1).

Le foin, nourriture des bêtes, des êtres stupides et sans âme (1), symbole de la chair pécheresse et maudite (2), marque les plaisirs sensuels, les joies fangeuses, les assouvissements accordés aux vils instincts, aux bas appétits d'une nature que le chrétien doit poursuivre jusqu'à l'extermination par la mort (3).

La paille, légère, orgueilleuse et sonore, qui s'élève avec d'autant plus d'insolence qu'elle est plus desséchée et plus vide, est l'emblème de la vanité stérile que Jésus condamne (4),de l'orgueil insensé que Dieu hait (5). Pour cette paille de l'orgueil, lorsqu'il dépasse une certaine mesure, la justice allume le feu inextinguible (6).

Amour excessif de ce monde, satisfactions trop grossières accordées à nos sens, folles surface de notre être, ont été souillés par l'attouchement de ces biens auxquels nous porte la concupiscence des yeux. Les yeux voient seulement ce qui est dehors. Le fruit n'a pas été mangé, il a été regardé seulement avec trop de complaisance, il a été pris avec une avidité que sa valeur ne justifiait pas, étant données notre dignité morale et notre royauté de chrétiens. Il n'y a donc que l'extérieur de contaminé, les souillures sont superficielles : la rouille est seulement à la surface du métal demeuré pur en ses intimes profondeurs.

Toutefois cette contagion est redoutable, car les prédestinés font, pour y échapper, le voeu de pauvreté, et l'observent. Ils jettent leur or aux pieds d'un prédicateur de l'Evangile, comme saint Antoine, ils se dépouillent même de leurs vêtements comme saint François d'Assise. Le monde ne les comprend pas et les traite de fous, mais ils sont inspirés par la grâce; c'est le feu de l'amour qui les dépouille, avec délice, de ces liens dont le feu de la justice les dépouillerait avec douleur, car le feu du purgatoire est destiné à cela.


(1) Gen., II, 15, 16.
(1) Dan., IV, 3o.
(2) Is., XL, 6.
(3) Coloss., III, 5. Petr. III, 18.
(4) Matt., VI, 2.
(5) Rom., I, 3o.
(6) Luc, III, 17.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Jeu 20 Mai 2010 - 5:37

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Tel est en effet le premier degré de la brûlure surnaturelle. Ce vêtement extérieur « est une malédiction » (1). Il n'a pas l'odeur exquise et céleste de l'amour (2), exigée par l'époux. Il faut qu'on le brûle, qu'il soit consumé (3) comme une tunique contaminée.

Puisque toute la matière doit être purifiée dans le feu, pourquoi avez-vous attaché tant de matière combustible à votre chair, à votre cœur? Puisque la flamme consumera toutes ces choses, pourquoi vous êtes-vous enchaîné d'avance et par tant de liens au bûcher? Vous voilà « environné du supplice des flammes » (4). Ces flammes n'auront qu'un temps, suivant l'abondance du « bois » qui les nourrit, mais quel supplice!

L'abbé de Rancé, encore mondain, s'enfuit un jour de sa demeure, dont la richesse, l'organisation savante et les chefs-d'œuvre d'art avaient fait un palais : sa foi en avait été soudainement affolée : « Il me sembla, dit-il, me trouver dans la demeure d'un damné ! »

Les impressions sensuelles, les plaisirs maudits pénètrent plus avant en nous-mêmes et portent à des profondeurs plus grandes leurs fatales émotions. Les profanes appellent joies du cœur les fêtes impures de la chair, tant ils ont conscience d'être envahis par la volupté jusqu'au centre même de leur être matériel.

L'homme est si totalement saisi par les passions fangeuses que dans la plus sainte des langues il dit encore que « son âme elle-même est prise » (1).

L'amour adamique est plus qu'une blessure ; il est une langueur sous laquelle tout l'être agonise (2), une maladie (3) qui met la fièvre dans ses veines, qui va jusqu'au cœur et le rend éperdu, qui monte plus haut encore et porte l'hallucination jusqu'au cerveau où siège la pensée.


(1) Ps. CVIII, 19.
(2) Cant., IV, 11.
(3) Job, XXX, 18.
(4) Eccli., LI, 6.
(1) Gen., XXXIV, 3.
(2) Cant., V, 8.
(3) II Reg., XIII, 2.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Ven 21 Mai 2010 - 3:56

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Dans cette tyrannie exercée par les sens, tout ce qu'il y a d'illégitime ou d'excessif est impur, digne de l'homme bestial ; celui qui « ressemble à la bête de somme privée d'intellect » (1), celui qui « mange le foin de la terre comme un bœuf (2) », cet homme-là ne doit pas entrer ainsi dans le royaume des cieux.

Si le racheté a gardé en lui-même, après la mort, quelque chose de ses fanges, si l'or pur de l'élu est mêlé encore aux scories de la matière, le feu passera pour l'épurer encore et le rendre digne de Celui qui n'admet la sainteté que sans mélange.

Mais alors quel supplice inouï! Ce ne sera plus seulement un linceul de flammes qui demeurera comme à l'extérieur de la victime, et s'arrêtera à la superficie des sens. Elle serait trop heureuse si elle n'avait rien de plus à dire que le prophète Jérémie dans cette plainte: « Notre peau est calcinée comme les parois d'un four »(3).

Ce feu « subtil passera outre, et entrera dans les chairs » (1) qui furent pécheresses. « Il pénétrera dans les os » (2) qui exultèrent des tressaillements défendus, il ira jusqu'aux entrailles, pour y détruire le vestige des impressions innommables ; il percera jusqu'au milieu du cœur avec le regard de Dieu qui est lui-même une flamme (3), il brûlera les reins coupables (4), de telle sorte que les ondes ardentes de l'étang de feu (5) pénétreront encore plus les pécheurs submergés, que les flots de la mer ne pénètrent, n'imbibent et ne dissolvent les cadavres flottants des noyés.


(1) Ps. XXXI, 9.
(2) Dan., IV, 22.
(3) Thren., V, 10.
(1) Eccli., XXXVIII, 29.
(2) Thren., I, 13.
(3) Apoc, II, 18.
(4) Ps. XXV, 2.
(5) Apoc, XX, 9.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Sam 22 Mai 2010 - 3:01

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L'orgueil atteint l'homme plus intimement encore que la volupté. « L'orgueil, dit saint Augustin, est la volupté de l'âme, comme la volupté est l'orgueil de la chair. » Il a des enivrements plus profonds, des fascinations plus subtilement invincibles; il s'insinue si avant dans notre être que nous avons peine à le distinguer de nous-même. Il est dans le « moi » lui-même; il siège au centre, au sommet, à la place exacte où est l'âme. Il ne corrompt pas l'homme dans son être inférieur : il le corrompt dans sa partie la plus sublime, la plus délicate, la plus susceptible d'amour total et d'indéfinissables souffrances. Il occupe le point même par lequel l'homme entre en contact avec Dieu, il réside vers cette ouverture de l'âme par laquelle passent les rayons surhumains de la foi, et qui attend toute béante l'effusion des torrents éternels de volupté.

Tout ce que nous savons de ce sommet auquel n'atteignent pas nos regards trop charnels c'est que là se trouve, avec la plus grande puissance d'aimer et de jouir, la plus incompréhensible capacité de souffrir. Dans ce grenier divin où devait s'amonceler le froment éternel des laborieux mérites et les épis qui baissent la tête, comme les humbles, quand ils sont surchargés de grains, les hommes vains, les esprits orgueilleux et vides, ont entassé la vaine paille de l'orgueil.

Et là encore passeront les flammes du feu purificateur. Ce qui dépasse toute pensée, dépasse toute expression. Dieu seul et ceux qui l'éprouvent peuvent mesurer ce mystère de douleur, où se réalise dans toute sa vérité l'enseignement de saint Augustin : « Ce feu est au-dessus de tout ce que l'homme peut souffrir ici-bas. »




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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mar 25 Mai 2010 - 5:12

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Si l'Eglise n'avait pas recueilli quelques échos du gémissement de ces âmes, nous en serions réduits à nous taire, comme les rois d'Idumée autour de la couche de Job. Mais l'Eglise a parlé.

Repassez ce long cri déchirant qui s'appelle « l'office des morts », où elle a tenté de traduire en notre inexpressif langage le pleur du purgatoire. Les douleurs de la mort (1), les flèches aiguës du Tout-Puissant, la désolante brûlure, les longueurs de l'exil (2), l'interminable attente (1), les os secoués (2), les gémissements devenus douloureux (3), les larmes intarissables (4), les cris de « pitié! pitié! » adressés tantôt à Dieu (5), tantôt aux hommes (6); les prières découragées, pleurantes, qui vont sollicitant douloureusement un peu de trêve, un peu de sommeil (7), les dégoûts cruels de la vie, les amertumes de l'âme (VIII), les reproches attendris, les appels à la compassion pour les faiblesses et les misères qui s'étalent (9), les aveux épouvantés (10), les souvenirs de miséricorde évoqués (11), l'oubli imploré sur les péchés de jeunesse (12), les saintes et pressantes flatteries à la douceur divine (13), les appels à sa propre gloire (14), les interrogations désespérées, amères, déchirantes (1), les retours mélancoliques sur toute cette pauvreté humaine si cruellement torturée (2), les souhaits insensés qui voudraient que la protection vînt de la justice qui frappe (3); que Dieu oubliât (4), les rêves fiévreux (5), le mirage du ciel, le délire de la délivrance (6) interrompu par des clameurs aiguës (7), un flot débordant de bénédictions promises à ceux qui se laisseront attendrir (VIII) ; la soif, la tristesse, l'oubli, l'abandon (9), l'accablement morne, la lassitude alourdie, le découragement noir (10); puis de déchirantes explosions d'espérance qu'inspire l'atrocité du supplice mêlée à la certitude du salut (11), tous les cris connus, toutes les tortures éprouvées, tous les sentiments vécus, tout s'y succède, s'y précipite, s'y mêle, s'y confond, dans le plus émouvant concert de douleurs qui puisse être entendu.

Et tout cela est encore au-dessous de la vérité, car il en est des douleurs surnaturelles qui accablent l'âme, comme des joies qui l'enivrent dans l'éternité : « l'œil de l'homme ne les a pas vues, l'oreille de l'homme ne les a pas entendues, le cœur de l'homme ne les a pas éprouvées » (1) et sa parole même inspirée divinement, ne peut pas décrire ce que sa pensée est impuissante a concevoir.


(1) Ps. CXIV, 3.
(2) Ps. CXIX, 4, 5.
(1) Ps. CXXIX, 6.
(2) Ps. VI, 2.
(3) Id., ibid., 6.
(4) Id., ibid., 7.
(5) 1re leçon.
(6) 9e leçon.
(7) 1re leçon.
(VIII) 2e leçon.
(9) 3e leçon,
(10) Rép.de la 3e leçon.
(11) Ps. XXIV, 6.
(12) Id., ibid., 7.
(13) Id., ibid., 8, 9.
(14) Id. ibid., 11.
(1) 4e leçon.
(2) 5e leçon.
(3) 6e leçon.
(4) Rép. de la 6e leçon.
(5) Ps. XXXIX, 2.
(6) Ibid., 12.
(7) Ibid., 16, 17.
(VIII) Ps. XL, passim.
(9) Ps. XLI, passim.
(10) 7e leçon.
(11) 8e leçon.
(1) I Cor., II, 9.




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Re: LE PURGATOIRE

Message  ROBERT. le Mer 26 Mai 2010 - 23:28

.

Fasse que par cette faible description du Purgatoire, nous allions, à notre mort, directement vers Dieu !

ROBERT.

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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mer 2 Juin 2010 - 3:51

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Malgré tant de douleurs, le purgatoire est encore une fournaise d'amour.
C'est parler aux enfants du siècle un langage qu'ils sont incapables de comprendre, que de leur annoncer les joies de l'expiation et les voluptés de la souffrance. Les joies sanglantes et les voluptés amères existent pourtant dans les âmes qui savent et qui aiment.

Lorsque la douleur est comprise et voulue, quand la loi de l'expiation se révèle aux résignés, et qu'au sommet des douloureux sentiers apparaissent la pureté reconquise et la tendresse retrouvée, les tortures de la partie sensible laissent monter une certaine allégresse dans les hauteurs de l'âme ; ainsi ces incendies nocturnes qui dorent de reflets lumineux le sommet des ténèbres.

Le seul programme de bonheur vrai, en dehors du ciel, a été écrit par Dieu lui-même dans le saint Evangile, à la page des béatitudes; et il est admirable de penser à quel pointées béatitudes s'appliquent aux âmes du purgatoire.

« Bienheureux les pauvres par l'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient » (1). Bienheureuses les âmes du purgatoire; elles se dépouillent de tout ce qui est terrestre, de tout ce qui appesantit, trouble, corrompt, égare, affole. Même dans la douleur et la solitude qui les accablent, plus rien n'étant là pour distraire leur regard et fasciner leur cœur, elles peuvent lever la tête : elles ne voient que le ciel, le seul endroit où se trouve l'espérance vraie, fidèle, divinement consolatrice.

La sentence a été prononcée : Dieu est à elles, elles en ont la certitude. Plus de doutes, plus d'angoisses, même au fond de leur extrême indigence. Elles possèdent dans cette assurance un bonheur substantiel, car la substance du bonheur est aussi bien dans sa racine que dans son efflorescence accomplie. Quand l'or se liquéfie lentement au fond du creuset, nul n'admire ses fauves rayons, nul n'apprécie sa pureté; et pourtant il y est, et avec lui, tout son éclat et tout son prix. Ainsi le bonheur de ces âmes. Elles sont pauvres, qu'importe ? puisque cette pauvreté les conduit à l'opulence du royaume éternel.



(1) Matt., V, 3.



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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Jeu 3 Juin 2010 - 3:46

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« Bienheureux les doux, ils posséderont la terre » (1).
Bienheureuses les âmes du purgatoire : elles sont douces de la plus suave et de la plus pénétrante des douceurs : la résignation. Elles bénissent la main paternelle qui « les frappe pour les relever, qui les humilie pour les préparer à la gloire » (2). Elles disent à peu près comme le saint homme Job : « Le Seigneur, qui donne tout, nous enlève tout, que son saint nom soit béni ! » (3). Elles regardent et imitent Celui qui « fut doux et humble de coeur » (4), alors que « les iniques soulevés allumaient autour de lui leur fureur comme un feu dans un buisson d'épines » (5). Non seulement elles se possèdent dans la patience (6), mais on se demande comment pourrait venir à leurs lèvres un « pourquoi » auquel l'amour, d'ailleurs, a répondu d'avance.

Les Israélites, entre le soleil ardent qui pesait sur leur tête et le sable desséché qui brûlait leurs pas, demandaient en blasphémant les ruisseaux de lait et de miel et les grappes dorées d'un sol qui semblait reculer devant eux. Ils moururent tous dans le désert de la contradiction et du murmure (1) et ne virent point la terre promise. Les âmes posséderont la terre des vivants, parce qu'elles ne murmurent point, et elles sont bienheureuses de cette douceur qui leur permet déjà d'entrevoir la patrie.

« Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (2).
Il y a des pleurs et des pleurs. On pleure en enfer, mais avec des grincements de dents (3). On se repent, mais avec la morsure au cœur du ver qui ne meurt pas (4). En purgatoire, il y a des pleurs, mais sans amertume; du repentir, mais sans désespoir. Les larmes y sont précieuses, elles tombent comme des pierreries dans la balance divine; elles sont transparentes, et scintillent déjà des reflets éternels comme les gouttes de rosée brillent sous les feux de l'aurore avant que le soleil se lève.

C'est bien, en vérité, une tristesse surhumaine, un deuil divin qui pèse sur ces malheureuses, séparées de l'Epoux pour un temps. Mais l'anxieuse et cruelle attente prépare le tressaillement de la rencontre. Les joies du retour seront plus intenses, là où déplus violents désirs auront été plus longtemps refoulés. Et dans le silence de cette immense douleur s'amasse en secret l'amour qui fera explosion quand l'heure bénie aura sonné. Lorsqu'on sait combien est doux Celui qui console, la pensée d'être bientôt à lui fait aimer la souffrance qui appelle ses consolations. Madeleine aux pieds de Jésus n'eût pas échangé ses larmes pour tous les trésors de la terre. Bienheureuses les âmes qui pleurent !



(1) Matth., V, 3.
(2) Job, V, 18.
(3) Job, I, 21.
(4) Matt., XI, 29.
(5) Ps. CXVIII, 12.
(6) Luc, XXI, 19.
(I) Deut., XXXIII, 8.
(2) Matt., V, 4.
(3) Matt., VIII, 12.
(4) Marc, IX, 43.




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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Ven 4 Juin 2010 - 4:36

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« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (1).

David n'avait pas connu le rayonnement divin échappé à la chair du Fils de Dieu incarné, et pourtant avec quelle frénésie divine il criait d'instinct : Satiabor ! satiabor! Je serai rassasié ! (1) ». Les âmes ont entrevu : un voile est tombé devant leurs yeux sous la main de la mort. Elles meurent de faim sur la terre lointaine (2), elles sont dévorées par la soif dans les flammes (3).

Ici-bas rien n'est profond, rien n'est cruel, rien n'est sacré comme la faim de nos entrailles et la soif de nos lèvres. Que voulons-nous cependant? bien peu de chose : un peu de froment, quelques gouttes d'eau.

Nous pleurons sur ceux qui ont faim, nous souffrons pour ceux qui ont soif. Qui dira les tortures de cette faim et les ardeurs dévorantes de cette soif, qui ont pour objet la justice, la sainteté, l'éblouissante beauté de Dieu, l'immensité de sa gloire !

Bienheureux ceux qui ont cette faim et cette soif et qui peuvent crier : Satiabor! Bienheureux au delà de tout ce qui peut se dire, car cette faim et cette soif dépassent toutes les ardeurs connues, et ce qui doit les calmer dépasse encore infiniment tout ce qu'il y a de surhumain dans cette faim et dans cette soif.

Bienheureuses les âmes du purgatoire, car il n'est cerf altéré soupirant après des sources plus abondantes et plus fraîches que les sources d'eau vive auxquelles elles se désaltéreront demain !



(1) Matt., V, 5.
(1) Ps. XVI, 15.
(2) Luc, XV, 13.
(3). Luc, XVI, 24




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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Sam 5 Juin 2010 - 4:31

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« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu » (1).

Voici que la parole du Maître devient de plus en plus lumineuse et admirable. Si le cœur de ces chrétiens avait été absolument pur, ils ne seraient pas dans la flamme qui les brûle.

Mais voilà que, n'étant pas assez purs, cette flamme est venue pour leur communiquer la pureté; ce foyer est la pureté même. Plus elles brûlent, plus elles se purifient. Plus elles se purifient, plus l'apparition de Dieu se fait prochaine. Et comme toute leur joie est dans l'espérance de plus en plus transparente de voir Celui dont le visage enivre tout regard, plus le supplice est acre, plus le feu leur pénètre les moelles et leur mord les entrailles, plus aussi le sentiment intérieur, plus l'exultation profonde causée par l'approche de Dieu les fait frémir d'une surhumaine volupté. « Voici que mon bien-aimé passe déjà la main à l'entrée de cette demeure, et mes entrailles ont tressailli ! » (1).

Combien sont distancés les martyrs qui ne trouvaient pas assez vive la flamme des bûchers, et dans quelles extases ces âmes délicieusement torturées doivent répéter le cri de sainte Thérèse : « Toujours souffrir, jamais mourir! »


(1) Matt., V, 7.
(1) Cant., V, 4.




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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mer 9 Juin 2010 - 19:11

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« Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu » (2).

La paix que les tortures des sens ne troublent pas (1), la paix que les anges apportent et qui passe comme un souffle rafraîchi par la rosée du matin (2), cette paix règne au purgatoire, où ne se trouvent que les réconciliés. C'est encore le caractère spécial et miraculeux de ces âmes qui expient : elles sont pacifiques dans leurs douleurs.

Partout où une masse est subitement envahie par la torture, dans les incendies, dans les naufrages, les victimes deviennent subitement féroces : elles s'écrasent et s'entre-déchirent dans la folie de la conservation.

Lors de la conflagration dernière où tous les maudits seront surpris par la catastrophe de l'univers, il y aura des hurlements, des troubles horribles. Les forcenés que l'enfer retient captifs rugissent et blasphèment. Le purgatoire appartient au royaume de la paix. Le Prince de la paix y est adoré. La volonté y est bonne (3), complaisante et parfaite (4).

La grâce règne dans ces âmes : et la grâce est une reine bénigne et douce. Quand on la connaît, on l'accueille « comme une mère vénérable » (1), on se réfugie dans son sein et l'on repose entre ses bras. La violence des tempêtes à subir, l'amertume des sacrifices à consommer, ne servent qu'à faire ressortir davantage la sérénité suave que cette grâce répand autour d'elle.


(2) Matt., V, 7.
(1) Philip., IV, 7.
(2) Dan., III, 50.
(3) Luc, II, 14.
(4) Rom., XII, 2.
(1) Eccli., XV, 2.




A suivre...

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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Jeu 10 Juin 2010 - 4:35

LE PURGATOIRE

Les prophètes avaient ainsi annoncé le Fils de Dieu allant à sa Passion : « Exulte, fille de Sion, voici ton Roi qui vient plein de douceur » (2). Les filles de Dieu qui entrent dans les expiations du Purgatoire sont les sujettes du même roi ; elles sont pacifiques elles-mêmes. C'est pourquoi elles sont bienheureuses.

« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice : le royaume des cieux leur appartient » (3).

Nul ne voit plus clairement que les âmes du purgatoire les lois de la justice et les exigences du droit divin. Nul n'est épris plus violemment de cet amour de l'équité qui place au-dessus de tous les intérêts du cœur, de toutes les convoitises des sens, le culte de ce qui est vrai et l'hommage de ce qui est dû.

Nulle part, hormis dans la passion de Jésus-Christ, l'expiation n'est complète, adéquate comme la souffrance du purgatoire. S'il y a une âpre volupté à combattre pour la justice, à donner son repos et sa vie pour le droit, à consacrer aux nobles causes toute la puissance et la générosité de son être, avec quelle ardeur ces âmes ne doivent-elles pas appeler sur des fautes qu'elles déplorent les revendications divines? « Levez-vous, Seigneur, vengez votre cause contre nos iniquités! (1). Lève-toi, ô aquilon, ô douleur! (2). O flammes du châtiment! »

Bienheureuses expiations qui compensez les défaillances de notre vertu passée, et suppléez à l'insuffisance de notre propre justice avec les trésors de la justice de Dieu !

« Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. »


(2) Zach., IX, 9.
(3) Matt., V, 8.
(1) Judith, VII, 20.
(2) Cant., IV, 16.




A suivre...

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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Ven 11 Juin 2010 - 3:14

LE PURGATOIRE

Il est étrange que Dieu ait donné le pouvoir de faire du bien à ces âmes qui sont pourtant retenues sous le poids d'une malédiction passagère. Elles ne peuvent rien pour leur soulagement propre, il faut qu'elles soldent leur dette jusqu'à la dernière obole.

Et voilà que ces victimes, jetées pieds et poings liés au fond de la fournaise, ne sont cependant pas privées de la béatitude qui consiste à faire du bien et à en recevoir. Le purgatoire est une portion de l'empire de cette charité qui ne perd jamais ses droits, « ne tombe jamais » (1), règne partout, et ne connaît pas les barrières élevées par la colère, la justice ou la mort.

Toute l'Eglise terrestre connaît et proclame l'intervention des âmes qui cessent d'être impuissantes dès que les vivants de ce monde leur demandent les prodiges de charité et les fraternelles interventions. Et c'est toujours par un échange qui double la béatitude, que se consomment ces touchants mystères de mérites communiqués et de grâces obtenues. Bienheureuses ces âmes auxquelles la faculté demeure d'être miséricordieuses à l'égard des vivants, tout en recevant d'eux les bienfaits de la miséricorde.

Elles vivent plus que nous sous la loi de l'amour; elles sont plus près de la bonté de Dieu que les saints de la terre ; elles sont deux fois aimées du Père céleste, puisqu'elles souffrent et ne pèchent plus. Aussi jouissent-elles en notre faveur d'une étonnante puissance.


(1) I Cor , XIII, 8.



A suivre...

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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Sam 12 Juin 2010 - 3:38

LE PURGATOIRE

Ceux pour lesquels le surnaturel est plus qu'un monde fermé, puisqu'il est un monde systématiquement calomnié et incompris, ne veulent pas écouter les histoires des âmes, et traitent d'enfantillage les incursions de ces filles de Dieu sur la terre. Quelle utilité peut-il y avoir à permettre des prodiges semblables ? N'est-il pas puéril de supposer que Dieu renversera les formidables barrières de la mort en faveur de mesquins intérêts et de ridicules désirs? N'est-il pas écrit dans l'Évangile qu'il est des chaos qu'on ne traverse pas (1) et des abîmes que nul n'a le pouvoir de franchir ?

La foi transporte les montagnes, et l'amour franchit les abîmes.
L'amour fait les miracles gratuits, ceux que les pharisiens seraient tentés de nommer « inutiles » (2), parce qu'ils passent inaperçus de l'univers. Est-ce qu'elle n'est pas interminable cette série des prodiges prétendus puérils qui commence aux noces de Cana ? Est-ce qu'ils ne remplissent pas les plus ravissantes pages de la vie des saints? Si partout ne se montraient que les inexorables sévérités d'une loi que rien ne fait fléchir, rien ne nous révélerait la présence, rien ne nous laisserait soupçonner les délicatesses de l'amour divin.

Aussi nous pouvons demander aux âmes du purgatoire les prodiges familiers et les faveurs domestiques; nous pouvons leur demander plus encore. Dieu permet et favorise entre elles et nous ce pieux échange de prières et de bienfaits, parce qu'il appartient au règne de la charité, parce qu'il est seul capable d'adoucir leurs peines, parce qu'il aide notre faiblesse à nous souvenir de ceux qui souffrent, et nous incite à leur porter secours.


(1) Luc, XVI, 26.
(2) Matt., XXVI, 8.




A suivre...

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Re: LE PURGATOIRE

Message  Monique le Mar 15 Juin 2010 - 3:22

LE PURGATOIRE

Il y a entre la terre et le purgatoire, comme entre le ciel et la terre, l'échelle mystérieuse qui met en communication les vivants et les morts.

Nous pouvons descendre chargés, pour les âmes qui souffrent, de mérites et de secours ; elles peuvent remonter et nous servir, dans nos besoins et nos dangers, avec cette puissance supérieure et spéciale aux esprits affranchis de la captivité du corps.

Nous pouvons dire avec autant de vérité que Jacob : « Le Seigneur est en ce lieu de misères; il y est avec sa bonté inépuisable. Le purgatoire est terrible, mais il est vraiment la porte du ciel ! » (1).

Et nous pouvons faire encore mieux que le saint patriarche. Il est écrit qu'après avoir prononcé ces paroles, pour consacrer le souvenir de ce qu'il avait vu, il éleva un autel et y répandit de l'huile.
Nous avons l'autel du divin sacrifice, et nous pouvons à loisir y répandre, pour les âmes, le sang rédempteur de Jésus-Christ.


(1) Gen., XXVIII, 17.



FIN

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Re: LE PURGATOIRE

Message  ROBERT. le Mar 15 Juin 2010 - 23:07

.

Merci Monique.

ROBERT.

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Re: LE PURGATOIRE

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