La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

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La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Jeu 8 Avr 2010 - 18:50

Monsieur le Député,

Dans notre rencontre, qui remonte déjà au lendemain de la publication de l'Encyclique Pascendi, vous me faisiez craindre une répercussion fâcheuse dans les milieux parlementaires; car sénateurs et députés ne pouvaient manquer d'y voir la preuve d'une intransigeance absolue et d'une hostilité irréductible de l'Eglise contre la société moderne et même contre toute liberté intellectuelle.

D'autre part, on m'a dit tout de suite et on m'a répété depuis que plusieurs se sont demandé et ne demandent ce qu'il en allait advenir des études dans l'Église pour les savants catholiques, tandis que, les universitaires, voués par état à la science et à la recherche critique à l'aide d'hypothèses, et croyant vraiment y mettre la plus parfaite probité d'esprit, se plaignent d'être soupçonnés du contraire; leur élan serait arrêté et leur droit atteint.-

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Ven 9 Avr 2010 - 15:39

Le Pape Pie X, en flétrissant en termes si nets les doctrines des Modernistes qu'il a mises à nu, ne condamne-t-il pas toute curiosité intellectuelle, la liberté des investigations et le travail rationnel? Quoi qu'il en soit de certaines déclarations, ou même de

« la fondation d'une institution particulière, qui groupera les plus illustres représentants de la science parmi les catholiques et qui aura pour but de favoriser, avec la vérité catholique pour lumière et pour guide, le progrès de tout ce que l'on peut désigner sous le nom de science et d'érudition, »

n'est-ce pas, enfin de compte, l'étude sérieuse, solide, féconde qu'il entrave, et même gravement? La scolastique ne vient-elle pas là comme le serre-frein ad usum Delphini? L'Encyclique n'est-elle pas, en vérité, la machine savamment forgée pour comprimer la pensée?

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Sam 10 Avr 2010 - 18:26

Vous comprendrez que je ne me préoccupe que peu des milieux parlementaires.

Là, c'est la bataille; et dès lors, le parti pris et le déni de justice. En temps de guerre, on se croit tout permis envers l'ennemi, en attendant l'heure où le droit se retourne contre la politique méchante et décevante.

Je ne vous dissimule pas aussi qu'il me répugne en soi de répondre à de tels griefs, tant ils me paraissent peu fondés, étranges, ridicules même : ceux qui les ont formulés ou qui les reproduisent encore me pardonneront ce mot trop peu digne. J'allais dire que de telles inquiétudes témoignent, de la part de ceux qui les éprouvent et s'en font l'écho, d'une véritable ignorance de l'histoire et aussi de la doctrine. Mais vous avez désiré que je parle; je le ferai, après tant d'autres qui out écrit sur ce document désormais célèbre.

D'ailleurs, il est toujours utile de faire disparaître les préjugés; et ici, j'ose vous le dire, il n'y a pas autre chose qu'un préjugé, une impression hâtive, ou peut-être moins encore, un simple mouvement d'humeur. Croyez que je n'épilogue, ne polémique, ni ne plaide. Vous en serez convaincu, si je réussis à vous montrer que le bon sens, la tradition de l'Eglise, l'Encyclique elle-même s'élèvent contre un tel préjugé et l'écartent de soi, de plano; et même, pour finir, en envisageant les conséquences lointaines, mais heureuses, nous verrons que l'Encyclique Pasccndi a une longue portée.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  ROBERT. le Dim 11 Avr 2010 - 2:21

.

Pour les députés des démoncraties, pas de différence entre liberté et licence; pour l'Église si.
.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Dim 11 Avr 2010 - 15:17

LA RAISON ET LE BON SENS

Par hypothèse donc, ou plutôt par accusation formelle, l'Eglise, au lieu de favoriser la recherche scientifique, l'étude rationnelle, le travail critique, s'en montrerait l'ennemie, jalouserait les méthodes les mieux établies et leurs conséquences logiques, en éloignerait les esprits, abusant en cela de son magistère sur les consciences; l'Encyclique sur les doctrines des Modernistes le dirait une nouvelle fois et avec d'autant plus de signification que nous sommes à une époque de vraie vie et non de fièvre scientifique, à preuve les admirables découvertes qu'elle a produites et qui nous permettent de jouir chaque jour de fruits nouveaux et délicieux.

C'est au moment précis où l'homme donne la mesure de son génie, et vraiment la plus belle possible, que l'Eglise lui dit : Arrête-toi, Plus d'étude, plus de recherche, plus de travail critique.

D'abord, je protesterai : l'Eglise n'a pas dit et ne dit pas tout court: Arrête-toi. Les mathématiques, la physique, la chimie ne l'inquiètent guère comme telles et ne peuvent l'inquiéter. Elle les favorise, de même qu'elle patronne à Rome même l'astronomie. Lui prêter l'intention de s'opposer à l'essor de l'esprit, c'est faire entendre qu'elle ignore l'homme, qu'elle reste obstinément indifférente et rageuse à l'égard de la civilisation matérielle, qu'elle n'a ni raison ni bon sens, qu'elle agit contrairement à toute raison et à tout bon sens; c'est encore la condamner d'avance, en l'accusant de dénier à tout homme le droit naturel qu'il a de désirer et de vouloir connaître le monde qui l'entoure, discuter le pourquoi des choses, pénétrer les causes des êtres.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Mar 13 Avr 2010 - 16:56

Faut-il dire que la curiosité de l'esprit est dans la nature de chacun, bien qu'elle ne produise pas les mêmes résultats chez tous? Ce n'est pas l'athée, mais c'est nous qui le proclamons bien haut : Dieu la lui a donnée comme un aiguillon. Elle l'excite et le provoque; elle le pousse et lui fait déjà entrevoir des merveilles; elle avive sans cesse en lui le goût de la recherche, l'attention, une application énergique; noble et fécond exercice de l'intelligence, qui commence de bonne heure.

C'est ainsi que l'enfant, dès le jour où sa raison s'éveille, veut tout de suite savoir, interroge quand il ne s'enquiert pas par lui-même de ce qu'il voit et entend, montre une curiosité qui est de bon augure et réjouit.

L'intelligence est une faculté que Dieu a donnée à l'homme. Elle se forme, se corrige, se développe par son propre exercice; logiquement, il doit être régulier, sage, conforme à la nature même de cette belle faculté, et cela tant que le sujet pensant reste capable de penser.

C'est l'évidence même et on est comme honteux d'avoir à rappeler des principes si simples. Il est non moins évident que l'intelligence est faite pour le vrai. Nous le disons aussi fort que qui que ce soit, peut-être même plus énergiquement que personne, parce que chez nous cela est à l'état de conviction et même de loi : l'ignorance lui pèse, l'erreur lui est mortelle, l'équivoque la fatigue. II lui faut la clarté, qui l'aide à comprendre parce qu'elle accompagne toujours le vrai : le vrai dans toutes les branches de l'élude, le vrai particulier, le vrai universel. Que si, imprudence, orgueil ou défaut de méthode, elle s'en éloigne, les suites et les conséquences se tournent contre elle, vont à son détriment; elle s'affaiblit peu à peu, la logique l'abandonne, elle s'effondre dans l'incohérence.

On se rendrait donc insupportable si l'on pensait et disait que l'homme doit se contenter de l'apparence des choses et de leur façade, suivre bonnement et simplement le fil de l'eau qui coule, ne désirer jamais remonter à la source de ce fleuve qu'est le monde. Chimère que tout cela : l'homme cherchera toujours et quand même à pénétrer plus avant. Vouloir étouffer le feu inextinguible et éteindre la flamme qui brille quand même, ce serait sottise et folie. Vous en tombez d'accord avec moi. Mais remarquez que tels sont le caractère, le sens, la portée des doctrines modernistes.

Je viens de les décrire sans le chercher ni le vouloir.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  ROBERT. le Mar 13 Avr 2010 - 21:44


...l'intelligence est faite pour le vrai.

Incompatible et irréconciliable avec le "toutes les religions sont bonnes et se valent toutes", car la Vérité est une...

ROBERT.

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Message  gabrielle le Jeu 15 Avr 2010 - 17:50

ROBERT. a écrit:

...l'intelligence est faite pour le vrai.

Incompatible et irréconciliable avec le "toutes les religions sont bonnes et se valent toutes", car la Vérité est une...

Wink Ce qui veut dire, que ça prend 5 mots pour détruire un conciliabule "oecuménique" Twisted Evil

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Jeu 15 Avr 2010 - 17:57

En condamnant par la bouche de Pie X le Modernisme qui se confine dans le phénomène, l'Eglise, qui maintes fois a fait ses preuves, élève un nouveau monument de sagesse et de prudence. De grâce, qu'on ne lui prête pas aujourd'hui la déraison et l'ineptie; qu'on ne fasse pas d'elle, gratuitement et par insulte, l'ennemie de l'esprit humain ; ainsi la vieille femme, qui, avec l'âge, tombe dans la démence. Toujours jeune de cœur, de raison et d'âme, elle lui enseigne qu'il ne fait pas la vérité; c'est pour cela qu'il la cherche. Elle l'approuve, quand il la cherche, l'encourage, le dirige même. C'est même peut-être de là, c'est sûrement de là que vient toute la difficulté.

Le jour où vous le voudrez, nous rechercherons comment.

Eu attendant, laissez-moi vous faire observer au sujet de la curiosité intellectuelle naturelle à l'homme, que je vais même plus loin et dis plus que tout à l'heure. Je ne m'étonne pas, au contraire, je comprends qu'à certains moments de l'histoire cette curiosité apparaisse comme plus légitime, revête un certain caractère de noblesse, semble même être un devoir, en ce sens qu'elle se trouve plus éveillée et qu'agissante elle donne de magnifiques résultats. Vous le devinez : je veux parler des époques de grande activité scientifique, de succès assurés et de conquêtes définitives. II n'est pas nécessaire d'insister.

Cela va de soi. Donc curiosité intellectuelle naturelle à L'homme et dès lors légitime puisqu'elle le pousse à l'exercice de sa première et plus belle faculté; heureux résultats, qu'elle a provoqués à toutes les époques et qui aujourd'hui jettent un éclat superbe; impossibilité absolue d'arrêter un tel mouvement, sans compter que ce serait folie; car l'homme reprend le lendemain le labeur interrompu la veille.

Allez-vous supposer que le Pape et les Evêques songent à comprimer un essor aussi vigoureux? Une telle pensée n'a pas un instant traversé leur esprit; ce mauvais vent n'a jamais soufïlé, ne souffle pas sur l'Eglise.

Oui, en vérité. L'Eglise reste l'amie de la bonne et forte étude ; elle pousse au libre exercice de l'intelligence; elle est pour le travail méthodique, rationnel et persévérant.

Mais alors que fait-elle?

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  ROBERT. le Jeu 15 Avr 2010 - 22:29

gabrielle a écrit:

...l'intelligence est faite pour le vrai.

Incompatible et irréconciliable avec le "toutes les religions sont bonnes et se valent toutes", car la Vérité est une...

Wink Ce qui veut dire, que ça prend 5 mots pour détruire un conciliabule "œcuménique" Twisted Evil

Avez-vous déjà remarqué que tous les vociférateurs et détracteurs de l’Église, qui essaient de détruire Sa doctrine, se perdent en des milliers de pages de raisonnements, de théories les plus farfelues et impies les unes que les autres ?

La vérité s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément et sont parfois laconiques; tel est le le souffle formidable de Notre-Seigneur qui détruira l’Antéchrist.

ROBERT.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Sam 17 Avr 2010 - 16:49

Elle se défend, dénonce l'ennemi, fait tomber le masque.

Allez-vous vous en étonner?

Elle est sans cesse attaquée et accusée, non d'un mince méfait, mais du plus grave des crimes. Elle aurait mis le inonde hors du vrai royaume messianique. Elle ne serait plus qu'ouvrière basse et vulgaire de despotisme et de superstition.

Cela s'écrit au nom d'autorités usurpées : l'histoire, la critique, la philosophie.

Que l'Eglise recherche et discute les titres de ses accusateurs, mais c'est naturel. Elle doit le faire. Elle l'a fait au commencement, à preuve la flétrissurc que saint Pierre a imprimée au front de Simon le Mage; elle l'a fait toujours dans la suite et toujours, à preuve encore les condamnations d'Arius, de Luther, de Jansénius et de beaucoup d'autres; elle vient de le faire de nouveau, mais en affirmant qu'elle est pour le beau et bon travail de l'esprit, permettez que je reprenne mon expression de tout à l'heure.

Dans quel sens, cependant, puisqu'elle n'a pas manqué d'intervenir occasione data et que le Pape Pie X vient de parler haut et ferme?

Avant de le dire, il faut interroger sa tradition, d'où se dégage un esprit, une méthode, une conduite.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Lun 19 Avr 2010 - 17:03

II
LA TRADITION DE l'ÉGLISE

En fait, à toutes les époques, l'Eglise a compté dans les rangs du clergé et des laïques des esprits de premier ordre. Il en est de même aujourd'hui. Elle s'en est glorifiée dans le passé; elle a loué leurs travaux; elle en a même profité. Dans le présent, elle s'honore des vrais savants. Il me parait inutile de citer des noms. Ils brillent de l'éclat le plus pur et sont présents à toutes les mémoires.

En fait aussi, l'Eglise a toujours eu ses écoles; ou, si vous le voulez, c'est la langue moderne, elle a vu s'organiser dans son sein des ateliers où la science humaine s'élaborait chaque jour un peu plus; il en est encore ainsi. L'Eglise a laissé, les écoles se fonder; rivales ou amies, elles se sont développées à son ombre; elle a ou établi les universités du moyen âge ou consacré celles qui existaient déjà, et c'est une page glorieuse de son histoire; depuis Charlemagne jusqu'à la Révolution, — je parle pour la-France, — les maisons d'enseignement extrêmement nombreuses formaient autant d'institutions ecclésiastiques.

Ces faits sont tellement constants, que c'est un propos vulgaire que de le répéter.

Du moins, il en résulte — et c'est ce point lumineux qu'il faut en dégager, maintenir et mettre très haut — que l'Eglise, société de tradition, veut la culture de l'esprit; elle est en réalité opposée à toute ignorance; loin de contrarier le travail strictement scientifique, elle se déclare pour lui et le favorise. A telles enseignes, que, bien qu'elle donne l'impulsion, elle se garde d'intervenir tout de suite; elle attend, elle peut attendre : les siècles ne lui font pas défaut. Elle a donc, jusqu'à preuve du contraire, confîance que tout ce travail sera bien, je veux dire que d'abord il ne tournera pas contre la foi dont le dépôt lui est confié, ensuite qu'il permettra un jour ou l'autre d'en mieux établir la vérité et la convenance. Elle n'intervient que le jour où il y a abus, c'est-a-dire où la juste limite est franchie.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Mer 21 Avr 2010 - 16:39

Que l'excès et l'abus soient possibles, qui le niera? Nous voyons chaque jour l'homme faire un mauvais usage de tout, de sa raison comme de son cœur, de sa mémoire comme de sa langue, de son âme et de son corps, de sa force, de ses bras et de ses mains; ajoutons-le, de même de son intelligence et de la curiosité qui l'aiguillonne. Il faudrait être singulièrement aveugle pour ne pas le voir. II n'y a pas d'optimisme qui tienne.

L'homme est sujet à l'erreur; il ne se trompe que trop souvent. Son honneur est d'organiser des méthodes rationnelles de façon à écarter ou di-minuer les chances d'erreur le plus possible. L'instrument reste quand même d'un manie ment fort délicat; il n'y en a pas de plus sensible. Sous prétexte de liberté des recherches, d'essais et d'expériences, d'hypothèses permises, la fantaisie se donne carrière. Il n'y a pas de pires théories que les savants n'aient soutenues ou ne défendent encore; il n'y a point d'absurdités qu'ils n'aient imaginées et n'imaginent encore. La science n'est pas une infaillibilité. II doit de toute nécessité y avoir une limite. Tout homme avisé, attentif et sensé le reconnaîtra sans peine, je me plais du moins à le penser.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Jeu 22 Avr 2010 - 17:55

Qu'il y ait limite à l'esprit et à l'exercice de l'intelligence, oui, sans aucun doute. Faudra-t-il donc traiter notre génération eu méchante écolière pour devoir le lui rappeler? Chacune de nos facultés nourrit en elle une énergie propre, sans doute; mais cette énergie s'épuise, justement quand la quantité d'énergie propre est dépensée. Son possible est à la fois l'étendue et la limite de l'âme, de l'esprit, du libre arbitre, de l'intelligence. L'objet de la raison est le vrai; là est sa puissance et sa frontière, avec la lumière résultant pour elle de l'évidence: deux et deux font quatre; d'un fait constant : Alexandre, César, Jésus-Christ, les croisades la Révolution ; des institutions vivantes et agissantes : la religion, l'Eglise, la foi reposant sur la révélation, etc., etc. S'il y a limite en principe, il y a limitation en fait.

Si limite il y a, où est-ce que l'Eglise porte sa limitation? Aux yeux de l'Eglise, l'abus se déclare et commence le jour où son enseignement est sérieusement pris à parti, et la foi des fidèles mise en péril. Tel est le principe. L'Eglise rappelle alors la foi, qui est une fixa-tion. Elle intervient à l'heure qu'elle juge opportune afin de préserver la foi des fidèles, mais alors seulement, c'est-à-dire en fait après un temps écoulé ; d'ordinaire, il a été même assez long. L'Eglise ne connaît pas la précipitation; elle semble même se plaire dans les longueurs. Elle laisse les hommes à leur li-berté et à leurs réflexions. Elle ne parle que quand son silence serait condamnable. Elle le fait toujours par devoir et dans l'intérêt supérieur de la religion et de la révélation, et aussi de la raison qui en reçoit lumière et force.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  ROBERT. le Jeu 22 Avr 2010 - 21:14

gabrielle a écrit:
L'objet de la raison est le vrai; là est sa puissance et sa frontière, avec la lumière résultant pour elle de l'évidence: deux et deux font quatre ;

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Message  gabrielle le Ven 23 Avr 2010 - 18:27

J'alléguerai deux ou trois exemples remarquables ; vous me pardonnerez de les prendre parmi les faits les plus connus.

Ce n'est pas du premier coup que les doctrines auxquelles Arius a donné son nom ont été condamnées. Le Concile de Nicée fut précédé de cent ans de recherches, de discussions et de critiques, d'où sont sortis d'admirables chefs-d'œuvre, par exemple les écrits de saint Athanase. Arius allégua la liberté de l'esprit et de l'interprétation scripturaire; avant lui la critique verbale s'était donné carrière; Denys d'Alexandrie se trompa même grossièrement; cependant il est honoré comme un saint; le pape Denys ne le reprit pas, il lui suffit d'écarter certains termes. C'est seulement cinquante ans après qu'Arius fut flétri. A tout il faut le temps; il est nécessaire pour mesurer même la gravité des erreurs et la profondeur des maux en résultant. Alors seulement l'Eglise se prononce. Dans l'intervalle elle a respecté la liberté des recherches et de l'étude, tout en condamnant en principe les excès, les erreurs, les abus d'une fausse science.

Cette remarque apparaît encore plus vraie si on examine sa conduite à l'égard du mouvement séparatiste du moyen âge, très vaste et très profond, qui a pris différents noms : néo-manichéisme, catharisme, albigéisme, et que les derniers historiens ont caractérisé par le mot hérésie; il fut, aussi bien, le rendez-vous de toutes les erreurs courantes. Il souleva les passions politiques les plus vives; il justifia toutes les espérances sociales; beaucoup le prirent comme la panacée propre à guérir les maux du temps; il réussit à détacher de l'Eglise la plupart des communes du midi de l'Europe, ou du moins à détendre les liens qui par les statuts municipaux les rattachaient à elle. A certains égards, le Modernisme rappelle ce mouvement du moyen âge, lui ressemble même. On y distingue une égale indépendance d'esprit, en fin de compte une opposition à l'Eglise aussi résolue et un danger pareil pour la foi. L'hérésie du moyen âge s'aperçoit au XIe siècle ou même plutôt; elle vient de loin; elle suit d'abord des voies souterraines et bientôt menace tout l'Occident.

Les populations s'indignent; les foules ameutées s'emparent des coupables; des juges s'improvisent pour leur infliger le dernier supplice. Quant à l'Eglise, plus tolérante, elle ne les condamne définitivement qu'en 1215 par la voix du Concile de Latran et d'Innocent III. Quelques années plus tard saint Thomas d'Aquin, en publiant sa Somme, dota l'esprit humain de la plus belle synthèse théologique et philosophique qui ait encore été donnée au monde. Les universités les premières s'en trouvèrent toutes fortifiées, et aujourd'hui, c'est encore sur elle que s'appuie la pensée la plus ferme, celle qui se nourrit de principes et croit à l'objectivité. Effort de génie, mais travail fécond ; l'Eglise bénit l'un et l'autre.

Au xve siècle, la Renaissance, qui fut le passage brillant du moyen Age à des temps nouveaux et bien incertains après les malheurs du grand Schisme, n'alarma pas l'Eglise, calme devant sa première poussée triomphante. A preuve, Nicolas V, qui fut son meilleur, plus intelligent et convaincu protecteur. L'humanisme ne l'épouvanta pas davantage; elle compta même dans son sein plus d'un humaniste distingué, par exemple OEneas Sylvius Piccolomini, le futur Pape Pie II, dont il parait bien que l'esprit s'augmenta et s'harmonisa au commerce de l'antiquité latine.Cette culture ne déplut pas à l'Église. Au contraire; si les humanistes répandirent, en la rendant accessible, la pensée grecque oubliée, c'est Léon X qui ouvrit sur le Quirinal l'Ecole grecque dont il confia la direction à Jean Las-caris, en même temps qu'il soutenait l'imprimerie grecque d'Agostino Chigi au Transtévere. La résurrection de l'antiquité grecque et latine, dont bien des chefs-d'œuvre oubliés furent édités, réjouit la Papauté. Seulement, plus tard, on abusa des textes et de la critique textuelle, pour attaquer les dogmes, les institutions ecclésiastiques, la Papauté. Cet excès d'une science dont la faiblesse est aujourd'hui reconnue appela la répression, mais ce fut cet excès seul et non le désir ou le projet de couper court à toute étude ou d'arrêter la culture. Tout le monde sait que, pour ce qui regarde notre pays, les lettres chrétiennes jetteront dans le siècle suivant un éclat qui n'a pas été dépassé et qu'elles restent l'honneur de l'esprit français.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Dim 25 Avr 2010 - 16:09

De nos jours, l'Eglise, fidèle a sa tradition, n'a pas pris une attitude différente. Sans vouloir approfondir les origines du mouvement scientifique actuel — ce qui ne saurait être l'objet d'une simple lettre — il est permis de penser et de dire que son premier grand développement correspond à l'impulsion donnée à l'étude par les Encyclopédistes. Ceux-ci n'étaient guère les amis de l'Eglise; ils ont favorisé l'incrédulité, lui ont servi un aliment froid, pimenté ou savamment préparé, l'ont même comme justifiée aux yeux de plusieurs. Ne prétendirent-ils pas préparer le règne de la Raison?

Et alors? Alors l'Eglise ne s'est pas pressée. La physique pas plus que la chimie, naissantes l'une et l'autre, ne la firent sortir de ses larges principes de liberté. L'alambic, venu aux Occidentaux par l'intermédiaire des Arabes, ne l'avait nullement émue au XIIIe siècle; la marmite de Papin la laissa fort indifférente au XVIIIe; la grande machine à vapeur, le télégraphe et le téléphone ne l'ont guère, que je sache, fait sortir de son calme tranquille au xixe. Elle profite comme tout le monde des découvertes modernes; elle veut même que tout le monde en profite, car elle leur apporte son concours; elle a enrichi son Rituel de prières spéciales pour la bénédiction des chemins de fer et des télégraphes

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  ROBERT. le Dim 25 Avr 2010 - 18:36

.
Notre Sainte Mère l’Église est bien à l’image de Dieu, son Fondateur : elle fait tout avec "ordre, poids et mesure "…
.

ROBERT.

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Re: La Liberté intellectuelle après l'Encyclique Pascendi

Message  gabrielle le Mar 27 Avr 2010 - 17:01

Il est probable qu'elle en aurait fait tout autant pour le téléphone, si on le lui avait demandé; l'électricité est installée au Vatican; elle est le mode d'éclairage du Palais Apostolique. C'est trop simple et trop naturel pour qu'on puisse s'en glorifier. Mais enfin, il faut le dire.

Encore une fois, l'Eglise ne s'oppose en rien ni jamais à l'étude, qui est l'exercice légitime de la première des facultés de l'homme, l'intelligence. Elle en attend toujours avec joie les résultats, les suites et les conséquences. Elle ne les écarte qu'autant qu'elles sont folles et désordonnées; la foi, ou l'enseignement divin restent son principe directeur.

Par là même, vous voyez quel est, au point de vue qui vous préoccupe, le caractère de l'Encyclique sur les doctrines des Modernistes.

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Message  gabrielle le Jeu 29 Avr 2010 - 18:19

III
l'Encyclique sur les doctrines des
MODERNISTES

L'Encyclique définit ces doctrines. C'est la première fois, si je ne me trompe, qu'elles sont exposées dans leur ensemble, avec cette précision et d'après leur logique propre. Jusqu'ici, ni théologien, ni philosophe, ni apologiste, ni même moderniste, n'en avait, malgré de quotidiennes polémiques, donné l'état, la suite, le tableau. Je n'ai pas à rechercher à qui chacun des traits de ce puissant dessin s'applique, puisque la pensée de l'Eglise à l'égard de l'étude méthodique et rationnelle est le point précis qui vous inquiète. Que cette peinture ait du relief, soit vivante et frappe vivement l'esprit, c'est ce que tout le monde indistinctement reconnaît et que beaucoup admirent.

Or, vous remarquerez tout de suite qu'il y a tout une catégorie de savants dont l'Encyclique ne s'occupe en aucune manière; ce sont les chimistes, les physiciens, les astronomes, les mathématiciens, ceux, en un mot, qui s'appliquent comme tels à l'étude des sciences physiques, naturelles, mathématiques. Leurs travaux en chacune de ces matières n'arrêtent point la pensée de Pie X, et les découvertes modernes n'entrent pour rien dans les doctrines des Modernistes, échappent à la trame de l'Encyclique. Les savants, leurs admirateurs, le public qui bénéficient de leurs expériences ne sauraient se plaindre. Les émules de Pasteur et de Cauchy peuvent aller librement dans ces sentiers, ces routes, ces grandes avenues où la foi se meut à l'aise. Noble voyageuse, elle n'y est pas attaquée.

L'Encyclique ne dit rien non plus des artis-tes, peintres, architectes, musiciens ou autres. Elle ne s'occupe pas davantage des grands constructeurs et des industriels, qui font d'étonnantes applications des sciences physiques. Tous ceux-là encore peuvent prendre le large.

Elle passe sous silence les médecins et ceux qui s'adonnent aux sciences pathologiques ; les juristes qui, avocats ou professeurs, cultivent le droit; les humanistes, qui fréquentent les lettres, y brillent, ou s'honorent simplement de les cultiver.

Vous voyez donc que l'Encyclique ne veut pas tant que cela couper les ailes; elle laisse ouvert à l'activité de l'esprit un champ vraiment vaste, trop vaste même pour un seul, serait-il un génie.

Par contre, elle parle, et même assez longuement, du Moderniste philosophe, du Moderniste théologien, du Moderniste historien et critique, du Moderniste apologiste, du Moderniste réformateur. Ce sont les propres titres de chacune des parties principales de ce document de première importance. La raison formelle en est uniquement dans les doctrines des Modernistes qui sont d'abord définies, et d'après leur rapport direct avec l'enseigne-ment de l'Eglise, la foi, le dogme, l'inspiration de l'Ecriture, l'histoire des origines, etc. Il est manifeste que l'Encyclique ne voit que le point précis où les doctrines des Modernistes se rencontrent avec l'enseignement de l'Eglise, pour le défendre, puisqu'elle en a reçu le dépôt

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Message  gabrielle le Sam 1 Mai 2010 - 16:02

Vous avouerez, pour dire la chose en passant et sans vouloir y insister, vous avouerez que si quelqu'un a qualité et autorité pour parler en une telle matière, c'est le Pape. Il ne s'est pas fait faute de dire qu'il a voulu parler comme pasteur et pasteur universel. Dès le début même de l'Encyclique, il le déclare : « A la mission, dit-il, qui nous a été confiée d'en haut, de paître le troupeau du Seigneur, Jésus-Christ a assigné, comme premier devoir, de garder avec un soin jaloux le dépôt traditionnel de la foi, à l'encontre des profanes nouveautés de langage, comme des contradictions d'une fausse science. » La question est bien posée.

Il y a « une fausse science ; » elle porte atteinte à la foi. C'est non la science comme telle ni même comme fausse qui sera reprise, mais la fausse science parce que, fausse, elle blesse la foi, et se « taire n'est plus de mise. »

La science des Modernistes est certainement fausse, car, agnostique, elle nie que la raison puisse connaître autre chose que les simples phénomènes extérieurs, et dès lors la réduit à une faculté qui enregistre ce qui apparaît, ni plus ni moins. Elle ne peut s'élever jusqu'à l'universel; elle ne connaît que le particulier, et encore le particulier qu'est le phénomène. C'est-à-dire qu'en réalité l'agnosticisme détruit la raison, qui n'est la raison que tout autant qu'elle s'élève à la synthèse, qu'elle saisit le principe premier, substantiel et vivant. Qu'après cela, il prétende que Dieu ne peut être objet de connaissance, c'est une conséquence inévitable et désastreuse. Car elle entraine la ruine de la Religion.

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Message  gabrielle le Lun 3 Mai 2010 - 16:36

L'Aurore et la Lanterne sont obligées d'avouer que le Pape a ici plus que le droit d'intervenir. C'est son devoir. Si on ne connaît pas Dieu, comment l'adorer et que devient le culte? J'avais demandé déjà : Que devient la raison? Elle disparait, c'est-à-dire que cette fausse science détruit l'instrument de toute connaissance. Le Pape la défend, parce qu'il conserve l'instrument; le pape croit à la vraie science et la protège contre l'autre.

Cette pseudo-science, niant l'objectivité, tombe dans une condition plus que fâcheuse : elle n'est plus qu'un état d'esprit individuel, subjectif et arbitraire. Que peut-il en sortir tout au plus, si non une fabrication personnelle de la vérité, c'est-à-dire une fabrication fantaisiste, sans rapport possible à l'objet même que l'on prétend connaître, sans autre fondement que le désir, le besoin, l'intérêt de chacun.

Appliquez ce principe à la Religion. Vous voyez qu'elle, n'est que le produit des théories, des conceptions, des doctrines de chacun. C'est de nouveau la ruine de la Religion, qui se réduit à des états de conscience : Evangiles, état de conscience; Epitres de saint Paul, état conscience; grands conciles, états de conscience, et ainsi de tout; il n'y a plus de dogme fixe et immuable. Simple végétation humaine, l'évolution est sa loi. Il n'existe déjà plus.

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Message  gabrielle le Jeu 6 Mai 2010 - 17:41

Erreur bien grave; moins grave encore que celle qui consiste à dire que la foi, sentiment tout individuel, — toujours, — transfigure et défigure les phénomènes, les faits historiques, la vie des personnages, exemple la vie de Jésus-Christ lui-même, surtout celle-là. « Dans la personne du Christ, disent-ils, la science ni l'histoire ne trouvent autre chose qu'un homme. De son histoire donc, au nom de la première loi, basée sur l'agnosticisme, il faut effacer tout ce qui a caractère de divin. La personne historique du Christ a été transfigurée par la foi : il faut donc retrancher encore de son histoire, de par la seconde loi, tout ce qui l'élève au-dessus des conditions historiques. Enfin, la même personne du Christ a été défigurée par la foi : il faut donc, eu vertu de la troisième loi, écarter, en outre, de son histoire les paroles, les actes, en un mot tout ce qui ne répond point à son caractère, à sa condition, à son éducation, au lieu et au temps où il vécut. »

Etrange que tout cela. Car qui déterminera ce « caractère, » cette « condition, » cette « éducation, » ce « lieu » et ce « temps » Naturellement, celui-là même qui prétend définir la Religion, l'Eglise et son fondateur. Mais sur quoi est-ce que tout cela repose? Sur la conception de celui-ci ou de celui-là. C'est une manière tout individualiste de présenter le Christ, à l'encontre du propre texte de l'Évangile. Mais ce n'est pas de la science, c'en est même le contraire, si la science suppose démonstration ou évidence, et certitude. Aujourd'hui, on nous dit que de telles théories sont la science; demain, on mettra la science ailleurs, dans de nouvelles théories faisant oublier les anciennes. Cela ne s'appelle pas la science. Ce ne sont que des essais qui passent, ondoyants, sans appui. Ils n'ont qu'un intérêt de circonstance. Ils vivent un moment, et s'effeuillent plus vite que les roses.

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Message  gabrielle le Ven 7 Mai 2010 - 17:41

Fausse science encore que cette critique (non la critique simplement dite) qui, partant d'un a-priorisme tout philosophique, y fait plier les textes. Vous avez une idée ; elle vous paraît bonne aujourd'hui : les textes ne disent pas autre chose. Un autre jour, elle semble moins bonne, un peu sujette à caution, pas vraie même; on la remplace par une autre, dans laquelle on fait entrer les textes, les mêmes textes, qui sous le même rapport se trouvent avoir exprimé ainsi plusieurs « vérités » Il suffit d'ailleurs que le courant de la critique se modifie ou change; l'eau, se déplaçant et renouvelant les méandres, entraîne la destinée du livre sacré lui-même qui flotte au gré du fleuve.

En un mot, cette vérité dite scientifique tourne la voile à tout veut, c'est-à-dire demeure subordonnée aux variations de théories toujours en formation. La pire des prétentions, c'est que chaque conception, a-priorisme ou hypothèse, est présentée comme la chose acquise, certaine, définitive. Pour moi, je dis humblement que ma raison répugne; à voir dans ces essais souvent contradictoires la vraie science, le savoir qui tient, le travail qui reste et dont les résultats vont devenir acquis.

Les ailleurs de tels essais, je répète cette expression en parlant par euphémisme, ne se piquent pas de modestie en les présentant. Ils prétendent régenter la loi, après avoir posé comme principe l'indépendance absolue de la critique, afin de faire croire à ses oracles. Sérieusement, peut-on s'étonner que le Pape les dénonce? Aujourd'hui, chacun qui écrit, discute ou pense, se pose en théologien, sans avoir beaucoup étudié la théologie. Ces prétendus maîtres de la pensée l'ignorent, mais ils l'asservissent, et c'est sans doute parce qu'ils l'ignorent qu'ils l'asservissent. Et le Pape serait le seul qui ne pourrait parler? Un réalité, en rappelant, connue il vient de le faire, le caractère divin de la la Révélation, il a rendu plusieurs éminents services. D'abord, il a dit que la parole divine ne peut être la servante de la science humaine; au contraire; celle-ci doit s'incliner devant elle. En fait, elle trouve aussitôt en elle un objet profond d'études, de déductions, de travaux d'analyse ou de synthèse. Conséquence immédiate : Pie X a protégé la raison contre ses défaillances, ses erreurs, ses excès; il la rendue à elle-même. Il a écarté la fausse science, mais afin de mieux ouvrir la voie large à la vraie science et de rendre plus libre le noble exercice de la raison.

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Message  gabrielle le Dim 9 Mai 2010 - 16:31

Donc l'étude, donc le travail de l'esprit, donc une activité nouvelle pour suivre et analyser par exemple l'histoire de la doctrine, de chaque dogme en particulier. La théologie positive suffira longtemps encore à occuper l'activité studieuse des meilleurs; elle fournira de riches matériaux à la théologie scolastique.

Et ici, ne vous étonnez pas, Monsieur le Député, que le Pape Pie X, à l'exemple de Léon XIII, impose l'enseignement de la philosophie thomiste. Elle n'est pas seulement la philosophie traditionnelle ; mais encore et surtout par sa théorie de la connaissance et de l'objectivité, elle donne, à la raison son objet ; par là même, elle la raffermit; elle tend à perfectionner l'outil.

L'Encvclique de Pie X va rendre, l'instru-ment meilleur. Voilà comment, au lieu d'atteindre la science vraie, elle la défend, la protège et la soutient. Pie IX l'avait fait déjà; le Concile du Vatican le lit à son tour; Léon Xlll ne négligea point ce devoir; au contraire, il l'accomplit avec vaillance et grandeur. Pie X est dans la tradition. Encore un coup, on verra au premier jour non seulement que la raison et la loi ne sont pas opposées, mais encore que la foi est la sauvegarde de la raison et favorise plus que rien les bonnes et fortes études.

Je crois qu'il nous faut de fortes études après l'activité sans frein du dernier siècle.

Permettez-moi d'appuyer sur ce point en finissant celle trop longue lettre.

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