LES TREIZE PAUVRES DU JEUDI-SAINT AU VATICAN

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LES TREIZE PAUVRES DU JEUDI-SAINT AU VATICAN

Message  gabrielle le Lun 29 Mar 2010 - 15:52

LES TREIZE PAUVRES DU JEUDI-SAINT AU VATICAN


Cette photographie curieuse, et qui est rare (1), représente le costume que revêtaient les treize prêtres auxquels, avant 1870, le Pape lavait les pieds au Vatican en une grande cérémonie qui s'appelait le lavement des pieds ou le Mandatum. Sans la décrire, disons-en cependant assez pour expliquer notre titre.

Il serait difficile de dire quand a commencé le lavement des pieds; les anciens Ordos romains en parlent et disent qu'il se faisait dans la basilique de Saint-Laurent ad Sancta Sanctoram si le Pape habitait le Latran, ou dans le monastère de Saint-Nicolas ou celui de Saint-Martin, si le Pape faisait sa résidence à Saint-Pierre. Dans l'Ordo XII de Cencio Camerario, depuis pape sous le nom d'Honorius III (1216-1227), on lit que le Pape faisait deux lavements des pieds : un après la messe, à douze sous-diacres, et un autre après le dîner, à treize pauvres. Puis, comme ces cérémonies prenaient beaucoup de temps dans une journée déjà très chargée d'offices liturgiques, elles furent fondues en une seule.

Dès Sixte IV, en 1471, l'usage était de faire le lavement des pieds à treize pauvres, et on peut se demander le pourquoi de cet usage, puisqu'il n'y avait que douze apôtres à la Cène. Chacun a voulu donner à ce sujet son opinion, car la raison historique de cette coutume se perdait dans la nuit des temps. Pour les uns, le treizième pauvre représente sainte Marie-Madeleine; pour d'autres, saint Mathias, ou mieux, saint Paul apôtre, à cause de la grande vénération qu'a pour lui l'Eglise romaine, et comme avec saint Paul il y a vraiment treize apôtres et non douze, on voit la raison de cet usage. Quelques-uns y ont vu le propriétaire du triclinium où se fit la Cène, mais on se demande sur quoi se fonderait cette opinion, car le maître du triclinium fut absent de la Cène, au moins d'après le récit de l'Evangile, et n'apparaît que pour indiquer aux deux apôtres envoyés par le Maître dans quelle salle il fallait préparer le repas.

La raison d'être du treizième pauvre se retrouverait dans le nombre des apôtres, qui atteint vraiment le nombre 13; toutefois, il semblerait peut-être plus exact d'en chercher le motif dans un fait que l'on rapporte de saint Grégoire. On sait que ce pape donnait chaque jour à dîner à douze pauvres qu'il servait lui-même. Un jour vint un treizième, qui fut quand même admis; c'était un ange sous un habit de pauvre. D'où l'usage qu'observèrent nombre de Souverains. Pontifes de donner chaque jour dans une des salles de leur palais à manger à treize prêtres pauvres, dont six envoyés par les paroisses de Rome, et six par la Trinité des Pèlerins, et un treizième par surcroît. Léon XII ne manquait jamais à ce pieux usage. On comprend fort bien qu'il ait pu donner naissance au nombre de treize pauvres auxquels le Pape lave les pieds le Jeudi-Saint.

Ces pauvres sont maintenant des prêtres, de par un décret d'Alexandre VII de 1656, qui admet cependant des diacres, pourvu qu'ils soient d'outre monts. Auparavant on admettait prêtres, diacres et sous-diacres. Ils sont choisis par certaines personnes déterminées qui ont obtenu ce droit du Souverain Pontife, et le Mercredi-Saint se présentent au palais apostolique où un employé les visite et leur lave et nettoie les pieds. Le lendemain ils se présentent au bussolante sotto-gaardaroba, qui les revêt d'un costume assez compliqué que voici et dont la gravure donnera une idée plus compréhensible. C'est une tunique ou soutane de laine blanche, des bas de même avec des souliers en cuir blanc. La ceinture est un large ruban de soie. Ils ont ensuite une cappa avec capuchon blanc qui s'agrafe sur la poitrine par le moyen de boutonnières, et pour coiffure un haut béret cylindrique terminé par un flot, le tout en laine blanche. La doublure de la cappa et les parements de la tunique sont en soie blanche. Une fois ainsi revêtus, ils entendent la messe du bussolante sous-garde-robe qui leur donne la communion, et les accompagne ensuite à l'heure dite pour la cérémonie du lavement des pieds. Il semble que leur habit blanc soit le symbole de l'innocence qu'avaient les apôtres à ce moment puisque Notre-Seigneur leur dit: « Vous êtes purs mais pas tous. »

Le Pape, après avoir déposé la chape, prend un tablier blanc (grémial), se met à genoux devant chaque pauvre, leur lave le pied droit, l'essuie avec un linge et le baise. Je passe sur l'étiquette avec laquelle se fait cette cérémonie, dont tous les détails sont minutieusement réglés par les cérémoniaires du palais apostolique. Par exemple, on présente au Pape treize essuie-mains, un pour chaque pauvre; c'est le sous-diacre d'office qui soutient le pied du pauvre pendant que le Pape le lave, etc.

Après avoir embrassé le pied du prêtre, le Pape prend dans un grand bassin d'argent un petit bouquet de fleurs fraîches qu'il lui donne. Puis le trésorier pontifical remet à chaque prêtre deux médailles, l'une d'or et l'autre d'argent, frappées pour cette cérémonie. Ces médailles sont de la grandeur d'un demi-écu romain — plus grand par conséquent qu'une pièce de 2 francs. D'un côté on voit le buste du Pape en mozette et étole, ou en chape, et de l'autre Notre-Seigneur lavant les pieds à saint Pierre, avec ces mots en exergue « Ego Dominus et Magister exemplum dedi vobis »Voilà, fort en abrégé, la cérémonie du lavement des pieds, qui était suivie d'un repas servi par le Pape, cérémonie que les événements de 1870 on fait disparaître du Vatican avec tant d'autres qui auraient heurté le deuil dans lequel s'est enfermée l'Église après la prise de Rome et dont les conséquences ne semblent pas près de finir.




(1) Cette photographie représente M. le chanoine Zéphirin Blanchard, qu'on appelait tout court le P. Zéphirin. Il fut longtemps supérieur de Notre-Dame du Laus, puis supérieur du Grand Séminaire de Gap, enfin vicaire général de Mgr Jacquenet, évêque de Gap (1881-1884), puis d'Amiens (1884-1892), et il mourut chanoine titulaire à Gap, il y a une vingtaine d'années. Le costume bizarre où il se montre est celui que revêtent les prêtres qui figurent comme apôtres au lavement des pieds à Rome par le Pape, le Jeudi-Saint. Il fut admis à cet honneur dans un voyage qu'il dut faire à Rome sans doute avant 1870. M. Blanchard était l'oncle de l'archiprêtre actuel du Monétier-de-Briançon.









Dr Albert Battandier
Rome, 1913.
http://www.liberius.net
COUTUMES ROMAINES

gabrielle

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