L'assistance de Marie

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L'assistance de Marie

Message  Diane le Mer 30 Sep 2009 - 16:38

L'assistance de Marie



Le 28 janvier 1661 sur le soir, trois Français revenant de chasser l'orignal, atteignent la rive du Saint-Laurent, à une lieue au-dessus de Québec. Leur intention est de traverser le jour même. Mais le vent souffle bien fort et le courant charrie à plein fleuve des glaçons qui rendent le passage très dangereux. En outre, le canot est vieux et la nuit approche.

Le plus âgé des trois propose d'attendre au lendemain ; les deux autres, deux frères, plus impatients, veulent tenter l'aventure sans retard, confiants qu'ils sont dans leur coup d'oeil pour trouver les espaces libres, et leur bonne fortune. Le premier doit donc céder malgré lui. Alors, plein de foi, il implore l'assistance de la Vierge, lui recommande sa vie, et entre dans le canot avec la prévision d'un naufrage certain.

Profitant d'une éclaircie, nos chasseurs poussent la barque au large, saisissent vigoureusement l'aviron, et en avant ! Ils ont à peine ramé quelques instants qu'ils voient les glaces recouvrir leur sillage, tourner autour d'eux, puis les cerner de toutes parts. La marche du canot se fait de plus en plus difficile. Aucune issue possible. D'immenses glaçons se rapprochent de tous côtés, se bousculent, plongent sous les eaux pour réapparaître plus loin, menaçant à chaque instant de broyer ou de renverser la frêle embarcation. Tout occupés à se garer contre les chocs trop violents, nos navigateurs s'en vont désormais à la dérive. Le courant a beau les éloigner du bord, nulle voie ne s'ouvre pour atteindre le côté opposé et le cercle de glace se resserre à vue d'oeil.

L'illusion de nos hommes tombe rapidement. Tous trois, n'ont bientôt plus qu'une pensée ; se préparer à bien mourir. En effet, un bloc de glace qu'on n'avait eu ni le temps de devancer, ni la force de retenir, prenant la barque par flanc, la soulève, puis lentement presque délicatement la fait chavirer. L'un des voyageurs est à la nage. Les deux autres — les deux frères — plus habiles, ont saisi les extrémités du canot, le plus jeune, engourdi par le froid, et sentant les forces lui manquer, s'écrie : « Je n'en puis plus ; adieu mon pauvre frère ! Seigneur, Jésus, pardonnez-moi mes péchés et recevez; mon âme. » Et il disparaît.

Son frère, plus robuste, est parvenu à se hisser sur un glaçon d'où il appelle au secours. Hélas ! nul n'en¬tend ses plaintes sur le rivage si peu habité et, la glace se brisant bientôt sous lui, il est à son tour englouti dans les flots.

Le troisième qui a invoqué Marie au départ a déjà éprouvé d'une façon merveilleuse l'assistance de sa céleste mère. Précipité, lui aussi, dans les flots, il s'est à peine débattu un instant qu'il sent quelque chose pour s'appuyer les pieds. C'est un glaçon apparemment, mais si petit qu'il semble ne devoir pas tenir sous le poids du naufragé. Celui-ci n'en persiste pas moins à voir dans ce fait inattendu la protection de la Reine du ciel. De nouveau, il remet sa vie entre ses mains maternelles, puis, plein de courage, il concentre son attention à conserver l'équilibre sur la précaire et mouvante embarcation.

Croyant toujours que des bords on l'entendrait peut-être, il appelle au secours avec plus de force que jamais. Mais sa voix se perd dans la rafale et le bruit des glaces qui se froissent et se précipitent autour de lui. La nuit est maintenant complète. Les heures se succèdent longues comme des jours et emportent une à une les dernières espérances que le naufragé pouvait encore conserver du côté de la terre.

Le courant l'avait déjà entraîné en bas de Québec, et très loin du rivage. Comme animé d'une force surhumaine, le malheureux peut néanmoins garder durant quelques heures sa difficile position. Mais, à un moment, il n'y tient plus : ses pieds sont engourdis et ses forces épuisées. Il va s'abandonner lui-même, quand, une fois encore, il lève ses yeux vers le ciel pour invoquer Marie. Cette bonne Mère l'avait elle donc conservé jusque-là pour le laisser périr après tant de souffrances et d'efforts ? Non, elle entendra la voix de son fils affligé.

Chose prodigieuse ! voici qu'un nouveau bloc de glace l'atteint doucement, comme un siège qu'une main aurait approché. Sans avoir perdu son premier point d'appui, notre homme se trouva alors commodément assis sur le nouveau venu, et malgré son épuisement physique, il sent plus que jamais l'espoir renaître dans son âme.

Dieu seul, cependant, sait d'avance où doit finir l'épreuve de son serviteur. Tant qu'il avait lutté pour se tenir en équilibre, l'infortuné avait moins souffert du froid qui le pénétrait de toutes parts et de l'eau qui le glaçait.

Assis, le froid, la lassitude, le besoin de dormir s'emparèrent aussitôt de tout son être. Un moment d'oubli peut le faire glisser dans les flots au fond de l'abîme. Déjà il ne sent plus la vie dans ses membres engourdis. En vain redouble-t-il ses cris et ses prières à haute voix pour se tenir en éveil, il n'en peut plus, il va céder au sommeil de mort qui l'envahit.

Ο bonheur ! un bruit de voix et de canot secoue à ce moment sa torpeur. C'est un brave colon de l'île d'Orléans qui vient à son secours et peut encore le recueillir sain et sauf après tant de dangers extrêmes.

L'auteur qui nous a conservé le récit de ce fait, ajoute alors que le pauvre naufragé, dans le transport d'une joie délirante, n'eut rien de plus pressé que de se faire aussitôt, de ces blocs de glace, une chaire de prédicateur et de publier bien haut, à la gloire de Marie, les merveilles de sa délivrance.






(A. D., Le messager canadien du S. C, 5, 1907.)
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