DIEU ET LE DÉSIR HUMAIN

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Message  Monique le Mar 25 Aoû 2009 - 5:15

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

La moralité représente le sens même de la vie, et la direction ainsi marquée nous montre Dieu aux deux bouts de la trajectoire : au départ pour déterminer le chemin, à la fin pour clore la perspective. Cette seule considération pourrait suffire, car elle sous-entend tout ce qu'enveloppe notre activité. Action morale, action raisonnable, action humaine, ce sont là trois termes synonymes.

Mais puisqu'il est des actes de l'homme qui oublient d'être humains, des actes de raison qui ne sont pas raisonnables, il y a intérêt à généraliser et à considérer ce qui concerne non plus précisément le caractère moral de nos actes, mais leur dynamisme original, le désir qui les provoque et les justifie, ce finalisme particulier que nous avons montré déjà, greffé sur la finalité générale du monde, mais n'avons pas défini quant à sa forme et quant à son ampleur.

Ici encore, l'idée de Dieu va se présenter comme seule explication et comme inéluctable exigence. On peut même dire que ce point de départ est privilégié, en ce qu'il n'autorise aucune fin de non-recevoir préalable.

Nul ne peut dire : cela ne me concerne point, ou : cela ne m'intéresse point. L'homme ne peut échapper à l'homme, et ce qui constitue l'homme en son fond, comme être doué d'activité, ne serait-ce pas le désir ?

Nous voulons vivre ; nous voulons élargir notre vie : voilà le fond de nous ; voilà ce qu'on exprime d'un mot quand on parle du vouloir-vivre.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Mer 26 Aoû 2009 - 17:39

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Il y a là cependant deux faits, dont la signification est pour nous presque également importante. Nous les examinerons tour à tour, considérant : le vouloir-vivre en lui-même, avec le caractère illimité qu'il affecte ; le [contenu du vouloir-vivre et l'amplitude indéterminée de ses objets. Question de durée, question de satisfaction ou de béatitude : c'est le double aspect de l'étude analytique du désir.

La « brièveté de la vie ».

Que pensons-nous de la vie quant à sa durée ? Intellectuellement, rien n'empêche que nous ne déclarions cette durée normale, eu égard à notre constitution physique et aux conditions du milieu où nous sommes placés.

On peut même dire, tenant compte de la relativité de toute mesure : la durée de la vie humaine est quelconque, presque nulle, presque infinie, selon le terme auquel on la compare. On calcule maintenant des durées qui sont à une seconde ce qu'une seconde est à un millier de siècles : au regard de ces durées-là, nous sommes des éternels, et nous sommes des éphémères si l'on songe à une vie d'étoile ou aux métamorphoses d'une nébuleuse spirale.

Mais de telles considérations, tout objectives, ne tiennent pas compte de ce qui se passe en nous ; elles négligent ce fait intérieur, objectif aussi à sa manière, sur lequel, présentement, nous voulons fonder. La nature nous fait vivre, et elle nous pousse vers la vie par l'instinct de conservation : voilà le fait qui nous intéresse. Cela ne nous est point particulier ; tout être essaie de se maintenir dans l'être et se raccroche quand il est menacé. Mais ce vouloir revêt en nous une forme spéciale, et l'on doit se demander si cette forme ne serait pas révélatrice par rapport au milieu où nous prenons origine, sachant que ce milieu n'est pas moins qualifié par l'élan qu'il communique à ses créatures que par l'être qu'il leur octroie.».


A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Ven 28 Aoû 2009 - 4:34

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Qu'en est-il véritablement ? Quelle est, lorsqu'il s'agit des hommes, la signification naturelle du vouloir-vivre ? Exprime-t-il simplement la courbe vitale qui va de la naissance à la mort physique ? Mais il aurait alors des bornes correspondantes et se contenterait de ce cycle fermé, dût l'ampleur s'en accroître assez pour satisfaire un vœu raisonnable.

Or une telle correspondance est-elle observée ? Trouve-t-on normale la durée de l'existence humaine ? Si oui, d'où vient que tout homme, à toute époque, à tout âge, parle de la brièveté de la vie ? N'est-ce pas un lieu commun ? Quand on y regarde, on s'aperçoit que l'expression « brièveté de là vie » n'est même pas correcte. Ce qu'on veut dire, ce n'est pas brièveté, mais caducité, et la portée en est bien autre.

S'il s'agissait de brièveté, le jugement se rapporterait à une durée normale qui n'aurait pas été atteinte ; le jeune homme enlevé prématurément provoquerait un regret justifié ; l'homme d'âge pourrait demander un sursis ; le vieillard de La Fontaine gémirait Une fois, deux fois, dix fois ; mais à la fin viendrait pour tous l'heure opportune.

Or cela ne répond point aux faits. On se résigne ; il faut bien, et il arrive qu'on prétende vouloir hâter l'heure, qu'on la hâte effectivement ; mais se résigner et renoncer, ce n'est pas être satisfait. Nul mortel n'envisage la mort comme une chose normale, lors même qu'il le dit. Si, le disant, il parle en physicien, en naturaliste, il a raison : rien de plus normal que la mort, pour un composé instable en évolution, pour un individu représentant d'une espèce qui a besoin de sa matière pour des créations neuves. Mais ne sommes-nous que cela ?


A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Lun 31 Aoû 2009 - 21:33

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

S'il en était ainsi, le désir naturel, qui répond à l'élan vital, devrait en être d'accord. Il ne l'est point. Le naturaliste qui écrit : la mort est normale, ne le croit point pour son compte. Quand, au lieu de s'envisager lui-même comme objet de sa science, il écoute sa conscience, il tient le langage de tous.

Nous savons qu'il y a la mort, mais nous ne le croyons pas ; à plus forte raison n'y consentons-nous pas, alors même que nous nous y précipiterions comme vers un moindre mal, remède affreux d'une plus affreuse existence.

Bien mieux, ceux-là résistent le plus à la mort qui en auraient le moins de raison, si la mort était pour la vie d'un humain une conclusion régulière.

On l'a observé depuis longtemps, les jeunes gens tiennent moins à la vie que les vieillards ; ils la sacrifient plus facilement, comme s'ils n'avaient pas encore pris conscience de ce que c'est que la perdre.

Vieillards à leur tour, ils se cramponnent ; tout leur paraît subordonné à la conservation de cette pauvre flamme; ou s'ils y renoncent, c'est par générosité, par abandon mélancolique, par désespoir, non par une acceptation de la nature profonde.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Mar 1 Sep 2009 - 17:48

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Au point de vue de la nature en nous, de la nature qui nous crée et nous actionne, la mort est un scandale. Elle n'est innocente que le jour où elle apparaît comme un simple incident d'une vie immortelle. Nous sommes en marche vers tout autre chose que cette fin-là.

L'impulsion que nous avons reçue, physique quant au corps, mais spirituelle dans notre esprit, ne nous semble pas pouvoir être épuisée par un choc physique. Et nous avons beau avancer, nous ne sentons pas que nous ayons accompli fût-ce une part de la route. Notre âge, c'est pour les autres ; en nous-mêmes, nous nous sentons éternels.

N'est-ce pas ce qu'exprime, au livre de Joseph, le patriarche Jacob, dans sa conversation si touchante avec le Pharaon ? « Les jours des années de mon pèlerinage sont de cent trente ans ; les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais. » Peu nombreux ! voilà pourtant un âge respectable. On le trouve dérisoire, et fût-il accru d'une quantité quelconque, le terme n'en serait pas moins étonnant et importun pour celui qu'il viendrait surprendre ; car en réalité nous ne nous plaignons pas de ce qu'il vienne prématurément, mais de ce qu'il vienne ; nous ne nous plaignons pas de mourir vite, nous nous plaignons de mourir.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
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Message  Monique le Ven 4 Sep 2009 - 3:50

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Tout ce qui doit finir n'est rien : voilà ce qu'il y a au fond de nos plaintes. Tout ce qui tend à zéro est zéro, car tout mouvement se caractérise par son terme. Quand un corps chaud tend à devenir froid, nous disons qu'il se refroidit : quand un homme s'avance vers la mort, nous devons dire qu'il se « refroidit » lui aussi, qu'il meurt. Et c'est ce que disent les hommes qui réfléchissent. « Je meurs chaque jour », écrit saint Paul, et c'est-à-dire : ma vie est une mort continue.

Saint Augustin, Bossuet, Pascal, Bourdaloue ont développé ce thème. Les physiologistes le reprennent à leur façon. « Le but de la vie est une cadavérisation », dit l'un d'eux (Jules Soury). C'est un travail de mort qui constitue proprement notre vie, explique Claude Bernard : « la vie, c'est la mort » ; car c'est un mouvement de perpétuelle désorganisation, corrélative à une génération perpétuelle.

A chaque pulsation de la vie, nous sommes suspendus sur le vide. Nous courons après l'être et nous le traversons sans cesse, mais sans nous y fixer jamais. Et c'est pour cela, au fond, que nous pouvons le perdre. On ne sort de l'être que pour n'y avoir jamais été installé, de même qu'on dit : perdre un ami, c'est ne l'avoir jamais eu.

Bref, notre vie, limitée à ce temps, ne contient pas ce que naturellement, instinctivement, nous appelons vivre. Suivant l'état de notre esprit et le stade de nos méditations, nous disons : Je vis !



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Sam 5 Sep 2009 - 4:02

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

N'est-ce pas pour cette raison que l'humanité a demandé aux philosophies, aux religions, de prolonger pour elle, à tout prix, cette existence caduque ? On a tout accepté, comme survie : séjour dans les tombeaux, vie errante dans les airs, exil des astres lointains, retour dans d'autres corps, dans des bêtes, dans des plantes, tout, pourvu que la flamme de la vie ne fût pas éteinte et que l'aspiration de notre être à une vie indéfectible ne fût pas trompée.

L'incroyance fait de grands efforts pour démontrer que la foi des peuples en une autre vie n'est qu'une foi tenace en cette vie-ci. Sans doute ! Si cette vie continuait toujours, on pourrait bien lui demander de s'élargir — à cela nous reviendrons ; mais on n'en exigerait pas une autre.

Ce qu'il y a dans le fait que nous analysons, c'est le refus de mourir, c'est l'étonnement en face de ce qui nous paraît une erreur énorme. Le remède importe peu ; qu'on le déclare illusoire ou qu'on le découvre absurde, cela ne prouve que mieux à quel point nos instincts sont puissants.

Nous croyons à la vie ; nos conceptions spontanées l'éternisent ; nous prêtons malgré nous cette éternité à tout ce qui nous paraît s'identifier avec la vie au titre de motif essentiel ; en raison de quoi, comme l'observe Fichte, nous ne pouvons rien aimer si nous ne le considérons comme éternel. Tel est le fait dont il s'agit de tirer les conséquences, après avoir constaté qu'il ne nous appartient pas, qu'il est en nous un fait de nature antérieur à nos délibérations, à nos réflexions, et qu'il est donc attribuable au milieu total d'où notre être émerge et où il demeure plongé.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
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Message  Monique le Dim 6 Sep 2009 - 4:03

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications insuffisantes.
Une fois de plus nous retrouvons ici les conceptions ci-dessus évoquées à propos de la vérité et à propos de la vie morale. Notre instinct de pérennité est emprunté en effet à notre milieu, nous dit-on, mais c'est à la vie sociale, dont la durée dépasse la nôtre, à l'univers physique, dont les forces ne périssent point (1).

Sérieusement, peut-on retenir des explications si peu pertinentes ou si courtes ? Que la matière et la force se conservent indéfiniment — ce qui signifie qu'on ne leur connaît pas de terme — qu'est-ce que cela fait aux propriétés de l'esprit ? Dans cette éternité multiforme et perpétuellement mouvante, on peut trouver l'explication de nos changements, non celle d'un instinct de pérennité qui qualifie notre être.

Quelle ironie, de venir dire à un humain angoissé de périr : consolez-vous, la matière et la force sont éternelles !

L'appel à la société est plus sérieux ; mais c'est ici que l'ampleur de la vision nous paraît manquer au point d'enlever toute valeur à la thèse. Nous reconnaissons que le fait social intervient comme cause et comme facteur interné dans notre conception de la durée humaine. Nous nous sentons solidaires des générations ; nous espérons nous prolonger quelque peu en elles, et avant cela, ce sont les générations précédentes qui, par l'éducation, nous ont initiés à cette perpétuité relative, sur laquelle nous comptons.


(1) On sait que M. Bergson a donné de ce fait et d'autres sur lesquels nous nous appuyons une interprétation originale, sous le nom d'instinct de fabulation. Mais il insiste à dire qu'il ne s'agit d'expliquer ainsi que les fausses immortalités, non la vraie. Et au surplus, la nature à qui il attribue cet instinct n'est pas le milieu purement physique de nos incroyants, elle est de forme spirituelle et se rattache à Dieu.

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Message  Monique le Mar 8 Sep 2009 - 5:11

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Mais si telle est l'histoire de nos conceptions et leur contenu partiel, reste à en critiquer la nature, et à voir si leur origine ne serait pas transcendante à la société, transcendante à l'individu que la société informe et explique, tellement que, voyant là notre humanité en son essence première, qui est donnée au groupe comme à l'individu, on se trouve obligé de remonter plus haut pour trouver la source.

Comment la société inculquerait-elle à l'individu, soit héréditairement, soit par éducation, un sentiment de pérennité qu'elle-même ne possède point, à moins qu'elle ne le lui emprunte ? La société n'est pas immortelle, et elle le sait bien. Physique par ses origines, elle est physique de sa nature et ne vit, elle aussi, que d'une perpétuelle mort. Elle est appelée à disparaître un jour, bien avant la planète s'il est question de l'humanité en son ensemble, et encore beaucoup plus tôt en ce qui concerne tel ou tel groupe, si vivace qu'il soit.

Dès lors, l'instinct que nous analysons ne peut pas être expliqué par la vie sociale, car il la dépasse à la fois par sa signification et par ses visées. Elle n'a pas pu le produire ; elle n'est pas apte à le satisfaire. Nous assurât-on d'une durée égale à celle d'une patrie, d'une humanité, d'un univers astral, d'un soi-disant tout que la durée mesure, nous savons bien que cela ne nous satisferait pas. A la fin, comme dès maintenant par anticipation d'un avenir où facilement la pensée nous transporte, nous redirions avec Jacob : Les jours de mon pèlerinage ont été de X années ; les jours de ma vie ont été courts et mauvais.

« Mauvais », nous reverrons cela ; mais « courts », certainement, du seul fait qu'ils finissent ; car ce qui finit non seulement est court, mais n'est rien.



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Message  Monique le Mer 9 Sep 2009 - 5:02

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications insuffisantes.
Si l'humanité doit mourir, virtuellement elle est morte. Si l'univers n'est que recommencement de choses périssables.

L'astre est une étincelle et le siècle un instant. Lui aussi, l'univers, est un mort qui s'évertue à renaître et à, de nouveau, mourir.

Qu'on ne prétende donc pas tirer de ce monceau de cadavres ce qui en nous appelle la vie, y croit et s'y accroche, jugeant toute fin d'une créature raisonnable une catastrophe incompréhensible, une contradiction.

Etre, ou bien n'être pas, telle est la question. Elle se pose en ces termes crus, absolus, sans que nulle demi-mesure la résolve.

Notre sentiment de la vie s'adresse à la vie tout court, à la vie sans addition de quantité, longue ou brève. Ce n'est pas à un lambeau, à une participation passagère, à une « ombre » que nous lançons un appel, c'est à l'être, à l'être fixe, indéfectible. A quoi cela tient-il ?



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Message  Monique le Sam 12 Sep 2009 - 4:12

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
Cela tient au caractère de fixité, d'universalité, d'abstraction de la matière que revêt notre pensée elle-même.

Nous avons étudié ce cas. Nous en prendrons un sentiment plus net en comparant ce qui se passe chez l'homme doué de raison et chez l'animal ou l'homme organique.

La vie organique, c'est la mort, nous a dit Claude Bernard, en ce sens qu'elle est une dépense perpétuelle non d'une richesse surajoutée, mais de notre être même. C'est la démolition partielle, pour l'action, de l'échafaudage vital que, vite, la nature reconstitue pour qu'il s'effondre encore.

L'animal est soumis tout entier à cette loi de succession ; sa conscience même y est entraînée, variant à chaque instant, évoluant avec le fond de son être. Il connaît les objets, les désire et s'y précipite ; mais il ne sait ce que c'est qu'objet, ou désir, ou action. Il vit et ne sait pas ce que c'est que la vie. Le désir qu'il en a ne saurait donc, comme chez nous, s'abstraire du temps et de l'espace. C'est un désir fugace, qui s'adresse à l'objet du moment, puis meurt et renaît en face d'un autre objet également fugace. Ce que veut l'animal, c'est de ronger son os, d'achever le repas ou le travail commencé et de dormir tranquille, ce n'est pas de vivre, ne sachant ce que c'est que cela.

Il s'ensuit que l'animal, quand il meurt, n'est nullement frustré dans un désir qu'il ignore. Il meurt comme une chose. Son désir s'adressait à des objets isolés ; en face du dernier, il défaille : il n'y a pas de rupture ; il n'y a pas de contradiction opposée à une réalité toute inconsistante ; il n'y a pas de violence faite à un désir naturel qui ne se jugeait pas. Comment offenser, en lui disant : tu mourras, l'être qui ne sait s'il vit ?



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Message  Monique le Lun 14 Sep 2009 - 22:32

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
Quand il s'agit de l'homme, il en va tout autrement. L'homme pense, c'est-à-dire abstrait, et par là échappe au temps à la fois pour ses conceptions et pour les volitions qu'elles suggèrent. A travers les objets qui le tentent, il perçoit la notion d'objet, de valeur, de bien ; à travers les réalités multiples de la vie, il atteint l'idée une de la vie, et c'est parce que la vie envisagée ainsi lui apparaît comme un bien, qu'il s'y jette de toute la force de son vouloir et s'y acharne. S'il la rejette sous une forme, c'est parce qu'il y est attaché sous une autre. S'il la fuit, c'est encore pour la retrouver. Le pendu de Pascal ne cherche le non-être que par amour de l'être, et parce que l'être auquel il renonce l'a déçu. « La fuite du mal s'offre à la raison comme un bien », dit saint Thomas d'Aquin ; le rejet de la vie peut jouer dans la pensée le rôle d'une meilleure vie.

On doit donc dire qu'en l'homme, en tant qu'il est pensant, il y a un désir de vie entièrement distinct de celui de l'être inférieur ou de celui que provoque sa propre vie matérielle. Et si l'on se souvient qu'il s'agit là d'un fait naturel, non d'une création individuelle peut-être illusoire, l'on est invité à en rechercher la cause.

On remarquera que nous ne posons pas ici la question de l'immortalité. Effective ou non, la vie immortelle est représentée en nous par quelque chose d'effectif à sa façon : une impulsion innée, un élan de nature. Au vrai, le désir que nous en avons contient en soi, d'une certaine manière, son objet ; en tout cas il y touche. Il s'y joint comme à un double prolongement de lui-même : en arrière pour y trouver son explication causale ; en avant et au-dessus, pour avoir une raison d'être et une fin.



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Message  Monique le Jeu 17 Sep 2009 - 22:09

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
Considérons de nouveau la vie animale ; elle va nous fournir cette fois une assimilation, au lieu d'un contraste. L'animal a faim : c'est un désir organique, comme le vouloir-vivre humain est un désir d'ordre spirituel.

Or, pourrait-on prétendre que l'envie de manger puisse être sans objet ? Elle peut être frustrée ; elle l'est souvent ; mais elle ne peut être vaine. Il est matériellement impossible qu'il y ait un animal, qu'il ait faim, et qu'il n'y ait point d'aliment pour lui dans la nature. S'il n'y avait pas d'aliment, il n'y aurait pas non plus d'animal. L'aliment et l'animal poussent ensemble ; c'est dans le même milieu naturel qu'ils éclosent, et la naissance est une première nutrition, la nutrition une nouvelle naissance, une naissance prolongée.

Il s'ensuit que le milieu naturel d'où provient l'animal ne l'aurait pas produit, s'il n'avait pas de quoi le faire vivre. Il ne l'aurait pas porté jusqu'ici, s'il n'avait pas le pouvoir de le porter plus loin. N'est-ce point d'une même action, à l'aide des mêmes matériaux, sur le même patron, qu'il l'a produit et le fait vivre, qu'il a commencé son travail et qu'il l'achèvera.

Or il en va de même du désir d'immortalité. Ce désir est un produit naturel au même titre que le sujet qu'il affecte. Il nous est donné avec nous-mêmes et non pas acquis. Le fût-il, on pourrait démontrer que cela ne change rien ; mais il ne l'est pas. C'est une propriété de notre être comme pour un corps son poids spécifique ou son type de cristallisation. Il est donc nécessaire de lui trouver une cause et une signification naturelle tirée d'un objet. Le milieu total où nous sommes éclos doit être constitué de telle sorte que l'élan vers une vie indéfectible en puisse venir et qu'il le puisse recevoir. Deux preuves pour une, qu'il faut regarder encore d'un peu plus près.



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Re: DIEU ET LE DÉSIR HUMAIN

Message  Monique le Mar 22 Sep 2009 - 0:07

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
Le désir d'une vie indéfectible suppose, dis-je, à la base de notre être spirituel, une source indéfectible, s'il est vrai, comme nous le rappelions à l'instant, que tout milieu naturel est créateur, en même temps qu'il est nourricier, par rapport aux êtres ou aux tendances qui en émanent. Une tendance naturelle à l'indéfectibilité ne saurait sortir d'une source défectible.

Le désir naturel est une force qui nous projette en avant. Or, la communication de la force n'en peut multiplier l'ampleur. Un être qui tend lui-même à périr ne peut pas en fabriquer un autre qui tende à vivre une vie éternelle.

Il faut un éternel à la base de notre vie d'âme. Il faut un milieu spirituel, transcendant à tout le périssable, pour être une source suffisante à l'indéfectibilité du désir. Et comme il s'agit là de créer, puisque la substance qui désire, en nous, ne saurait être d'une nature moins haute que ses tendances et qu'elle ne peut donc se confondre avec le corps objet de la génération charnelle, il n'y a que la Source première de l'être qui y puisse suffire.

Nous rejoignons par là ce que nous avons dit des origines de l'homme. Il faut que la Divinité y préside, et qu'au premier Esprit soit allumé le nôtre comme tous les feux de la terre s'allument finalement au soleil.



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Message  Monique le Mer 23 Sep 2009 - 0:06

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
En second lieu, le milieu naturel, disons-nous, doit être nourricier en même temps que créateur ; il doit pouvoir fournir la satisfaction à qui reçut la tendance avec l'être.

Or, qu'est-ce qui peut servir d'aliment et procurer satisfaction à un désir de vie indéfectible, sinon un objet possédant, lui d'abord, la durée éternelle ?

Bien mieux, il faut qu'il la possède par soi ; sans cela, ce ne serait pas sur lui que s'appuierait vraiment le désir d'une vie immortelle. Si je m'appuie à l'épaule d'un homme qui s'appuie sur un autre, ce n'est pas cet homme-là qui me porte, c'est l'autre. Et il faut un appui dernier. De telle sorte que c'est uniquement à l'être qui possède l'indéfectibilité par lui-même, que peut s'appuyer ce désir de survie que nous disons ne pouvoir s'adresser au vide.

Or l'être indéfectible par lui-même, il ne faut pas beaucoup de détours pour arriver à dire : c'est Dieu. Nous l'avons rappelé quand nous parlions de Dieu cause du monde : être indéfectible par soi, c'est posséder la source de l'être. Et la source de l'être, n'est-ce pas ce que nous appelons Dieu ?



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Re: DIEU ET LE DÉSIR HUMAIN

Message  Monique le Jeu 24 Sep 2009 - 22:20

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
C'est là, en Dieu, que le vouloir-vivre humain trouve à se rassurer, parce que là s'affermit, avec notre être défaillant, le milieu qui l'a créé et qui le porte.

Si Dieu est l'Ame de tout et relie tout, notre âme apparentée à lui peut survivre. On échappe au sentiment de la mort dans la mesure où croît le sentiment de Dieu.

« La terreur de la mort, observe Tolstoï, ne provient pas de ce que l'homme craint la cessation de l'existence de son être animal, mais de ce qu'il lui semble que ce qui ne peut ni ne doit mourir meurt. » « La crainte de la mort n'est que la conscience de la contradiction intrinsèque de la vie. »

Mais cette contradiction peut être levée, si un principe d'immortalité apparaît quelque part dans l'être.

Nos rapports avec le monde du changement, qui est un monde de mort, ne nous suffisent pas. En Dieu éternel, lieu des esprits, la stabilisation de nos tendances est rendue possible.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Sam 26 Sep 2009 - 3:55

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I. — LE VOULOIR-VIVRE

Explications vraie.
L'affirmation de Dieu en notre conscience est une négation de la mort.

Au rebours, la négation de Dieu est une affirmation du droit imprescriptible et fatal du néant sur nous, cela en pleine contradiction avec cette volonté de vie, avec cette croyance indéracinable à la vie qui est notre être même.

Rejetant comme absurde cette dernière supposition, nous sommes ramenés à la première.

L'objet suprême auquel toute chose est suspendue par le désir, selon la pensée d'Aristote, nous apparaît une fois de plus nécessaire. Reste à voir sous quelle forme il peut être l'aliment de nos vies.

La durée n'est qu'un cadre. De quoi sera faite la destinée ?

Qu'en dit la nature, qu'en dit le désir, qui est en nous l'expression de la nature et pour ainsi dire sa gravitation ?



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Mar 29 Sep 2009 - 5:21

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Le Néant de la vie.
On connaît cette pensée de Pascal : « Tous les hommes recherchent d'être heureux ; cela est sans exception...

La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre. » C'est là une affirmation impossible à contester, mais qui n'est pas complète.

Quand on « recherche d'être heureux », que cherche-t-on en réalité ? Où cela peut-il se trouver ? Quelqu'un, jamais, l'a-t-il rencontré dans la vie actuelle ? L'y rencontrer est-il possible ? Et d'autre part est-il possible, le désir étant ce qu'il est, que son objet ne se rencontre nulle part ? Telles sont nos questions.



A.-D. SERTILLANGES, O. P.
Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Mer 30 Sep 2009 - 5:20

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Le Néant de la vie.
A en croire le sentiment universel, le bonheur, tel que nous l'entendons et l'appelons au plus intime de nous-mêmes, n'existe point ici-bas. La plainte humaine, en face du néant de la vie, complète la plainte concernant sa brièveté. « Mes jours ont été peu nombreux et mauvais », nous disait Jacob.

C'est là un sujet que nous nous garderons d'aborder en son ampleur ; il est le fond, plus ou moins apparent, de toutes les littératures, auxquelles tout esprit qu'une hallucination momentanée ne paralyse point joint sa propre expérience.

Il y a intérêt cependant à distinguer les formes principales de nos plaintes, qui me paraissent se ramener à trois.

Nous nous plaignons des contraintes extérieures, de la contradiction qui nous oppose nous-mêmes à nous-mêmes, de l'insuffisance de tout à satisfaire les exigences réelles du désir.



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Extrait du livre: ''DIEU OU RIEN'' (1930).

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Message  Monique le Jeu 1 Oct 2009 - 21:22

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
Contrainte, disons-nous. Mais d'abord, ne faudrait-il point parler d'abandon, de disproportion, d'inadaptation, par rapport au milieu où nous devons cependant vivre ? Là est le point de départ de tout.

On ne nous contraindrait pas, si nous étions en force, ou alors protégés, assurés d'une revanche prochaine.

Mais en l'absence de toute garantie, que pouvons-nous penser de notre condition ? Les premiers hommes en furent épouvantés, et ce sentiment ne fut pas pour peu dans la naissance des religions instinctives. On peut dire que les religions ont été créées avant tout par la conscience du néant et de l'isolement de l'homme, associé au sentiment vague de l'infini ambiant.

La nature, pour l'homme primitif, était assurément beaucoup plus mystérieuse que pour nous d'une certaine manière ; mais ce n'est qu'à un point de vue tout superficiel.



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Message  Monique le Sam 3 Oct 2009 - 4:40

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
Finalement, l'horreur de la nature s'accroît à mesure que nous la pénétrons davantage. L'infini se creuse en tous sens et nous laisse isolés « entre rien et tout ».

L'immensité des étendues et des durées qu'on nous invite à concevoir maintenant n'offre de plus en plus à notre âme que silence et impassibilité ; nous nous y sentons engloutis, roulés, jusqu'à nous demander parfois si vraiment nous sommes : point de convergence insignifiant dans le conflit des forces, crête de vague, interférence fugitive de rayons.

« Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini, qui le peut comprendre ? » Cette parole de Pascal peut s'appuyer aujourd'hui sur des chiffres qui donnent le frisson, sur des considérations de contingence et de fragilité de toute combinaison vitale bien propres à nous rejeter au delà même des craintes primitives.

Et pourtant, nous pensons, c'est-à-dire que l'éphémère et les immensités qui l'écrasent sont mis par nous dans la même balance, qu'ainsi nous dominons notre cas, et que l'univers, jugé par la pensée, devient tout à coup l'insignifiante chose. C'est lui qui se trouve noyé dans l'esprit qui l'étreint et le mesure. Nous pouvons le dédaigner.



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Message  Monique le Mar 6 Oct 2009 - 4:23

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
En démontrant par raison notre petitesse, nous exerçons notre grandeur. Nous humilier devant les proportions dévoilées du cosmos, c'est régner sur lui.

Qu'est-ce que cette opposition de deux aspects de vérité également authentiques ? C'est une question, que cette royauté associée à tant de misère, cette grandeur qui doit s'humilier et cette humilité qui est royale. Ne serait-ce pas le signe d'un enveloppement de tout par une souveraineté à qui notre pensée nous attache ?

Dans ce cas, tout pourrait s'expliquer ; l'isolement de la pensée dans un univers à la fois splendide et brutal ne serait plus qu'apparent ; nous aurions à qui parler ; nous pourrions partager avec quelqu'un notre vision du monde ; une parenté s'établirait entre la petite intelligence terrienne, dominatrice de droit, brimée en fait par ce qui lui est inférieur, et l'Intelligence d'où elle se sentirait procéder ainsi que tout le reste.

Notre aspiration à la liberté et au règne trouverait là son chemin, et ne faut-il pas qu'elle le trouve ? Comment concevoir dans la nature universelle une contradiction ?



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Message  Monique le Jeu 8 Oct 2009 - 5:14

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
Avant sa « conversion », Tolstoï se demandait : « Quel sens a mon existence limitée, dans cet univers infini ? » Elle n'en a aucun, si cet infini n'a pas une âme à laquelle puisse s'unir la nôtre.

Or le non-sens peut-il être le sens même de tout ? L'incohérence peut-elle subsister ? Etre seul, dans la nuit de l'univers muet, on y peut consentir par courage ; nous aurions honte de spéculer sur les faiblesses d'un cœur sentimental.

Mais n'est-il pas éminemment rationnel d'invoquer ces instincts profonds qui représentent en nous plus que nous-mêmes, qui sont la raison immanente de la nature, mère et nourrice de notre raison ?

Encore, si nous n'étions qu'en disproportion avec la nature ambiante, si nous n'étions qu'isolés, peut-être en prendrions-nous notre parti après quelque étonnement.

Mais la contrainte douloureuse crée en nous la révolte. La douleur est à nos yeux un phénomène tellement étrange et antinaturel.

Notre loi intérieure est une loi de développement harmonieux et de conquête ; notre monde, milieu et matière de notre action, ne s'y montre pas adapté ; il résiste ; il combat. « La vie de l'homme est une bataille sur la terre », dit Job dans la Vulgate, et n'entend-on pas la voix des siècles dans cette plainte : « Pourquoi le jour est-il donné aux misérables, la vie à ceux qui sont dans l'amertume du cœur ? » (Job. III, 20).



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Message  Monique le Sam 10 Oct 2009 - 4:34

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
Toutes les thèses naturalistes n'y font rien. On aura beau montrer la place de la souffrance dans le déterminisme du monde, en parler d'un air détaché, disant que la douleur est un fait comme les autres, qu'il rentre dans le fonctionnement général de la nature et sert autant que les autres à ses fins, cela est. vrai, et cela résout à merveille le problème physique des relations de l'organisme avec son milieu matériel.

Mais cela n'avance en rien une question du genre de la nôtre. Nous ne demandons pas pourquoi un courant d'air donne un rhume ; nous ne cherchons pas davantage une justification de ce proverbe un peu ironique : « A quelque chose malheur est bon » ; nous demandons pourquoi un être qui tend tout entier au bonheur se trouve faire corps avec un mécanisme brutal qui ne peut réaliser du bonheur que par hasard, si peu, et avec tant de traverses.

En d'autres termes, nous ne regardons pas dans l'homme l'objet, soumis aux lois d'action et de réaction de la nature et à l'égard duquel la douleur n'est que le froissement d'un arbre exposé au vent : nous regardons dans l'homme le sujet, l'homme qui pense, qui veut, qui a, comme pensant et voulant, des tendances dont il faut tenir compte autant que de ses propriétés corporelles, car elles ne sont pas moins naturelles, et nous nous étonnons qu'un être ainsi constitué subisse la douleur, pour la même raison que nous trouvons la douleur naturelle au regard de notre constitution matérielle.



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Re: DIEU ET LE DÉSIR HUMAIN

Message  Monique le Mar 13 Oct 2009 - 5:15

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II. — L'APPÉTIT DU BONHEUR

Les contraintes extérieures.
Comment raisonnons-nous en ce dernier cas ? Nous disons : l'homme, dès sa naissance, est jeté au milieu du conflit des éléments et des forces. Lui-même, par son corps, est composé des mêmes éléments et dominé par les mêmes forces. Vouloir que dans ces conditions le corps de l'homme ne souffrît point, quand l'univers y apporte des éléments de désordre ou dérange par des interventions trop brusques l'équilibre délicat en quoi consiste la santé, ce serait vouloir que l'homme ne fût plus lui-même ; ce serait le soustraire à la vie en même temps qu'à la souffrance ; car c'est cela même qui le torture aujourd'hui qui le fait vivre toujours.

Fort bien. Si l'homme n'était qu'un corps, s'il n'était qu'un vivant comme un autre, tout serait dit, et le problème de la douleur ne serait qu'un cas d'histoire naturelle. Mais si j'envisage l'homme total, l'homme qui pense et qui veut, en même temps qu'il végète et qu'il sent, le problème se déplace.

Il s'agit de savoir si cet univers intérieur que nous expérimentons peut n'être pas réglé comme l'autre ; s'il peut offrir, et à l'état définitif, une contradiction foncière, j'entends cette contradiction que l'homme, d'une part, tende de tout son vouloir à la béatitude, que ce soit là son mouvement spontané, impersonnel en quelque sorte, naturel au même titre que les propriétés physiques dont on parle — et d'autre part que l'homme, naturellement aussi, ne soit qu'une pâte souffrante, qu'on ne puisse presser sans qu'il en sorte un gémissement.

Je dis que c'est là un trop bizarre assemblage. La douleur sans compensation, la douleur demeurant elle-même et acquérant la valeur d'une destinée, cela, dans un être qui non seulement veut le bonheur, mais est constitué par cet appétit, je dis que c'est là une contradiction fondamentale, autant dire une impossibilité naturelle ; car à l'égard de la nature, contradiction et néant c'est tout un.



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