dg. 17 / 07 / 1976

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dg. 17 / 07 / 1976

Message  Sandrine le Mar 28 Juil 2009 - 17:53

Lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI




Très Saint-Père,

Tous les accès permettant de parvenir jusqu'à Votre Sainteté m'étant interdits, que Dieu fasse que cette lettre la rejoigne pour lui exprimer nos sentiments de profonde vénération, et par la même occasion lui formuler avec une prière instante l'objet de nos désirs les plus ardents qui, hélas! semblent être sujets à litige entre le Saint-Siège et de nombreux catholiques fidèles:
Très Saint-Père, daignez manifester votre volonté de voir s'étendre le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ en ce monde, en restaurant le droit public de l'Eglise,
en rendant à la liturgie toute sa valeur dogmatique et son expression hiérarchique, selon le rite latin romain consacré par tant de siècles d'usage,
en remettant en honneur la Vulgate,
en redonnant aux catéchismes leur vrai modèle, celui du Concile de Trente.
Ce faisant, Votre Sainteté restaurera le sacerdoce catholique et le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les personnes, sur les familles et sur les sociétés civiles.
Elle rendra leur juste conception aux idées falsifiées devenues les idoles de l'homme moderne: la liberté, l'égalité, la fraternité, la démocratie, à l'exemple de ses prédécesseurs.
Que Votre Sainteté abandonne cette néfaste entreprise de compromission avec les idées de l'homme moderne, entreprise qui tire son origine d'une entente secrète entre de hauts dignitaires de l'Eglise et ceux des loges maçonniques, dès avant le Concile.
Persévérer dans cette orientation, c'est poursuivre la destruction de l'Eglise. Votre Sainteté comprendra aisément que nous ne pouvons collaborer à un si funeste dessein, ce que nous ferions si nous consentions à fermer nos séminaires.
Que l'Esprit-Saint daigne donner à Votre Sainteté les grâces du don de force, afin qu'elle manifeste par des actes non équivoques qu'elle est vraiment et authentiquement le successeur de Pierre proclamant qu'il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ et en son épouse mystique, la sainte Eglise catholique et romaine.
Et que Dieu...

Marcel LEFEBVRE,
ancien archevêque-évêque de Tulle.
Albano, le 17 juillet 1976.


(1) Texte original.
Cette lettre porte en mention préliminaire « En réponse à celle du cardinal Baggio, préfet de la S. Congrégation des Evêques, reçue le 10 juillet 1976 lui intimant l'ordre de manifester au Saint-Père son regret pour les ordinations faites le 29 juin. Il lui était donné dix jours de délai. »
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18 / 07 / 1976

Message  Sandrine le Mar 28 Juil 2009 - 17:55


Mise au point de « L'Osservatore Romano »


L'Osservatore Romano (18 juillet 1976, p.2) a publié le texte ci-après, sous le titre: « Une nécessaire mise au point » (11):

A propos des récents développements de l'affaire d'Ecône, nous avons lu dans la presse que Mgr Marcel Lefebvre risquerait l'excommunication « parce qu'il dit la messe en latin » (sic !). Il s'agit là d'une information tendancieuse et si éloignée de la vérité qu'elle nécessite une mise au point précise.
Sans vouloir traiter à fond la question — qui va bien plus loin que le problème liturgique, comme l'a dit le Saint-Père dans son allocution au Consistoire, le 24 mai dernier (12) —, il nous faut rappeler que la controverse ne porte nullement sur le latin ni même uniquement sur le rite en lui-même, c'est-à-dire sur l'Ordo Missae qui, rénové dans son texte latin, conformément aux indications du IIe Concile du Vatican, a été successivement traduit dans les différentes langues. Il s'agit de bien autre chose, et beaucoup plus grave: outre le refus d'adopter cet Ordo, après sa promulgation régulière et après les opportunes prescriptions publiées à ce sujet par la Congrégation romaine compétente, il y a toute une ligne d'orientation et d'action, exprimée dans des convictions et dans des actes, qui représente une opposition constante au Magistère du Concile et une méconnaissance pratique de l'autorité de Paul VI et de son enseignement. Il ne s'agit pas d'opposition à ce qui est nouveau au nom de la saine et authentique Tradition de l'Eglise — non seulement celle-ci conserve toute sa valeur, mais c'est en son nom que le même Pape a demandé à cette occasion « à tous les fils de l'Eglise, à toutes les communautés de l'Eglise, de célébrer avec dignité et ferveur la liturgie rénovée » —, il s'agit d'une opposition au nom d'un mauvais traditionalisme qui est passif, aveuglément fermé — dirait-on — aux ferments, aux besoins, aux aspirations qui, de même qu'elles correspondent mieux au climat de notre siècle, reflètent les pulsions innovatrices de ce corps vivant qu'est l'Eglise catholique.
Mais il y a plus. Du plan doctrinal, le conflit s'est fatalement étendu au plan disciplinaire. Et ici la désobéissance de l'évêque a entraîné celle de ses disciples, prêtres et fidèles. Cela est d'autant plus triste que sont publiquement connus, du moins en partie, les efforts réitérés du Saint-Siège ainsi que les nombreuses interventions personnelles et paternelles du Souverain Pontife pour que cet évêque et ses disciples renoncent à une attitude obstinée qui s'oppose à la toujours nécessaire communion ecclésiale.
S'il n'est pas possible ici de retracer toutes les étapes de cette pénible et vieille affaire, nous pensons qu'il est opportun de citer des passages d'une déclaration publique faite par la Conférence épiscopale de Suisse, pays où Mgr Lefebvre a créé ses « fondations » et où il oeuvre toujours. Au terme de leur Assemblée plénière qui s'est tenue à Einsiedeln du 5 au 7 juillet, les évêques suisses écrivent qu'ils « ont suivi avec une préoccupation croissante les événements d'Ecône. Le fondateur d'Ecône, Mgr Marcel Lefebvre, a manifesté, d'une manière toujours plus nette, son opposition ouverte au Ile Concile du Vatican et à l'autorité suprême de l'Eglise ». Ils rappellent que, « malheureusement, toutes les tentatives (de conciliation) ont été vaines. En effet, Mgr Lefebvre a transgressé, toujours plus, certaines normes fondamentales de l'Eglise. Les ordinations illicites du 29 juin sont l'expression d'une résistance ouverte contre le Pape et l'Eglise ».
Les évêques font ensuite remarquer très justement que « celui qui, en toute liberté, veut être membre de l'Eglise catholique romaine, ne peut pas se situer sciemment en opposition avec la foi et la discipline de cette Eglise et se soustraire à l'autorité du Concile et du Pape ».
Ils ajoutent qu'en refusant manifestement d'obéir à l'autorité suprême de l'Eglise, on se retranche de soi-même de la communion de l'Eglise (13).
Ces remarques rapides sont plus que suffisantes, nous semble-t-il, pour faire au moins entrevoir la dimension et la gravité qu'ont pris — certainement pas par la faute de l'autorité — les événements d'Ecône. Elles permettent aussi de réfuter certaines affirmations hâtives et superficielles de journalistes.


(1) Le premier dossier a été publié dans notre numéro du 6 Juillet 1975 (n° 1679), p. 611 et s. (complété dans le numéro du 27 juillet suivant, p. 739 et s.); le second dans notre numéro du 4 janvier 1976, p. 32 et s.

(2) DC 1976, n° 1700, p. 557. (NDLR.)

(3) DC 1964, n° 1415, col. 14. (NDLR.)

(4) Nous lisons dans Kipa, 29 juin:

[...] Quelque 1500 personnes, dont quelque 80 % de Français, ont assisté à la cérémonie. On notait la présence de quelques voitures allemandes, de quelques voitures suisses et de quelques voitures autrichiennes. Parmi les Suisses, il y avait de 80 à 100 Valaisans, les automobiles à plaques minéralogiques genevoises étant en majorité: rien d'étonnant à cela, l'un des nouveaux prêtres étant de Genève.
Dans son sermon, Mgr Marcel Lefebvre a exposé sa prise de position. Selon lui, le Pape et l'Eglise actuels n'ont pas le droit d'abolir le rite de la messe de saint Pie V. Lorsque l'Eglise a canonisé saint Pie V, a-t-il affirmé, elle a canonisé la messe qu'il avait promulguée. Depuis le 19 mars, a dit encore l'archevêque français, des émissaires du Pape sont venus sans arrêt pour lui demander sa soumission à Paul VI. J'ai préféré, a-t-il ajouté, la sauvegarde de la foi aux apparences de l'obéissance. Par conséquent, même si j'ai reçu l'interdiction de procéder à des ordinations, je le fais quand même pour sauvegarder la foi. Demain, des peines (suspension) seront prononcées. Malgré cela, j'ordonne, je continue la lutte... (NDLR).

(5) Nous lisons dans Kipa, 1er juillet:
On précise, dans les milieux bien informés, que la dernière intervention pontificale auprès de l'archevêque d'Ecône a eu lieu l'avant-veille de la cérémonie interdite. Elle aurait été notifiée à l'archevêque par le cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar — et donc successeur de Mgr Lefebvre sur ce siège — qui est venu en Suisse et qui a été reçu vendredi matin par Paul VI pour lui rendre compte de l'échec de la troisième intervention qu'il avait effectuée auprès de celui qui lui a conféré l'ordination sacerdotale il y a vingt-huit ans (NDLR).

(6) La Liberté, Fribourg, 8 juillet 1976.
On lit dans le communique publié à l'issue des travaux de l'Assemblée plénière:
Conformément à ses statuts, la Conférence des évêques a élu ses nouveaux président et vice-président pour la période de 1977-1979. Mgr Anton HAENGGI (Soleure) a été élu président, Mgr Pierre MAMIE (Fribourg) vice-président.
Le délégué de la Conférence des évêques suisses au Synode des évêques en 1977 à Rome sera Mgr Otmar MADER (Saint-Gall). Son remplaçant sera Mgr Gabriel BULLET (Fribourg). Le Synode aura pour thème: « La catéchèse dans notre temps. » [...]
La Conférence des évêques a pris connaissance encore du fait que la revue Elle (15 juin) a publié plusieurs entretiens de confessions sacramentelles. Les évêques protestent contre cette publication qui constitue un abus de confiance et une atteinte à la vie privée et au sentiment religieux. (La Liberté, Fribourg. 9 juillet 1976.)

(7) La Croix, 3 juillet 1976.
Au cours de la messe de l'abbé Emmanuel du Chalard, à laquelle assistaient un millier de personnes (AFP), a été retransmis le sermon qui avait été prononcé par Mgr Lefebvre à Ecône le 29 juin.
La Croix avait publié l'information suivante, le 1er juillet:
Onze jeunes Français avaient quitté le séminaire d'Ecône en 1974 pour poursuivre leurs études à Rome.
Dimanche, le cardinal Paul Philippe, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, a ordonné prêtre l'un de ces jeunes, Bruno Dufour, 25 ans.
Pour des raisons complexes, l'abbé Dufour — qui, comme ses camarades, porte constamment la soutane — est incardiné au Liban. Il dépend du vicariat latin de Beyrouth qui a accepté de le mettre à la disposition de la Congrégation orientale et de l'archevêque maronite de Beyrouth.
La cérémonie s'est déroulée dans l'église française de la Trinité-des-Monts.

(8 ) Texte original.

(9) M. Hervé BOULIC, attaché de presse à l'archevêché de Paris, fait remarquer que cet alinéa se réfère à l'interview accordée par le cardinal Marty à l'AFP le 17 juin 1975 (DC 1975, n°1679, p. 620) et à une lettre du cardinal Marty publiée dans le Courrier hebdomadaire de Pierre Debray le 9 juillet 1975. (NDLR.)

(10) AFP, 13 juillet 1976.

(11) Traduction de la DC d'après le texte Italien.

(12) DC 1976, n° 1700, p 557 (NDLR).

(13) Supra, p. 716 (NDLR).
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