DU MOINE QUE NOTRE-DAME GUÉRTT DE SON LAIT

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DU MOINE QUE NOTRE-DAME GUÉRTT DE SON LAIT

Message  Diane le Mar 26 Mai 2009 - 16:35

IL y avait un moine, autrefois, qui avait en dilection très grande et en souvenir très cher la douce Mère du Roi de Gloire. Dévotement et de bon cœur, il vaquait aux œuvres communes, mais de plus, dès qu'il avait quelque loisir, tout seul dans une chapelle où il y avait une fort belle image de Sainte-Marie, il récitait ses oraisons, ses litanies et le service entier de la Sainte. Longtemps il se tint à cet usage, jusqu'à ce qu'un mal étrange l'abattît soudain. C'était une espèce de râle continu qui l'empêchait de parler et sortait si douloureusement de sa gorge qu'il le pouvait à peine supporter. De plus il devenait hideux la face pleine de boutons ou de pustules de plaies ou de trous et semblable à un véritable monstre. Il s'agitait, se démenait et se tordait sans pouvoir trouver, en aucune posture, nul soulagement et il souffrait une véritable passion.

Un jour, il fut si bas que ses frères s'assemblèrent auprès de lui, apportant l'eau bénite et la croix et se demandant, si oui ou non il n'était pas déjà passé. Incertains, ils le regardent avec horreur enflé au point qu'on ne distingue plus dans le visage ni les yeux, ni les narines, ni la bouche, et répandant une odeur si puante et de telles déjections que la plupart enfouissent leur nez dans leur manche. A la fin, le voyant livide comme un cadavre, on conclut que l'âme est partie, on lui rabat le capuchon sur la figure et on s'en va pourvoir aux préparatifs des obsèques.

Mais Celle qui, tendre et pitoyable, trône au-dessus des créatures, n'oubliait point son serviteur. Elle lui apparut toute blanche et plus magnifiquement épanouie que la fleur humectée de la rosée de mai. Dès qu'il la voit, il se rassure. La douce dame se penche vers lui, essuie, l'effleurant à peine, ses plaies d'un linge plus éclatant et plus frais que la neige récente, pose une main d'ivoire sur le pauvre front et murmure :

— « Hé, comment allez-vous donc, mon bel ami ? »

Et celui-ci, qui l'a bien reconnue, répond :


— « Haute Dame de Paradis, j'ai un mal honteux et qui me presse si durement que, certes, il me convient d'en mourir... à moins que vous daigniez me préserver.

— Or, ne crains, rien, reprend la Vierge. Parce que tu m'as bien servie, je ne souffrirai pas que tu languisses davantage ou expire si vilainement. Et tu vas voir si je sais aimer. »
Alors, de son lait précieux elle arrose la face du malade, puis en touche, d'un léger contact, la chair à vif.


— « Te voilà sain et guéri, ajoute-t-elle. Sache de plus, qu'en la gloire du Paradis, je te réserve une place dès que viendra le temps où ton esprit se séparera de ton corps. »
Elle part. Les moines, cependant, retournent avec leur funèbre appareil. Quand ils voient remuer, puis se lever celui qu'ils s'apprêtent à mettre en bière, ils sont sur le point de se sauver et font des signes de croix éperdus.

— « Ah ! fait le patient, hommes sans doctrine et de peu de foi ! C'est vous qui venez de chasser, par votre bruit et vos clameurs, Madame sainte Marie. Que ne lui préparâtes-vous plutôt un siège digne d'Elle ? A cause du peu d'honneur que vous lui portez, Elle n'est pas restée davantage. Hélas, hélas, jamais en ma vie je ne reverrai chose si belle, pourquoi ne l'ai-je regardée mieux ? Ni fleur d'églantier n'est si fraîche, ni rose du rosier si vermeille. Et sans doute, au Paradis où rayonne son visage il n'y a pas besoin d'autre clarté. »
Le couvent tout entier s'étonne et s'effraye de cette affaire. Quelques-uns s'enfuient pris de folle peur.

— «Il était mort, s'écrient-ils, il était mort, et ce sont sûrement les diables qui l'ont ressuscité ! »

Les plus raisonnables, cependant, restés autour de la couche, entendent le merveilleux récit. D'abord, ils refusent d'y croire, mais le visage sans enflure et redevenu sain, les croûtes des boutons tombées, la peau nette les contraignent bien d'avouer qu'un tel miracle seul a pu, en effet, guérir un mal aussi grave et aussi invétéré. Chacun, d'ailleurs, s'accorde à reconnaître, sur la face renouvelée, une beauté prestigieuse et un éclat qu'on n'y avait jamais aperçu. Contrite, dès lors, et pleinement édifiée, la communauté s'empresse de rendre grâce au Roi du Ciel et à sa Mère et d'en chanter les saintes louanges. Quant au moine qui fut guéri il se remit au service de Notre-Dame et y pourvut avec tant de zèle que dès la fin de sa vie son âme entra dans la béatitude qui ne finit point.



GAUTIER DE COIKCY
Recueillis et mis en français moderne
Par
GONZAGUE IRUC
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Diane

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Re: DU MOINE QUE NOTRE-DAME GUÉRTT DE SON LAIT

Message  ROBERT. le Mar 26 Mai 2009 - 19:38

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C'est avec des narrations semblables qu'on élève nos âmes à un amour plus grand envers "Madame sainte Marie" et son Fils Le Seigneur Dieu Jésus-Christ... MERCI !

ROBERT.

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