DU MIRACLE DE SAINT BONNET

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DU MIRACLE DE SAINT BONNET

Message  Diane le Mer 20 Mai 2009 - 18:03

SAINT BONNET, évêque de Clermont, fut en son temps de haute renommée. Il servait avec diligence la Mère du Roi qui jamais ne ment, et il fut toute sa vie son chapelain, ne se souciant, jour et nuit, d'autre bien ni d'autre soin. Or, un grand désir le pressa d'aller vénérer, dans son sanctuaire, Saint-Michel et de le prier d'être son truchement et son intercesseur auprès de Marie.

Après avoir longtemps gémi et prié, il demeura seul dans l'église et poursuivit son oraison parmi l'ombre croissante. Vers minuit, alors qu'il s'affligeait et battait sa coulpe, il entend, semblant descendre du ciel, un chant suave et si merveilleux que son cœur en est tout réjoui. En même temps, une telle clarté s'étend sur la nef, qu'on dirait qu'il y est midi. Le pénitent tout effrayé doute s'il veille ou s'il dort et supplie la sainte Mère de tenir ses sens à l'abri de l'illusion et du mensonge. Et il recule contre un pilier où il retombe à genoux les mains jointes sur sa poitrine qu'il contient.

La mélodie, pourtant, loin de cesser, s'amplifiait. Le vaisseau se remplissait tout entier d'Anges, de Patriarches et d'Archanges splendides et battant des ailes. Ils s'avançaient en une procession somptueuse, une croix portée devant eux, et ils chantaient leur chant de gloire et de louange d'un accent qui eût pénétré toute chair. Après la troupe céleste venaient les Apôtres, les Confesseurs, les Martyrs, puis, dans une clarté insoutenable le céleste visage de Marie elle-même, triomphante et couronnée, encensée d'un chœur de Dames et de Demoiselles dont la voix aux oreilles du saint évêque paraît atteindre les voûtes dépasser le monastère et gagner le monde entier. Notre-Dame assise dans la chaire un Ange s'avance res- pectueusement pour prendre ses ordres et demander qui chantera la messe.

—« « Je veux, dit-elle, je veux que ce soit mon chapelain Bonnet. Nul mieux que lui n'y suffira. »

A ces paroles, l'évêque épouvanté ne sut que répondre ni que faire. Dans son émoi, il se rapprocha davantage de son pilier et s'y colla d'une telle force que la pierre s'amollit et que la place de son corps s'y voit encore. Mais il fallait bien obéir. Saintes et saints, menant grande joie, le revêtirent d'atours trop beaux pour les décrire ; les Anges, les Prophètes et les Patriarches le conduisirent devant l'autel et il dut célébrer l'office pendant que les hymnes, les répons, les litanies jaillissaient des pures bouches des Archanges des saintes des vierges et qu'il se pénétrait de la puissance de Celle qui peut se manifester par de tels effets.

Le sacrifice consommé, la douce et savoureuse Dame descendit dans le chœur, s'en vint à l'évêque et lui dit :


— a Ami, je ne veux pas que tu m'aies servie pour rien. Reçois de moi cette chasuble, revêts-là dans ton saint emploi, je l'ai fait, faire de telle sorte que jamais tu ne la verras ni passer avec le temps ni s'user. »

Elle le quitta, lui laissant la chose entre les mains. Dès qu'il fut jour, le saint homme retourna vers Clermont, conta le miracle et prouva la merveille par le don. Et chacun admira et s'édifia. Car la chasuble parut bien œuvre céleste. On eut beau l'examiner, la tourner et la retourner, on n'y trouva nulle couture. Elle était pareille à l'endroit comme à l'envers, ténue, légère ainsi que brise, tournée à ne pas la sentir et plus éblouissante en sa blancheur que la neige qui sur les branches, vient de neiger. Le bon évêque la serra précieusement dans son église ne la sortant qu'aux jours de fête et continua d'être en modèle à ses ouailles jusqu'à sa mort qui ne tarda guère car Notre-Dame l'aimait trop pour le laisser longtemps ici-bas. On conte, de plus, qu'un autre évêque, après lui, fut assez fou pour vouloir tenter telle aventure.

—- « Ma foi, songea-t-il, je m'en irai aussi à Saint-Michel ; si je me trouve seul avec la Vierge, elle me fera aussi chanter la messe. Or, comme je chante aussi bien que Bonnet à qui elle donna la chasuble miraculeuse, j'en recevrai sans doute une pareille, à moins qu'il ne me soit offert une aube, une ceinture ou toute autre pièce du vêtement sacerdotal. Certes, un lieu où l'on risque-ceci, est bon à fréquenter. »

Il y courut bien vite et fit ce qu'il avait pensé. Seulement, il but tant de vin et leva le coude si souvent pour se donner du courage, qu'il s'entêta d'abord et arriva ivre comme une soupe dans l'église. Là, au lieu de prier et de veiller, sans besoin de couverture ni d'oreiller, il s'endormit presque aussitôt à plat ventre sur les dalles. Et un miracle eut lieu encore, mais pas de la même nature. A sa stupéfaction, en effet, il se réveilla au matin à Clermont, dans son lit. La débonnaire Dame ne voulut d'autre pénitence et lui laissa tout loisir de s'amender.


GAUTIER DE COIKCY
Recueillis et mis en français moderne
Par
GONZAGUE IRUC
Bibliothèque Saint Libère

Diane

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